Intérêt de l'œuvre
Le centre-ville ancien d’Abbeville est détruit en quasi-totalité par le bombardement allemand du 20 mai 1940. Un premier plan d’urbanisme dessiné par Jacques Gréber sous l’Occupation, partiellement réalisé, est fortement remanié après 1950 par Clément Tambuté. La Seconde, Reconstruction abbevilloise témoigne ainsi des complexités à la fois administratives, financières, techniques et politiques de la Reconstruction, mais aussi des enjeux théoriques sur les partis prix architecturaux et urbanistiques qui secouent les années 1940 à 1960 dans les régions touchées par la Seconde Guerre mondiale. L’inauguration de l’hôtel de ville le-9 o·ctobre 1960 donne lieu à une important cérémonie actant officiellement la fin de la reconstruction de la ville. L’édifice devient le symbole de la continuité historique du pouvoir communal, de la renaissance de la ville et de la puissance du maire Max Lejeune dont l’action rayonne dans toute la Picardie maritime. L’hôtel de ville et sa place sont le cœur et le point convergeant. des rues et îlots reconstruits. Après un premier projet régionaliste abandonné, les plans définitifs de l’édifice sont signés par Jacques et Pierre Gré ber (Clément Tambuté, Paul Tournon et Maurice Lafon ont également contribué au projet avant de l’abandonner en raison de divergences). Les volumes géométriques simples du beffroi et du corps de bâtiment principal, la sobre monumentalité des élévations, le choix des matériaux (béton, brique et parement de pierre de Charente), le toit-terrasse et les hautes baies répondent au pragmatisme des restrictions d’après-guerre tout en faisant écho aux préceptes esthétiques et théoriques du mouvement moderne. Les façades des six îlots encadrant l’édifice, qui délimitent la place,· forment un écrin moderne, monumental et homogène en cœur de ville. Issu d’une dynastie de céramistes installés dans la région de Beauvais, diplômé de l’École des beaux-arts de Paris en 1909, Jacques Gréber est à la fois urbaniste, architecte et paysagiste. li œuvre entre autres à Lille, Belfort, Marseille, Rouen et Abbeville mais aussi à plusieurs reprises aux États-Unis et au Canada. Il est l’architecte en chef de l’Exposition internationale des arts et techniques appliqués à la vie moderne de Paris en 1937 et réalise à cette occasion les jardins du Trocadéro.