Commentaire descriptif de l'édifice
À Strasbourg, la synagogue du quai Kléber avait été incendiée le 12 septembre 1940. Le projet de construction d’une nouvelle synagogue, la future synagogue de la Paix, véritable centre cultuel, culturel et communautaire s’inscrit dans la vague des synagogues construites en Europe après la Seconde Guerre mondiale, notamment à Milan, Dortmund, Bonn ou Leeds. L’architecte Claude Meyer-Levy reçoit le premier prix du jury final le 10 mars 1952. Résidant à Paris, l’architecte fait appel pour la réalisation des travaux à l’aide d’un architecte strasbourgeois, Jean-Paul Berst, et pour la décoration intérieure à René Heller, brièvement assisté par Charles-Gustave Stoskopf, et au ferronnier Gilbert Poillerat, professeur à l’École nationale des Arts décoratifs. La première pierre est posée le 5 septembre 1954 et la synagogue est consacrée le 23 mars 1958. Elle est pour son architecte un acte de foi : « […] un Temple doit, avant tout, être un geste symbolique, au niveau du sacré : une maison communautaire, dans le sens le plus élevé, un lieu de synthèse et de foi ». L’architecture devant à la fois symboliser le devoir de mémoire et marquer l’avènement d’une époque nouvelle, Claude Meyer-Lévy a ainsi voulu marier un plan et des références symboliques traditionnelles avec l’utilisation de matériaux résolument contemporains. La modernité s’exprime notamment par l’emploi de béton brut. Plus grande synagogue d’Europe, l’édifice à une capacité d’accueil de 1 600 personnes. La synagogue est construite dans l’une des zones résidentielles du quartier de la Neustadt, le long de l’avenue de la Paix qui constitue l’un des axes principaux de l’ensemble urbain, et aux abords du parc de Contades. La réalisation complète ainsi l’extension urbaine conçue et mis en œuvre lors de la période allemande (1871-1918) et dont la construction se poursuit jusqu’au XXe s. Le plan, traditionnel, est celui d’une basilique sans transept. La vaste voûte de béton, conçue dans la lignée des constructions des frères Perret, est portée par douze colonnes évoquant les douze tribus d’Israël. Deux de ces colonnes débordent à l’extérieur de l’édifice, encadrant l’entrée d’un court porche. La façade principale est constituée d’un ouvrage monumental de ferronnerie, dessinant un réseau d’étoiles de David. Ce travail d’orfèvre, réalisé Gilbert Poillerat1, magnifie la simplicité austère de la façade. Ces ferronneries sont répétées sous la corniche du vaisseau central, au dessus des bas-côtés. À la base de ce monumental ouvrage de ferronnerie, s’ouvre le portail orné par les emblèmes des douze tribus. Au-dessus du portail est gravé l’inscription en hébreu du livre de Zacharie (4:6) « Plus fort que le glaive est mon esprit ». À l’intérieur de l’édifice, le vestibule d’entrée est décoré de représentations de Jérusalem et du Mur de lamentations réalisés par la société Graphik de Maxéville. Une sculpture de l’ancienne synagogue y est également exposée. La structure de la nef est d’une hauteur de 22 mètres. La nef peut être séparée des deux ailes latérales par des parois coulissantes. L’estrade s’élève progressivement en direction de l’Arche sainte, petit sanctuaire rond en fer forgé réalisé par Gérard Poillerat. Le rideau de l’Arche sainte interchangeable est une tapisserie d’Aubusson exécutée d’après un carton de Jean Lurçat représentant les lions annonçant la royauté de la Torah et le buisson ardent de Moïse. L’estrade est éclairée par deux chandeliers monumentaux à huit branches. La synagogue est composée de deux niveaux. Au niveau supérieur sont aménagées des tribunes (mekhitsa), espace traditionnellement réservé aux femmes. La séparation entre les hommes et les femmes est également marquée par des balcons. Un ascenseur chabbatique marque un arrêt à tous les étages, évitant aux fidèles d’appuyer sur les boutons d’appel et d’étage lors du jour de Chabbat.