Commentaire descriptif de l'édifice
L’Arsenal – Cité musicale est situé à la limite sud du centre ancien de Metz, sur le site de la l’ancienne citadelle qui domine la Moselle à l’ouest. L’édifice prend part à un ensemble plus vaste composé principalement de la basilique Saint-Pierre-aux-Nonnains, du grand magasin (aujourd’hui occupé par un hôtel), du palais du gouverneur militaire, et de l’école supérieure d’art de Lorraine. L’Arsenal – Cité musicale est implanté à l’angle nord-est de ce site avec les jardins de l’esplanade au nord et le quartier de la citadelle à l’est. La réalisation de l’architecte Ricardo Bofill prend appui sur un édifice pré-existant : un ancien arsenal militaire construit entre 1861 et 1863. Celui-ci est inscrit dans une parcelle qui présente une forte déclivité est-ouest (Cotes NGF 182 à 190) et qu’il occupe sur sa grande moitié est. L’édifice qui en resort s’inscrit dans un quadrilatère de 90 m sur 45 m. Il prend la forme en plan d’un « U » avec un long corps central occupant la limite est du quadrilatère, le long de l’avenue Ney et qui abrite le grand hall. Les deux ailes en retour, plus courtes marquent pour l’une, la limite nord à l’alignement avec le jardin de l’Esplanade et reçoit la salle Esplanade, petite salle de spectacle en gradins de 352 places et pour l’autre, au sud en vis à vis avec le grand magasin, abrite le Studio du Gouverneur, studio de danse notamment. L’ensemble architectural dégage une vaste cour surélevée qui s’ouvre à l’ouest et sous laquelle est implantée la grande salle de spectacle de 1311 places. L’architecture de l’ensemble comprend uniformément deux niveaux couverts par des toitures à deux versants en zinc. Les élévations sont composées de travées répétitives : 19 pour le corps principal et 12 pour chaque aile en retour d’équerre. Celles-ci superposent uniformément des arcades au rez-de-chaussé avec des baies séparées par un large bandeau. Elles sont entièrement revêtues de placage de pierre claire dont le calepinage fait apparaître une composition classique à base d’appareil simple, de pilastres et de chapiteaux simplifiés. Des rehauts en pierre de Jaumont viennent marquer quelques points particuliers de l’architecture : le soubassement, des arcades jusqu’à l’entablement, les arcs plein cintre et leurs clés. S’agissant des structures, elles sont en maçonnerie (moellons pour les parties pré-existantes et béton armé pour les neuves). Enfouie sur deux de ses trois niveaux dans le sol (15 m), la grande salle est un volume parallélépipédique simple entièrement recouvert de marqueterie de bois. Elle est composée de 14 travées (dont 2 demi-travées) en long et 7 travées en large qui sont en correspondance exacte avec les travées de l’édifice en « U ». On y accède au niveau haut par l’intermédiaire d’une galerie périphérique liée de plein pied avec le grand hall et le reste du rez-de-chaussée de l’édifice. Cette galerie donne accès sur les petits cotés aux gradins disposés de part et d’autre de la scène et sur les grands cotés à des balcons. A l’image des façades extérieures, l’ensemble des parois intérieures de la grande salle composent un décor néo-classique grâce à un jeu de marqueterie de hêtre et de sycomore séparés par des joncs de bronze. Deux avant-corps de deux niveaux et trois travées séparés par des colonnes encadrent la scène. Le plafond est constitué de profonds caissons acoustiques qui reprennent la trame des travées et intègrent aussi l’éclairage. Analyse architecturale L’architecture de l’Arsenal – Cité musicale de Metz a été confiée à Bofill à l’issu d’un concours international lancé en 1984. Y participaient cinq candidats notamment l’architecte messin Jean-Louis Jolin (1935-2015). Dans les objectifs du programme, le souhait de préserver l’esprit du lieu est clairement exprimé. Acquis en 1971 par la ville, l’édifice était d’abord voué à la démolition avant que ne soit décidé sa conservation à la suite d’une mobilisation des habitants. La plupart des candidats du concours conservent l’ensemble des constructions pré-existante. Le projet de Bofill propose une approche différente, transformant profondément l’architecture de l’arsenal et remodelant la topographie du site. En effet, si l’édifice du XIXe était également organisé autour d’une place centrale, sa composition était inversée avec un plan en « U » ouvrant sur l’avenue Ney. Cela essentiellement du fait de la déclivité du terrain qui, au cœur de la citadelle, est de huit mètres plus haut que l’avenue. L’arsenal d’origine venait ainsi s’encastrer dans le sol de ce tertre naturel. Une rampe carrossable longeait néanmoins l’aile nord de l’édifice, face au jardin de l’Esplanade. Elle donnait accès à la rue de la Citadelle. Si l’accès principal de l’arsenal se faisait logiquement par l’avenue Ney, un long pavillon venait néanmoins occuper ce dernier coté, sur toute sa longueur, avec seulement un passage libre de part et d’autre. Un plan assez classique pour l’époque et que l’on retrouve notamment dans les manufactures. Dans son projet, Bofill prend le parti, en démolissant l’aile principale de l’arsenal, celle qui est encastrée dans le terrain, de retourner la composition et d’ouvrir son architecture, non plus sur l’avenue Ney mais sur le cœur de la citadelle. Grâce à ce dispositif, il joue de la topographie et gagne naturellement 8 des 15 mètres d’élévation qui sont nécessaires pour installer la grande salle dans l’embarras de la cour pré-existante. Il accompagne ce retournement de l’arsenal sur le cœur de la citadelle, option architecturale originale de son projet, d’une mise en scène des volumes qui compose le paysage (à l’image du campo santo de Pise) : il dégage la chapelle des Templiers précédemment bloquée dans l’angle de l’arsenal, et met en scène la basilique Saint-Pierre-aux-Nonnains. La rampe qui longeait l’aile nord est démolie, libérant la façade qui maintenant participe de la composition urbaine du jardin de l’Esplanade. Elle est remplacée par un imposant emmarchement, judicieusement placé entre l’arsenal et l’école d’art voisine, dans l’axe de la chapelle des Templiers. Cette recomposition urbaine correspond bien à la vision classique que l’architecte développe par ailleurs dans ces autres opérations françaises de l’époque. Au delà de cette véritable transformation urbaine rendue possible par la démolition de l’aile principale de l’arsenal, l’architecte transforme également le reste de l’édifice. Le pavillon sur l’avenue Ney est prolongé à ses extrémités pour rejoindre les deux ailes latérales. Les croupes droites de ces dernières sont remplacées par des fronton-pignons. S’il préserve « l’esprit du lieu », Bofill transforme cependant un édifice au classicisme assumé en une architecture plus apparentée à l’antique. Par ce jeu, il annonce l’architecture intérieure de la grande salle. La grande salle de spectacle de l’Arsenal est la pièce maîtresse de cette ensemble. Elle est internationalement reconnue tout d’abord pour son acoustique exceptionnelle. Entièrement habillée en marqueterie de bois, elle est le pendant de l’extérieur de l’édifice habillé en pierre. A l’image des théâtres antique, elle est réalisée comme une pièce urbaine entourée de façade d’architecture.