Description
Ce tableau de dimensions modestes appartient à la fin de la période fauve de Derain, à un moment où l’artiste est tenté par l’expérience cubiste qui se développe avec Braque et Picasso en 1908. Le paysage reste marqué par le fauvisme : il est vivement coloré, principalement en deux tonalités, le vert et l’ocre-orange. L’atmosphère du tableau naît de la tension entre les couleurs chaudes, comme le rouge-orangé, et les verts plus froids.
Derain ne propose pas ici une matière composée de juxtapositions d’aplats, comme dans ses œuvres plus typiquement fauves. Au contraire, les surfaces semblent s’interpénétrer. Les masses sont néanmoins encore souvent cernées par un épais trait vert foncé tirant sur le noir. Ce traitement plastique conduit Derain à présenter un paysage dont la ligne d’horizon, très haute, frôle la limite supérieure du tableau. Seuls deux petits fragments de ciel bleu, visibles aux angles supérieurs, permettent de situer et d’ancrer la scène.
La verticalité de la composition est renforcée par une ligne centrale légèrement sinueuse, formée par les maisons et les troncs d’arbres sur la gauche. Les zones de végétation verte, aux formes arrondies, empêchent une géométrisation trop rigide, Derain ne poussant jamais pleinement l’expérience cubiste. L’arrière-plan, constitué par la colline, est traité avec davantage de flou que le reste de la campagne.
L’intérêt spécifique de ce tableau réside dans les marques visibles de sa propre genèse. Une lecture attentive révèle qu’un grand ciel bleu, issu d’une version antérieure, subsiste sous la colline. Il transparaît par endroits et réchauffe les coloris, notamment dans les zones vertes. Dans une première conception, l’horizon se situait aux deux tiers de la toile, selon une construction plus conventionnelle.
Il s’agit ici d’affirmer la surface picturale comme lieu du regard, dans un paysage de colline qui, dans la réalité, ne présente jamais ce caractère de surgissement montagneux. Ce goût pour les reliefs amplifiés réapparaît en 1913 dans un tableau représentant Martigues, conservé au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg (Kellermann, op. cit., n° 24).