Commentaire descriptif de l'édifice
Jacques Carlu donne à son édifice un plan en A (référence volontaire à l’OTAN par le biais de l’initiale d’Atlantique ?) dont la tête est tournée vers la place du Maréchal-de-Lattre-de – Tassigny, épousant ainsi la forme trapézoïdale de la parcelle bordée par l’avenue du Maréchal-Fayolle côté bois de Boulogne et par le boulevard Lannes côté ville. L’entrée principale est ménagée dans le corps central du bâtiment, entre les deux bras, à l’aboutissement d’une vaste cour d’honneur. Deux entrées secondaires sont ouvertes sur les artères latérales. Destiné à accueillir les délégations des quinze pays membres réparties dans près de 1000 bureaux, l’édifice prend des dimensions imposantes : 185 m. de long, 25 m. de large à la proue, 70 m. d’ouverture à l’aboutissement des deux ailes. Sa hauteur, 24 m., s’ajuste au plus près des limites autorisées par la proximité des immeubles du boulevard Lannes, inscrits dans la filiation haussmannienne. La structure de l’édifice est composée d’une ossature de piliers et de poutres métalliques fondée sur deux niveaux de sous-sol en béton armé. Le hourdis des murs est constitué de briques, les planchers sont revêtus de dalles de béton. Un revêtement de pierre dure de Bourgogne habille les façades. La scansion rigoureuse des travées, répétée sur l’ensemble des façades, le peu d’espace laissé aux surfaces pleines, traduisent la fonction administrative du lieu. Seule l’élévation sur la place bénéficie d’un traitement plus élaboré. L’architecte a creusé l’épaisseur du mur de cinq longues et étroites travées de baies de verre et d’aluminium se reflétant dans un grand bassin semi-circulaire (remplacé par une porte). L’un des avant-projets proposait d’occuper l’espace finalement dévolu au bassin par un volume en hémicycle formant proue, qui devait abriter la grande salle du conseil. Dès sa mise en service, le siège de l’OTAN est célébré pour la modernité de ses équipements qui en font une machine administrative exemplaire. Le chauffage par le sol, l’air conditionné, l’isolation acoustique novatrice des plafonds, les treize ascenseurs, l’imposant standard téléphonique desservant 1200 postes et les deux niveaux de parking souterrain pouvant accueillir 600 véhicules reviennent à satiété sous la plume des journalistes qui se plaisent à qualifier l’édifice de « building ». Ceux-ci commentent avec autant d’entrain la fonctionnalité du bâtiment qui, outre le nombre considérable de bureaux, comprend des studios pour les interprètes, des salles de conférences équipées pour la traduction simultanée, plusieurs restaurants et cafeterias installés dans les parties hautes de l’édifice avec des vues sur le bois et la ville. Les espaces d’assemblée reçoivent un décor soigné de marbre et de moquette, en particulier la grande salle de conférence logée au rez-de-chaussée de la proue de l’édifice. La majeure partie des aménagements intérieurs d’origine ont disparu avec l’installation de l’université en 1969. La grande salle de conférence est devenue un amphithéâtre, les restaurants des terrasses servent désormais de bibliothèque. Les grilles ornées d’étoiles et la devise « Animus in consulendo liber » (« l’esprit libre dans la consultation », devise reprenant celle figurant au palais du podestat de San Gimignano en Toscane) encore visibles en plusieurs endroits du bâtiment témoignent cependant de son affectation d’origine. Prévoyant l’accroissement du nombre de fonctionnaires, Jacques Carlu avait envisagé de fermer la cour d’honneur par un corps de bâtiment logé entre les pavillons d’about des deux ailes. Cette idée est reprise par les architectes de l’agence ACHR qui, en 1992, doivent agrandir les locaux de l’université. De nouveaux amphithéâtres sont aménagés dans les anciens parkings souterrains, éclairés par une large cour anglaise creusée devant la nouvelle aile. Celle-ci est laissée libre au rez-de-chaussée afin de ménager une circulation fluide entre la rue et la cour intérieure. Pour compenser l’espace perdu par ce parti, ce nouveau bâtiment comprend un étage de plus que celui de Carlu. Néanmoins, les architectes prennent soin de caler les niveaux sur ceux de l’ancien palais de l’OTAN, attestant leur soin à s’intégrer au mieux dans la trame architecturale tracée par Carlu. Le profil bombé de la façade sur rue fait écho à l’ancienne entrée d’honneur sur la cour et son ordonnance rigoureuse renvoie au parti d’origine. Par ailleurs, les architectes ont fait le choix de matériaux bruts : béton gris pour les piliers, acier galvanisé des cages d’escalier, verre teinté et bois d’Ipé. Seul le grand brise-soleil sur la rue rompt avec les lignes d’ensemble.