Précisions sur le sujet représenté
Au centre du tableau, apparaît Bacchus, brandissant un thyrse, accompagné d'Ariane; le couple est juché sur un char, mené par une femme environnée de putti; deux tigres, chevauchés par une ménade gesticulant, tirent le véhicule; devant eux, un Amour tient une torche. Le cortège est précédé par un groupe bachique très agité, entraîné par une joueuse de cymbales. Derrière le char, des musiciens (dont un joueur d'olos double) ainsi que Silène soutenu par deux acolytes ferment la marche. Au premier plan, un groupe de tritons et de ménades - dont l'une perchée sur un tigre - se poursuivent au bord de l'eau. Makart a choisi de représenter ici un épisode triomphal de l'histoire de Bacchus et d'Ariane, rapporté par les récits mythologiques (voir le même thème illustré par Nieulandt, M.P.3037-889). Ceux-ci racontent comment la princesse crétoise Ariane, abandonnée par Thésée dans l'île de Naxos, touche le coeur de Bacchus par l'ardeur de sa tristesse : celui-ci s'éprend d'elle et l'épouse. Cette étude inachevée est l'ébauche du grand tableau réalisé par Makart en 1873-1874 et conservé au palais du Belvédère à Vienne. Destiné à l'origine à servir d'ornement central pour le rideau de scène à l'opéra-comique de la capitale autrichienne, la toile monumentale fut finalement considérée comme impropre à cette fonction. La peinture définitive est assez différente de l'étude d'Amiens; si le thème et l'esprit général en sont conservés, de même que les grandes lignes de la composition et le dynamisme, seul le motif du groupe en bas à droite (triton saisissant une ménade) sera effectivement repris. Cette esquisse, due à l'un des peintres les plus célèbres de la Vienne du temps, est emblématique de l'esprit de la ville qui connaît alors une phase très créative : l'éclectisme joyeux, référencé, virtuose de Makart répond parfaitement à l'atmosphère festive qui prévaut alors. Notice de Matthieu Pinette