Précisions sur l'utilisation
Fragment pour le groupe du Monument aux Morts d'Angers, modèle en demi-grandeur achevé en 1920.
Le Monument aux Morts d'Angers : en mai 1919, Desbois reçoit la commande du monument aux morts d'Angers décidé le 05 avril 1919. Le comité s'en remet à un artiste de renom afin d'échapper aux aléas d'un concours. Quatre mois plus tard, ce qui montre l'intérêt que Desbois porte à ce projet, le groupe est présenté au comité pour lequel est proposé une réalisation en bronze plutôt qu'un marbre considéré trop fragile pour une statue d'extérieur. Accepté à l'unanimité, Desbois se consacre à l'agrandissement du groupe auquel il apporte quelques modifications. La fonte est confiée à Alexis Rudier et le socle à l'architecte Bariller. Le 29 octobre 1922, le monument est enfin inauguré et remporte un vif succès.
Desbois compose son groupe en deux parties : la Patrie représentée par une paysanne se penche sur le soldat mort. Au-dessus se tient la Victoire ailée plus protectrice que triomphante. Il ne retient pas l'image du guerrier conquérant, mais il montre toute la souffrance du peuple engagé dans cette victoire. Il représente la Patrie en paysanne angevine. Ce choix n'est pas anodin : il met l'accent sur les conséquences sociales du conflit. La grande majorité des soldats est issue des campagnes et la guerre laisse la France sans hommes. La position de la Patrie relevant le soldat mort a déjà été utilisée par Desbois dans la médaille de la Reconnaissance française commandée en 1918.
Du monument, il extrait la tête du poilu mourant qu'il nomme " la Guerre ". Elle est achetée par l'État en 1920 (musée d'Orsay). En marge de cette commande officielle, Desbois travaille à son interprétation de la représentation de la guerre qu'il n'exposera qu'en 1930 au Salon. La figure grimaçante de la mort réapparaît, portant le symbolique casque du poilu. Le fragment n'est plus formel, il reproduit la terrible réalité du conflit et l'horreur des corps en morceaux dans les tranchées. Une nouvelle fois Desbois propose deux versions de la tragédie qui s'est nouée : dans le monument aux morts d'Angers, la Patrie, telle la Vierge de douleur penchée sur son fils mort. Le visage apaisé du soldat est celui du Christ dont le destin s'est accompli.