Description historique
Moulin à marée reconstruit au 17e siècle par les moines de l'abbaye de Saint-Gildas à l'emplacement d'un édifice analogue existant dès 1380, qui leur avait été donné par le duc de Bretagne Jean IV. Resserre au sud-est construite à la fin du 18e siècle (date 1786 mentionnée par travaux historiques). Site classé en 1933. [Catherine Toscer], [Olivier Renaudeau].Reconstruit au XVIIe siècle, le moulin de Pen Castel, attesté en 1186, est très probablement antérieur et pourrait remonter au XIe siècle. Notons que, selon les travaux de Pierre Beunon et de l'association La Maison Forte et le Patrimoine de Rhuys, la presqu'île présente une concentration exceptionnelle de moulins à marée très anciens, dont certains pourraient être liés à une motte féodale, et remontant à une période comprise entre l'an Mil et le XIIIe siècle (Pen Castel donc, mais aussi Ludré, Le Hézo, Le Lindin, voire Banastère, Caden ainsi que celui de L'Epinaye sur la commune de Surzur aux marges de la presqu'île). Cette situation semble alors directement liée à la présence sur ce territoire des siècles durant de seigneuries et d'une abbaye puissantes.On ne sait pas qui est à l'origine de la réalisation du moulin de Pen Castel. Si celui-ci est antérieur à 1140-1150, il pourrait s'agir d'un seigneur local (seigneurie de Kerners, de Pen Castel ou de Bernon) mais plus probablement du duc de Bretagne lui-même sachant que le duc Conan Ier fît l'acquisition de la forêt de Rhuys dès 1008. En revanche, si sa construction est postérieure au milieu du XIIe siècle, époque de l'arrivée des templiers en Bretagne et sur la presqu'île de Rhuys, il serait plutôt l’œuvre de ces derniers qui, comme les grands seigneurs ou les moines, avaient les moyens financiers d'ériger un moulin à marée et sa digue. Il est possible, qu'à défaut de l'avoir créé, ils aient possédé puis aménagé ce moulin de Pen Castel à partir de cette seconde moitié du XIIe siècle et ce jusqu'en 1250. Après cette date, il revînt au duché de Bretagne.En 1367, le duc Jean IV l'échangea contre le Moulin des Lices (parfois dit « de la Garenne »), qui jouxtait son château de l'Hermine à Vannes, et que possédaient alors les moines de l'abbaye de Saint-Gildas de Rhuys située à quelques kilomètres de Pen Castel. Déjà détenteurs du moulin à marée du Lindin, ils acquièrent dès lors le monopole de la mouture sur l'ouest de la presqu'île. Par la suite, leur mainmise s'étendît à l'est via d'autres moulins à marée : Le Ludré (en 1474) et Le Hézo. Comme la plupart des moulins à marée du Morbihan, celui de Pen Castel fonctionnait environ 8 heures par jour. Si peu de documents font mention de la production et de la productivité des moulins à marée, on dispose d'une telle donnée pour Pen Castel au XVIIe siècle qui apparaît alors comme le plus productif du pays vannetais avec un total annuel de 200 perrées (petite mesure alors en cours à Vannes et aux environs) de froment et 70 de seigles, soit 432 quintaux.Les moines, détenteurs du droit de mouture, louaient le moulin à un meunier qui devait veiller à son monopole, parfois de façon zélée. En 1703, le meunier André Le Blouhic a ainsi dénoncé un bâtelier, ensuite poursuivi et condamné pour être revenu de Vannes avec un sac de farine de contrebande.Le moulin de Pen Castel présente une grande similitude avec celui du Lindin en matière de gestion. Ils sont en effet régis par le même contrat de fermage (ou ferme), daté du 28 octobre 1745, établi pour 9 ans et précisant les droits et devoirs du meunier. Par ce contrat, les meuniers s'engageaient en premier lieu à bien servir les mouteaux, soit toutes les personnes tenues de faire moudre leurs grains dans ce moulin. Alors que le loyer dont devait s'acquitter un meunier se versait généralement en une ou deux fois par an, ce document stipulait qu'il devait être versé pour ces deux moulins par quartier tous les trois mois et par avance. Le meunier de Pen Castel effectuait couramment son paiement en grain pour une quantité