Commentaire descriptif de l'édifice
Implanté en belvédère, le lycée Rabelais s’insère dans un écrin paysager de qualité, en lisière de la forêt domaniale de Meudon, à la limite des communes de Clamart et de Meudon. Les bâtiments s’adaptent à la déclivité du terrain et ont été disposés de manière à favoriser l’exposition à la lumière, en ouvrant des perspectives sur le paysage environnant, en particulier vers la terrasse de l’observatoire et en surplomb de la soufflerie de Meudon. Le programme du lycée s'inscrit librement avec pour seules contraintes de projet, la pente et le boisement. Aujourd’hui pourvu de clôtures, l’établissement était, au moment de sa construction, complètement ouvert sur son environnement. L’architecture s’exprime d’abord par la mise au point du plan masse voulu comme une réponse parfaite au programme et aux ambitions pédagogiques de l’Éducation nationale : hygiénisme, recherche d’ensoleillement maximum, larges espaces extérieurs propice s à l’éducation physique. La composition, à mi-pente de la colline, se distingue par l’éclatement du plan masse en plusieurs unités fonctionnelles. Ce parti pris, relativement courant, contribue à réduire l’impression de gigantisme et de grande collectivité que procurerait un ensemble monolithique de dimensions nécessairement monumentales. Sa lisibilité est assurée dès l’entrée, depuis la rue descendante de Meudon, entre ville et forêt. Cette entrée distribue chaque entité fonctionnelle. Une tour abritant les logements et un bâtiment à niveau unique pour l’administration, accueillent le visiteur. Les deux barres principales disposées perpendiculairement reçoivent les classes. Jouxtant l’une des barres et en surplomb des terrains de sport, un vaste bâtiment accueille le gymnase et le réfectoire. Ce dernier se distingue par sa terrasse à portiques, à l’origine accessible aux élèves. Il s’agit d’un des rares exemples de la période où l’on observe ce type d’espace conçu pour la convivialité. La composition générale en croix, à partir du motif de la barre, ainsi que les décalages de niveaux, entraînent un travail soigné des liaisons entre les différents points d’accès aux bâtiments, regroupés au centre de la parcelle. Laissant place à un espace naturel conséquent, libre de construction, ce parti pris est aussi une façon de garder en mémoire l’histoire du parc historique. Les cheminements dessinent des allées et offrent une promenade paysagère autour des bâtiments et en lisière du domaine forestier. Au cours de cette période peu propice à la créativité mais cherchant à proposer des alternatives aux grandes barres uniformes, Eugène Beaudouin s’est illustré avec deux autres exemples originaux : le lycée mixte d’Antony-Parc de Tourvoie (aujourd’hui René Descartes), et le lycée mixte d’Ivry (aujourd’hui Romain Rolland), tous deux hélas très dénaturés.
S’agissant d’une répartition fonctionnelle, par bâtiment, le lycée, mais aussi le collège, l’administration, les logements, le réfectoire et le gymnase représentent chacun des volumes indépendants. Donnant sur la cour d’accès, l’accueil et les logements se situent à droite de la grille d’entrée, l’administration longe la cour et en face, le collège, en première façade dans le sens de la pente et parallèle à la rue. Le bâtiment du lycée suit l’axe principal, dans le prolongement de la cour. Le réfectoire et le gymnase, façades du grand stade sportif, sont en contrebas, à droite de la cour. Les installations et équipements dédiés à la pratique sportive présentent des surfaces inhabituellement importantes : une grande salle de gymnase, un stade en plein air, des terrains de jeux collectifs et des aires et promenades doivent favoriser les activités physiques. La distribution intérieure des classes telle qu’elle a été conçue à l’origine n’est pas connue. Elle s’effectue à partir d’un couloir central. Un éclairage naturel abondant est assuré par la façade très ouverte.
