Commentaire descriptif de l'édifice
Le camp Joffre occupe encore un très vaste espace au nord de la commune de Rivesaltes, dans un site détaché de la ville. Le mémorial a été construit à l'extrémité est du camp.
Le bâtiment du musée-mémorial est installé face de l'îlot F, dans un vaste ensemble où ne subsistent que les ruines des bâtiments d'internement ; cependant il occupe un espace libre de l'ancien camp militaire : la place d'armes. En effet, l'îlot Fet ses alignements de baraques en dur, inscrit au titre des monuments historiques, ne permettait aucune destruction.
La particularité du bâtiment est d'être enterré : le grand monolithe de béton de 240 m de long surgit à peine de la terre ocre qui l'entoure et qui est laissée sur un large pourtour. Sa toiture, en très légère pente vers l'est, est seulement percée de quelques ouvertures de forme géométrique. L'architecte a voulu un bâtiment à la fois "silencieux et pesant". Dans cet environnement très plat, il est invisible à quelques dizaines de mètres.
Les visiteurs entrent dans le site par le coin sud-ouest, là où le toit est au ras du sol et peut être vu comme faisant partie du paysage. On y entre par une rampe partiellement enterrée qui mène à une cour ouverte. Sous le toit en débord (ombre et lumière, brise-soleil), les séparations entre les grands vitrages verticaux, doublées d'un poteau en relief, amènent l'idée d'une colonnade. Celle-ci apporte une solennité à cet espace très sobre (sol en terre cuite, ocre des couleurs, bleu du ciel). Trois patios sont les seuls points d'entrée de la lumière naturelle. Ils sont entièrement recouverts (sols et murs) par des briques disposées en motifs de chevrons. Ils structurent l'organisation du musée : salles d'exposition, lieux d'accueil et bureaux.
Les salles consacrées au mémorial sont entièrement aveugles. Un immense couloir aveugle également court tout le long de la structure. Il est éclairé par des lumières au sol, qui dessinent un long cheminement de pointillés, alors que la rampe de lumière au plafond, au-dessus du mur, donne une lumière indirecte. Le visiteur n'a donc aucune vue sur l'extérieur, excepté sur le ciel.
Les murs sont faits de grands plaques de béton brut. Les rares ouvertures rectangulaires sur les murs rappellent les formes très simples des baraquements, murs lisses enduits et petites fenêtres rectangulaires ou carrées.
Les murs et la toiture de l'ensemble sont faits d'un béton relativement lisse, de couleur ocre rosé, avec inclusion de cailloux, qui se fond dans le paysage environnant (très caillouteux et comportant très peu de végétatio) et en rappelle l'austérité.
Un auditorium est positionné près de l'entrée. Dans cet espace également, c'est la sobriété qui domine (murs lisses, dessin des rangs de sièges, des marches).
Selon Ricciotti, "le mémorial compressé entre la terre et le ciel, entre le passé et la mémoire, est situé exactement dans le présent et représente la vie elle-même".