annuelle totale de 15 tonneaux et 5 perrées de froment, soit un tonneau de plus qu'au Lindin. Faute de paiement, le contrat de fermage précisait que le bailleur pouvait ordonner l'expulsion du loueur sans sommation ni formalité. En outre, l'autorité de l'abbaye se réservait le droit de résilier le bail en cas de partage de ses biens, là encore sans contrepartie vis à vis du Meunier. Au loyer, s'ajoutait une rente féodale (ou convenancière) annuelle d'un montant de 6 livres pour chacun des deux moulins. Par ailleurs, le meunier devait entretenir le moulin et ses mécanismes (bâtisse, charpente, roues, meules) afin de pouvoir le restituer à tout moment tel qu'il était en début de bail. Il devait également se servir de son chômage pour entretenir ou réparer la digue. Toutes ces conditions devaient être acceptées par le meunier et ses ayants droits sans garantie de parvenir au terme du bail.Dans une note de 1743, écrite par l'abbé de Villeneuve, il était indiqué que I'autorité de l'abbaye pouvait créer un moulin supplémentaire sans compensation pour les meuniers de Pen Castel ou du Lindin et ce, même en cas de perte de clientèle qui s'en suivrait. Comme au Lindin, le moulin de Pen Castel restera sous l'autorité de l'abbaye jusqu'à la Révolution suite à laquelle il devînt bien national. Toutefois, alors que de nombreux moulins changèrent de propriétaires entre 1789 et 1793, celui de Pen Castel ne fît l'objet d'une vente que le 20 juillet 1796. Pour le compte d'un négociant Nantais, François Dessaulx, un confrère vannetais, Jacques Casset-Vertville l'acquît pour un montant de 37 440 francs, un montant plutôt élevé qui soulignait l'importance de ce moulin. A cette époque, le Meunier du moulin de Pen Castel, Marc Le Thiec, avait aussi en fermage celui du Lindin. Vers 1800, la bâtisse du moulin fît l'objet d'une extension sous la forme d'un appentis. Dans les années 1880, dans le contexte de l'invasion des céréales nord-américaines ou hongroises, l'activité du moulin de Pen Castel ralentit comme celle de bien d'autres. Il cesse de tourner définitivement vers 1920. Par la suite, le hérisson de Pen castel, cette roue dentée intégrée au mécanisme du moulin, a été transférée au moulin à marée de Kerlioret à Saint-Philibert. Le réemploi d'éléments de moulins désaffectés pour d'autres toujours en activité pouvaient être assez courant. Depuis 1933, après qu'aient été vendus plusieurs éléments du mécanisme depuis l'arrêt de l'activité meunière à Pen Castel, c'est l'ensemble du site comprenant le moulin qui est inscrit.Après la Seconde Guerre mondiale, le moulin est transformé en restaurant. Paradoxalement, la salle où étaient dressées les tables se trouvait au départ dans l'appentis pourtant moins vaste qui prolonge le bâtiment principal qui accueillait quant à lui les cuisines. Il était en effet encore encombré des lourds mécanismes du moulin, ce qui empêchaient certains travaux comme la pose d'un revêtement de sol pour remplacer la terre battue. A cette époque, le fils aîné des propriétaires assurait l'entretien du moulin en organisant l'écoulement de l'eau par les coursiers et le remplissage de l'étang par la vanne d'admission d'eau de mer. Par la suite, les restaurateurs purent faire démonter et extraire les rouages qui sont depuis ensevelis de l'autre côté de la route. La salle put alors être dallée, ce qui permît une mise à disposition de la clientèle jusqu'à la fermeture de l'établissement en 1965. Il fut racheté dans les années 1970 par une famille qui en fît une crêperie le jour et un dancing en soirée qui fermèrent après quelques années. Laissé à l'abandon par la suite, il est acquit en 1995 par le Conseil départemental du Morbihan (alors Conseil général). Dès l'année suivante, il en confia la gestion à la commune d'Arzon qui se lança dans sa restauration (2002-2009), en fît l'acquisition en 2007 puis en confia la gestion à l'office de tourisme. C'est depuis 2009, un espace culturel et un lieu d'exposition ouvert au public. [Ewan Sonnic]