Description
Le tableau de Hoyer est une évocation des fêtes patriotiques qui eurent lieu à Soissons pendant la Révolution Française, entre l’automne 1793 et le mois de juillet 1794, car plusieurs fêtes civiques se sont déroulées pendant cette période. La scène du tableau se passe sur la petite place de l’église de Saint-Pierre-au-Parvis, où le Club des Jacobins tenait ses séances, et devenue place Marat. Au fond, la grande église du monastère de Notre-Dame surmontée de ses deux fortes tours privées de leurs flèches. Au haut de l’une d’elles, un ouvrier révolutionnaire, habit bas, manches de chemises retroussées, frappe avec fureur Boucher, en habits militaires, qui, selon la tradition, s’enrichit en démolissant les églises pour en vendre les pierres. Au centre du tableau parait la statue de la déesse de la Liberté, tenant la lance d’une main et le bonnet rouge de l’autre. Autour de son autel ou piédestal, où sont jetées pêle-mêle les symboles, de la tyrannie, s’empressent les adorateurs, tous ressemblant aux personnages qu’ils représentent et portant chacun le costume du temps ou celui de sa profession. Au pied de la statue le buste de Marat que la société populaire avait toujours l’habitude de porter, avec celui de Lepeletier de Saint-Fargeau (membre de la Convention, tué le 20 janvier 1893 par un ancien garde du Roi en représailles de la condamnation de Louis XVI), lorsqu’elle se rendait à la cathédrale, en chantant des hymnes patriotiques les jours de décadi. Ces deux bustes des « martyrs de la liberté » constituent les emblèmes obligés des cérémonies républicaines qui se déroulent en France de l’été 1793 à l’été 1794. Un jeune enfant (l’avenir de la République) attise le bûcher à l’aide de la crosse d’évêque qui doit consumer tous les oripeaux de l’Ancien Régime : la mitre épiscopale, le sceptre et la couronne royale, la croix de Saint-Louis (la plus haute décoration sous la monarchie), les vieux livres enfermant des titres féodaux et des textes religieux jugés obscurantistes. Cette fureur iconoclaste évoque les destructions si nombreuses des révolutionnaires désireux d’éliminer les marques de la royauté. Les historiens locaux du XIXe siècle (en particulier l’abbé Pécheur) affirment que Hoyer a peint des personnages réels, acteurs locaux importants la Révolution et, pour la plupart, affiliés au Club des Jacobins local. Un citoyen élève le buste de Le Pelletier, le marquis de Puysegur (seigneur de Buzancy et officier d’artillerie, se passionne pour le magnétisme, sujet sur lequel il écrivait plusieurs traités scientifiques. Il n’émigra pas et devint maire de Soissons de 1800 à 1806), en chapeau rond, embrasse avec effusion le serrurier Vallot qu’il presse dans ses bras. L’embrassade entre l’homme du peuple et un noble symbolise le grand espoir de cette époque. La liberté et l’égalité permettent une fraternité vraie entre les hommes quelles que soient leurs origines. Cette allégresse de communier profondément dans le même idéal transporte tous les personnages. La devise : Liberté, Egalité, Fraternité se nourrit des espoirs de tous les participants. Le marquis de Pujol, commandant de la garde nationale de Soissons, l’épée à la main, jure de défendre la liberté jusqu’à la mort et semble indiquer de la pointe ces mots sur le piédestal de la statue : Liberté, Egalité ou la Mort. Lavoine, père de la déesse (la fille aurait figuré la déesse Raison au printemps 1794), paraît rayonnant de joie. Là aussi, on voit Brayer (notable important qui achète des biens nationaux, et établit une brasserie dans l’abbaye Saint-Léger), les deux femmes Herbin et Baudier réputées ardentes révolutionnaires. Une fillette offrant des raisins et un jeune garçon une gerbe de blé, produits de l’agriculture rappellent que les cérémonies révolutionnaires mettent à l’honneur les activités productives (surtout les travaux des champs) en les opposant aux emblèmes, jugés inutiles, rappelant les antiques superstitions. Les cérémonies républicaines rassemblent les enfants, les adultes, les personnes âgées, images de la société idéale qui permet une vie harmonieuse à chacun, quel que soit son âge ou sa condition.