Description historique
Le domaine de Cambayrac est intrinsèquement lié à l'histoire de la seigneurie de Castanet, dont il fait partie dès l'origine. La famille féodale de Castanet est connue depuis le 13e siècle. Son ultime représentant, Guyon, décède sans héritier direct en 1375. La seigneurie est alors portée dans la maison de Faudoas, puis devient, par mariage, la propriété de Pierre d'Armagnac en 1377. Ses descendants abandonnent leur nom d'Armagnac pour adopter celui de Castanet. Le module d'habitation d'époque médiévale, repéré au sein de l'ensemble du bâtiment des communs, montre une occupation du site à la fin du Moyen-Age, comme en témoigne une demi-croisée chanfreinée et des jours chanfreinés. Des aménagements domestiques, sous forme de vestiges ou encore en place : cheminée, évier et placards - prouvent la fonction de logement de ce bâtiment. Cambayrac n'apparaît pour la première fois dans les archives qu'en 1452, lorsqu'Arnaud ou Armand de Castanet donne ce domaine en bail emphytéotique. En 1488, il reçoit une reconnaissance pour cette métairie. Un premier corps de logis paraît alors être construit durant la seconde moitié du 15e siècle. Les latrines visibles sur le pignon ouest, ainsi que les fenêtres, aujourd'hui bouchées, encore visibles sur le pignon est (demi-croisée) et le mur nord du château, témoignent de ce premier état de construction. En 1467, Jean de Castanet, seigneur de Cambayrac, fonde une chapellenie sur le site, qui s'accompagne alors très certainement de la construction de la modeste chapelle. Le profil des voûtes, ainsi que le chanfrein de la porte d'entrée, sont comparables à des modèles stylistiques de cette période. Ce lieu de culte privé s'apparente à une chapelle funéraire familiale, dont d'autres exemples sont connus par ailleurs : la chapelle Notre-Dame de Grâce à Lacapelle-Livron (1472), celle de la Triviale à Loze (1486) ou Notre-Dame-de-Pitié de Parisot (fin du 15e siècle). En 1585, Cambayrac est donné à Georges de Castanet, fils cadet de Pierre, qui porte dès lors le titre de seigneur du lieu et en fait sa résidence ordinaire. Le logis principal est semble-t-il alors agrandi, avec notamment l'adjonction de la tour qui abrite l'escalier en vis en pierre, et les croisées du logis reprises. Le pigeonnier à arcades semble faire également partie de cette campagne de construction (mêmes moulures toriques que celles de la chapelle). Le bâtiment formant l'angle sud de l'actuelle ferme à cour carrée est construit au 17e siècle (ouvertures et jours chanfreinés). En 1669, Antoine de Castanet demande à l'évêque de Rodez une nouvelle érection d'une chapelle privée, arguant du fait que l'église du village de Castanet est trop éloignée de son château et empêche sa famille et ses domestiques d'entendre fréquemment la messe. Ce privilège lui est accordé en 1672, à condition que la chapelle soit sous le vocable de l'Assomption de Notre-Dame, et que le prêtre desservant, choisit par le seigneur de Cambayrac et présenté par lui à l'évêque de Rodez, puisse bénéficier d'une rente annuelle de 12 livres. Cette nouvelle fondation d'un lieu de culte à cette date semble indiquer soit que la chapelle construite au 15e siècle n'est plus décente pour y célébrer les offices, soit que la rente originelle sur laquelle s'appuyait la chapellenie de 1467 n'était plus perçue et le bénéfice ecclésiastique non pourvu. Au siècle suivant, certainement après le mariage de François de Castanet avec Catherine de Bérail de Mazerolles qui lui apporte 6000 livres de dot, le logis est en partie repris : percement de fenêtres au tracé segmentaire, nouvel agencement des pièces en salons, chambres et antichambres (comme en témoigne un état du mobilier établi en 1792). La ferme sur cour carrée est également complétée par de nouveaux bâtiments, une date portée commençant par le millésime "17- -" étant aujourd'hui toujours visible dans le poulailler. En 1762, le portail d'entrée des communs est édifié (date gravée dans un coeur sur le claveau principal de l'arc). François de Castanet, en 1787, donne l'intégralité du domaine en fermage, à l'exclusion du château. Lors de la Révolution, ses fils émigrent, alors que lui-même décède dans son château en 1792. Cambayrac, confisqué par les autorités comme appartenant à des émigrés, est vendu comme Bien National mais la veuve de François de Castanet arrive à le racheter. Ses enfants retrouvent la jouissance de l'ensemble sous la Restauration. En 1852, le portail d'entrée de la ferme sur cour carrée est repris et cette date portée sur son linteau. D'importants travaux sont entrepris à l'intérieur du logis à la fin du 19e siècle, qui entrainent la disparition des anciennes cheminées et leur remplacement par des manteaux simples en marbre, la pose d'une nouvelle porte d'entrée à la tour d'escalier ainsi que le toit conique en couverture et enfin les lucarnes-frontons à croisées aménagées dans la toiture du logis. Après la Seconde Guerre Mondiale, le château est remis en état : nouvelles menuiseries aux fenêtres, nouveaux papiers peints, enduits au ciment sur l'intégralité des murs du rez-de-chaussée, aménagement d'une cuisine "moderne", apport d'une cheminée en pierre, provenant d'un édifice extérieur en réemploi, adjonction des armoiries des Armagnac, sculptées en pierre, au-dessus de la porte d'entrée de la tour. Entre 1978 et 1998, le château est abandonné. Une nouvelle campagne de restauration débute en 2000 par la réfection des toitures du logis, puis en 2002 par le remontage d'une partie de l'aile sud-est de la ferme sur cour carrée. Le domaine de Cambayrac est protégé au titre des Monuments Historiques en 2006 : façades et toitures pour le château, en totalité pour le reste des bâtiments de l'ensemble. En 2013, d'importants travaux dénaturent irrémédiablement le site. L'intérieur du château est vidé sur ses différents niveaux et l'ensemble des aménagements intérieurs (cheminées, parquets, cloisons) disparaissent, à l'exception d'un évier en pierre au rez-de-chaussée et des latrines à l'étage de comble. Les pièces du rez-de-chaussée sont décaissées d'au moins 80 cm. Les sols des communs connaissent le même sort. Dans la ferme sur cour carrée, les aménagements (poteaux et stalles en bois, dallage et pavement) de l'étable, située dans l'aile nord-ouest, ont disparu et ont été remplacés par une dalle en ciment, tout comme dans la grange, située sur le côté nord-est.