Le Châdar est un élément architectural de conduite ou de chute d’eau, aussi appelé « escalier d’eau », « cascatelle » ou « cascade à degrés », retenant un moment l’eau dans sa course sur le marbre. C’est un élément déterminant et favori des jardins des palais moghols de l’Inde, représentatif de leur art de vivre raffiné. Les jardins jouent un rôle prépondérant dans la culture moghole.
Selon une technique très maîtrisée, l’eau descendait à travers des séries de terrasses par le moyen de ces éléments sculptés destinés à produire un effet visuel et un son agréables. Le Châdar ralentit le ruissellement de l’eau et produit un effet miroir qui donne forme et consistance à l’élément liquide.
Les jardins moghols étaient conçus à l’image du paradis, dont ils sont le reflet terrestre et la projection symbolique. Ils reposent sur un réseau dense de canaux, bassins de marbre, fontaines, jets d’eau, chutes d’eau, terrasses, dénivellations, cascades et cascatelles, dont la disposition et le déploiement emprunts d’une symétrie étudiée constituent l’architecture véritable et la structure même du jardin.
Empereurs, princes et grands dignitaires se délassaient dans ces jardins, conversaient, s’adonnaient à des joutes poétiques ou diverses distractions… L’usage moghol voulait que des plateformes et trônes de repos en marbre et grès soient érigés auprès des châdar. Les sièges pouvaient mêmes être construits à même l’eau, au centre des bassins (exemple : les jardins de Nishat Bâgh sur le lac Dal, ou ceux de Shalimar à Lahore).
Sous les chutes des cascatelles, au bord des châdar, on élevait parfois des murets percés de niches dans lesquelles on mettait des petites lampes à huile ou bougies. Ces niches ou alvéoles étaient appelées chînî-khâna. En luisant dans l’eau à la tombée de la nuit, elles produisaient un effet poétique et féerique.