Description historique
"L'inscription dans le plan de la ville des premières salles de cinéma à Saint Brieuc, étudiée en détail par Ghislain Bouvier, raconte l'histoire sociale de cet art comme celle de la société Briochine. Avant-guerre, les premières séances foraines sont une attraction autant qu'un spectacle. L'organisateur itinérant équipé de son matériel projette les films qui lui appartiennent dans des salles sommairement équipées. Les films, plus longs et plus chers prennent ensuite une dimension plus narrative et les sociétés productrices vont dès lors louer leurs films à des salles d'exploitation. Tel est le cas dès 1911 du Cinéma-Théâtre Pathé ouvert aux Champs-de-Mars par la société éponyme pour promouvoir sa production. Cette étape marque la naissance du cinéma en tant qu'équipement urbain.
La dominante moralisante ou distrayante de ces films va se traduire à Saint-Brieuc par une rivalité entre des salles qui s'efforcent de promouvoir un cinéma apostolique et des salles plus orientés vers le loisir et la culture populaire. Les premières, liées aux institutions religieuses vont se trouver plus proches du centre-ville : la salle de l'Ecole Saint-Charles, ouverte aux élèves mais également aux autres habitants, puis en 1932 la salle Dugesclin salle de 750 places créée par deux abbés dans un ancien patronage situé rue Saint Benoit.
En revanche, les salles ouvertes par des entrepreneurs de spectacle, visant le divertissement et une rentabilité financière, ne disposent pas de ce foncier hérité en centre-ville. Elles vont s'implanter dans la partie est de la ville qui, malgré les obstacles topographiques, constitue sa zone d'expansion principale : tel est le cas des cinémas Le Penthièvre, Les Promenades ou Le Royal, et au-delà du Gouédic, de la salle de la cité-jardin de Ginglin.
Paul Lavollée, acteur principal de ce développement du cinéma de loisir à Saint-Brieuc, reprend en 1918 Le Penthièvre, une ancienne salle de patinage située boulevard Clémenceau qu'il réaménage pour en faire une salle de 850 places à usages multiples : cinéma, mais aussi théâtre et musique. Rebaptisée Le Familia, la salle domine dans les années 20 le marché du loisir cinématographique briochin.
Néanmoins, la concurrence qui s'annonce au début des années 30 incite Paul Lavollée à se lancer dans le projet d'une nouvelle salle plus fonctionnelle et dont l'architecture comme le décor correspondent mieux au gout de l'époque. Le choix d'un terrain propice et d'un architecte à la hauteur de l'enjeu sont décisifs pour le succès de l'entreprise."