Description
Un écusson, orné d'un lion "rampant" est surmonté d'un heaume sur lequel est perché un coq dirigé vers la droite. A la partie inférieure droite, le monogramme AD.
Ce superbe motif héraldique est apparenté aux "Armoiries de la Mort" gravure légèrement postérieure. Avec ces deux créations, Dürer apporte l'une des plus belles contributions de son temps à l'art du blason. Pour des raisons historiques et sociologiques, celui-ci avait pris un essor tout particulier à la fin du XVème siècle. La noblesse féodale, menacée dans sa prééminence aussi bien que dans son existence, exalte alors, comme un chant du cygne, un mode d'être et de vivre condamné à disparaître. Le sceau de son identité est assurément le blason. Or, si cette classe sociale perdait jour après jour de sa puissance réelle, le prestige de ses valeurs éthiques et esthétiques ne cessait de croître et d'être imité à l'extérieur de ses rangs. Ainsi, après les villes, les corporations et les confréries, la bourgeoisie patricienne se montra soucieuse de se pourvoir aussi d'armoiries. Il est caratéristique que la création d'images héraldiques fit partie dés le début du XVème siècle, des tâches traditionnelles du graveur. Avant Dürer, Martin Schongauer avait composé des armoiries réelles mais aussi des motifs de nature allégorique et satirique d'après sa seule imagination. Les présentes armoiries composées de trois figures principales : un heaume, un lion, un coq, n'ont pu être attribuées à aucune famille précise pour la bonne raison qu'elles relèvent de la fantaisie. En blason, le casque a toujours été la plus noble pièce des armoiries d'un gentilhomme : placé comme ici à l'extérieur et sur le haut de l'écu, il peut être taré de front, pour les princes, les rois, les ducs et les marquis, taré des deux tiers-comme ici- pour les comtes et vicomtes et taré de profil, regardant à dextre, pour les chevaliers. Le lion et le coq appartiennent à la plus ancienne symbolique animale : le premier incarne le courage, la force et l'orgueil, le second, la vigilance et la conscience. Leur association est emblématique aussi puisque le coq était réputé être la seule créature capable d'effrayer le lion. Le magnifique feuillage, dont les enroulements paraissent jaillir du cimier du casque, rappelle fortement les rinceaux ornementaux de Schongauer. Dürer a particulièrement développé ses propres capacités à traduire avec le burin les différentes textures des objets. Il a trouvé ici des des équivalents linéaires précis et évocateurs pour le duveteux plumage du coq, la crinière laineuse du lion et le froid métal du heaume. Source : Renouard de Bussière Sophie : Albrecht Dûrer, Oeuvre gravé. Musée du Petit Palais (1996).