Précisions sur le sujet représenté
Quel est le visage de Laure ? Chaque femme pourra dans le miroir s’identifier à Laure. Le miroir reflétant des fragments du manège est de forme ronde. Une caryatide le supportant correspond à la verticalité (de la terre au ciel) mais aussi à la femme, à Laure, éros, la séduction ; à ses pieds, le serpent qui se mord la queue, c’est l’ouroboros, le temps, l’œuvre de Pétrarque qui a échappé à la mort et perdure à travers les siècles. Les sept siècles équivalents à sept petits miroirs ronds entourant la forme centrale. Au centre, le miroir éclaté représentant les Pétrarquistes mais aussi les diverses personas que Pétrarque revêt dans le Canzoniere (l’amoureux-le mystique-le désespéré…), c’est également le regard de chaque lecteur sur son œuvre. Une vasque sous la forme centrale : contenant de l’eau et un narcisse. Pétrarque à travers son œuvre se regarde lui-même, Laure, le laurier, lui servent à triompher. Le miroir de Narcisse : « La laurea me donna un nom, me donna la renommée et la richesse » (Buccolicum carmen églogue X). Le laurier -Laure est bien l’emblème apollinien de la gloire, de la renommée qui triomphe de la mort. On retrouve la donnée narcissique de la gloire dès le début du Canzoniere dans la chanson XXIII où la métamorphose de Daphnée devient celle de l’amant lui-même changé en laurier. L’apothéose en est la cérémonie du couronnement, le 8 avril de l’année 1341. L’amour est ce « miroir magique », l’amant est souvent plus attaché à l’image qu’il se fait de l’être aimé qu’à la réalité charnelle de cet être et lorsque cet amant est un fidèle d’Amour c’est à la dame qu’il voue son culte. Gérard de Nerval sans Sylvie conte comment il contemple la dame sans l’approcher car c’est ce qui est d’Âme en elle ce dont il est vraiment épris. Il va l’admirer chaque soir au théâtre : « Depuis un an, je n’avais pas encore songé à m’informer de ce qu’elle pouvait être d’ailleurs, je craignais de troubler le miroir magique qui me renvoyait son image… » Sept petits miroirs dans le miroir, sept robes et sept siècles. Traditionnellement l’homme est déterminé par des cycles de sept ans. Les sept jours de la semaine, les sept planètes, les sept degrés de perfection, les sept sphères… La rose aux sept pétales correspond aux sept cieux, les sept hiérarchies angéliques tout ensemble parfait. Claudine Aspar, à propos de « La Déesse au miroir », juin 2006