Commentaire descriptif de l'édifice
L’architecte s’adapte aux contraintes existantes en disposant trois édifices de part et d’autre d’une ligne structurante, dont les plans au sol forment des figures géométriques simples : un cercle là où la parcelle est courbe, un carré à l’est et un triangle à l’ouest. Un quatrième édifice plus petit, doté de deux cylindres, participe à la transition depuis la rue Saint-Charles. Côté rue, là où sont les logements simples, le gabarit des façades s’adapte aux édifices post-haussmanniens existants, avec une muralité affirmée et peu d’ouvertures (celles-ci ont été diminuées au fil de l’élaboration du projet afin de limiter les déperditions d’énergie). Rue Saint-Charles, une partie de l’ensemble enjambe un accès créé vers le parc, dont la cité constitue à la fois une entrée et l’aboutissement. Là (ainsi que dans les lieux de passage) la forme douce des poteaux ovales répond à la ligne courbe du bâtiment placé à l’entrée pour accompagner les usagers. De l’autre côté, la composition prend la mesure de l’échelle du parc avec une dimension plus monumentale et d’importantes ouvertures pour inonder de lumière les ateliers d’artistes, tournés vers le nord. Les trois édifices principaux sont reliés par trois niveaux de coursives superposés, comme accrochés sur une ligne, sur une longueur de 100 mètres, qui donnent une cohérence à l’ensemble et constituent une droite disposée perpendiculairement à la grande perspective qui parcourt le parc en une diagonale de 300 mètres en direction de la Seine et de la Défense. L’édifice circulaire est placé quasiment au centre et anime l’ensemble. Un mur de soutènement courbe est situé entre la cour et le parc. La cité d’artistes est ainsi un front bâti qui termine le parc tout en faisant le lien avec l’espace bâti de la ZAC. Les édifices qui la constituent délimitent aussi une cour de service, marquée par les deux cylindres du quatrième bâtiment qui abritent des logements. Les accès aux logements et aux ateliers sont différenciés pour rendre les deux fonctions autonomes. Les logements, desservis depuis la cour intérieure, forment des duplex avec une petite terrasse. Les ateliers superposés sur quatre niveaux sont accessibles via les coursives au nord et un escalier en vis hors-œuvre côté ouest. Tous différents, ils sont constitués d’un espace en double hauteur, d’une petite mezzanine, et d’un mur de 8 mètres permettant de travailler sur des grands formats. Certains ateliers ont été modifiés par le recoupement horizontal du double niveau ou la pose d’un parquet, mais certains sont conservés dans leur état d’origine. Le gros-œuvre confié à l’entreprise Dumez est en béton enduit de blanc, majoritairement coulé sur place, avec quelques éléments préfabriqués (certains voiles de béton ou le auvent qui couvre les coursives). La réalisation est très soignée et la mise en œuvre complexe. Le chantier doit en premier lieu prendre en compte de la présence d’une nappe phréatique située à 1,50 mètre du niveau le plus bas de la cité. Lors de la construction, des reprises de charge importantes doivent être prévues, notamment car le parking en sous-sol n’a été pris en compte que tardivement, ce qui a occasionné un décalage entre les points porteurs de la structure et de la superstructure qui ne sont pas à l’aplomb, permettant de ne pas subordonner les trames des logements à celle du parking. Les trames choisies sont irrégulières, variant de 5,20 à 7,50 mètres, basées sur un module de 1,30 mètre. Un des cylindres du seul édifice ne donnant pas sur le parc est presque entièrement porté par un seul poteau central, ce qui constitue une prouesse technique néanmoins discrète. Comme à la cité technique et administrative de la Ville de Paris, les briques de verre constituées de panneaux préfabriqués (Saverbat, type KG clair) sont largement utilisées pour apporter de la luminosité et de la transparence, ainsi que des baies vitrées ou des ouvertures aux formes variées, parfois plus discrètes voire masquées. Par ailleurs l’architecte recourt à de nombreux coffrages différents non standards (des moules en bois bakélisé pour des poteaux ovoïdes proviennent du chantier de la cité technique et administrative), de nombreux voiles de béton percés présentant trente-huit rayons de courbure différents, de nombreux décrochements et encorbellements, des jeux d’alternance entre vides et pleins ainsi qu’à des failles dans les élévations. Le tout compose une forme savante et sophistiquée où s’articulent les différents volumes pour créer des espaces fonctionnels et agréables tout en ménageant les différentes échelles d’appréciation, le proche des habitants comme le lointain des promeneurs. Le dessin très graphique des façades et leur volume varient selon qu’elles donnent sur la rue, la cour et le parc, tout en étant en rapport avec la recherche de confort et de fonctionnalisme. Continuateur du mouvement moderne, ici comme à la cité technique et administrative contemporaine, inspiré également entre autres par le constructivisme, Michel Kagan adapte une esthétique et des principes architecturaux à un contexte bien précis, lui permettant de constituer un ilot bâti qui termine le parc, qui s’ouvre largement sur celui-ci, tout en offrant une porosité avec le reste de l’espace bâti de la ZAC. L’architecte développe par ailleurs une promenade architecturale, notion qui lui est chère, permettant d’apprécier le paysage environnant ainsi que l’architecture de la cité, qui sont plus à même d’être appréhendés et compris par la circulation du regard, entre espace public et privé. Depuis les ateliers et les coursives, des vues sont aussi aménagées vers la perspective dessinée par Gilles Clément qui traverse le parc en diagonale, les fenêtres formant un cadre à un environnement mis en lumière. Devant la cité s’étendait le jardin noir, inauguré en 1992, devenu jardin Eugénie-Djendi en 2015, investi en 2019 d’un monument aux morts pour la France en opérations extérieures.