Précisions sur le sujet représenté
Aux abords d'un vaste édifice antique en ruines, orné de statues et de colonnes, non loin d'un cours d'eau, gît le corps d'un jeune homme auprès de son char renversé. Quatre chevaux s'enfuient et, plus loin, deux cavaliers s'éloignent au galop, suivis par deux hommes. Un horizon de plaine, de mer et de montagne, dans lequel se déploie une grande cité portuaire clôt le paysage, traité dans de belles harmonies d'ocres, de verts et de bleus. Alastair Laing (1995) a rétabli ce qui paraît bien être le véritable sujet de cette scène. Traditionnellement appelée Paysage avec la chute de Phaëton, l'oeuvre a longtemps été vue comme une illustration de la fin tragique du fils d'Apollon, narrée par Ovide (Métamorphoses, II, 309-327) : le jeune fils du dieu du Soleil, désireux de conduire le char de l'astre céleste, obtient de son père le droit d'en prendre les rênes. Mais à peine est-il parti que le jeune homme inexpérimenté ne parvient plus à contenir les chevaux trop fougueux; ceux-ci font bientôt basculer l'attelage qui, foudroyé par Jupiter, s'écrase sur terre; le corps de Phaëton tombe dans le fleuve Eridan. Laing, suivi par Coural, qui ne voit pas ici d'éléments particulièrement caractéristiques du trépas de Phaëton, propose plutôt de reconnaître celui d'Antiochus IV Epiphane (roi de Syrie de 175 à 164 av. J.-C.), persécuteur des Juifs et exécuteur des sept frères Maccabées. Sa mort, au retour d'une expédition en Perse et alors qu'il se précipite pour imposer de nouveaux tourments aux Juifs, est racontée dans le Livre des Maccabées (II, IX, 7) : 'Lorsque ses chevaux couraient avec impétuosité, il tomba de son chariot, et eut tout le corps froissé et les membres tout meurtris de cette chute'. Coural signale que ce sujet, très rarement traité, est connu sous le pinceau de Noël Coypel (Paris, 1628 - Paris, 1707). Il convient enfin de signaler la remarque de Nathalie Coural qui note la présence dans les collections royales françaises, selon l'inventaire Le Brun, d'un Paysage avec la mort d'Hippolyte, attribué à Patel, dont l'iconographie pourrait évidemment se confondre avec celle du présent tableau. Fils de Thésée, faussement accusé d'avoir voulu abuser de sa belle-mère Phèdre, Hippolyte meurt violemment : alors que le héros se promenait sur son char au bord de la mer, il est emporté dans les rochers par ses chevaux, effrayés par la vue d'un monstre lancé contre lui par Poséidon. D'un format comparable à la toile d'Amiens, la peinture a été accrochée au château de Choisy de 1741 jusqu'en 1792. Longtemps regardée comme une oeuvre de Pierre-Antoine Patel, dit le Fils, la toile est aujourd'hui unanimement reconnue comme un parfait original de la maturité de son père, emblématique de sa manière raffinée et lumineuse, où l'on retrouve ce séduisant équilibre entre les frondaisons et les ruines, entre les verticales et les horizontales, qui ont fait le succès du peintre. Notice de Matthieu Pinette