À la nécessité de construire rapidement et à bas coût, l’État répond d’abord par la généralisation de principes architecturaux poussés jusqu’à la normalisation (du moins en théorie). L’État impose le principe de la trame de 1,75 m, duquel découlent des modes constructifs fondés sur la standardisation et la préfabrication, autorisant ainsi une mise en œuvre simplifiée des chantiers et des délais raccourcis. Appliquée dans les deux sens orthogonaux, cette trame permet de combiner tous les espaces nécessaires à la vie collective, en superposant ou juxtaposant les locaux et en contractant surfaces et volumes. Les architectes sont invités à composer les bâtiments scolaires comme dans un jeu de meccano, à partir de la répétition d’éléments prédéterminés et assemblables à l’infini. On retrouve donc quasi systématiquement la typologie de la barre, plus ou moins longue, ce qui amène à cet effet de répétition dans les constructions de la période. On constate ici, à la lecture des plans d’exécution côtés, que la norme est généralisée, régulant la géométrie du projet. La trame forme la base de tout dimensionnement à l’intérieur des bâtiments, tant dans la conception des volumes, des plans de salles que des escaliers. Elle intervient également dans le dessin détaillé des façades pour la répartition des ouvertures, incluses dans les dimensions des panneaux préfabriqués, chaque partie étant un multiple de 1,75 m. Par exemple, la salle de cours a pour dimensions 6x1,75 m de longueur par 4x1,75 m de largeur. Le mode de construction privilégié ici est issu de la préfabrication industrielle semi-lourde, reposant sur un système de poteaux-poutres. Construite en béton banché et vibré, la structure porteuse comporte une travée centrale taillant en continuité et constituée par une série de portiques transversaux à étages, liaisonnés par des poutres longitudinales assurant le contreventement des bâtiments. Les planchers de 7 mètres de portée reposent d’une part en appui et d’autre part sur l’ossature de façade composée de poutres et poteaux coulés à la pose des planchers. En profondeur, la distance entre les façades intérieures est de 7 mètres, soit 4x1,75 m. Les poteaux de l’ossature, les poutres, les bandeaux, les soubassements et corniches sont en béton vibré, coulé sur un coffrage soigné, permettant le décoffrage brut sans reprise ni ragréage. Une partie de l’ossature structurelle a été reportée à l’extérieur, en légère avancée par rapport à la façade et soutenant les corniches, ce qui a eu pour avantage de protéger cette dernière. Le remplissage des façades principales est constitué par des panneaux industrialisés légers, à cadre métallique en aluminium, fixés entre poutres et rives, liaisonnés latéralement par des couvre-joints. Chaque panneau préfabriqué est constitué d’une baie et d’un panneau simple en allège, colorée en bleu turquoise. Les façades ne participent pas à la stabilité générale de l’édifice.
Les façades, dont l’allure est dictée par l’emploi de la fameuse trame de 1,75 m, se développent sur trois niveaux de façon très régulière. Pour les bâtiments des classes, l’entraxe de 5,25 m, résultat de 3x1,75 m entre chaque poteau porteur, procure un rythme. Pour le bâtiment du gymnase et du réfectoire, l’entraxe porteur est de 5x1,75 m donc 8,75 m. La perception de l’architecture est de très bonne qualité grâce à la profondeur donnée par les trois plans successifs décelables en façade : celui du cadre que forme la corniche protectrice de toute la façade, celui des poteaux porteurs aux profils affinés saillants et celui du panneau de remplissage. Chaque travée verticale est ainsi affirmée, l’ensemble de la façade rythmé. L’ombre portée sur les plans décalés et les jeux de lumière sur le bleu lisse contribuent à animer les façades. Le bâtiment en longueur, plus bas que celui qui lui est perpendiculaire, a conservé ses préaux ouverts sur pilotis, fait suffisamment rare pour être signalé.
Seule une extension abritant une salle de théâtre a été ajoutée plus tardivement, à la jonction des deux bras de la croix.