Description historique
Jusqu'en 1914, Le Grand Bazar de Saint-Quentin, fondé en 1894 par Antoine Delherme (1855-1924), constitue l'un des commerces les plus importants de la ville de Saint-Quentin. Entièrement détruit durant la Première Guerre mondiale, l'immeuble fait l'objet d'une reconstruction exceptionnelle sous la direction de Sylvère Laville. En 1922, le grand magasin des Nouvelles Galeries se place d'emblée à l'avant-garde de l'Art déco en Hauts-de-France.Dix-huit ans après l'introduction d'un bazar à Saint-Quentin (Le Grand Bazar Bracq Droy, rue des Toiles) en 1876, Antoine Delherme crée un établissement du même type en 1894. Articles de ménage et de voyage, vaisselle, brosserie, bijouterie, maroquinerie et ganterie, jouets ou articles de sport, Le Grand Bazar devient rapidement un magasin de référence et vient étoffer une offre qui se développe dans la ville depuis les années 1880. Au moment de sa création, l'établissement commercial occupe deux immeubles, situés aux numéros 20 et 22 de la rue de la Sellerie, entre deux débits de boissons. Il ouvre ses portes officiellement le 15 décembre 1894. Le succès est tel que, quelques mois après son ouverture, des extensions sont à nouveau envisagées. Antoine Delherme fait l’acquisition en avril 1895 d'un petit magasin de nouveautés appartenant à Léonie Caudron (au numéro 24 de la rue de la Sellerie) ainsi qu’une partie de l’immeuble implanté au numéro 18, qu’il finit par absorber en totalité en 1901. En parallèle, à partir de 1899, la surface du grand magasin s’étend également vers le fond de la parcelle en direction de la rue Saint-Jacques. En 1902, Le Grand Bazar change d'enseigne et devient Les Nouvelles Galeries (magasin associé).Vers 1908-1909, Les Nouvelles Galeries étendent encore leur surface et gagnent l’immeuble qui jouxte l’ancienne église Saint-Jacques. Sis au numéro 16 cet immeuble était occupé depuis la Révolution par la Bourse du Commerce.Le 28 août 1914, la ville de Saint-Quentin est occupée par l'armée allemande. Les points élevés de la ville qui forment autant de cibles stratégiques vont ainsi faire l'objet de bombardements alliés après l'exode forcé de la population en mars 1917 pour déloger l'armée allemande. La proximité des Nouvelles Galeries avec l'église Saint-Jacques et son clocher rendent tout le secteur vulnérable. L'immeuble commercial est pilonné à de nombreuses reprises. Seule subsiste la façade principale qui donne sur la rue de la Sellerie. Celle-ci, fragilisée par l'absence de contrebutement et menaçant de tomber sur la rue, finit par être dynamitée pour protéger le passage des troupes allemandes dans la rue de la Sellerie, axe majeur de circulation dans la ville.À la fin de la guerre, Les Nouvelles Galeries sont entièrement détruites. Pour autant, pour son dirigeant, c'est l'occasion de reconstruire l'immeuble avec davantage de cohérence et de modernité, en exploitant la situation permettant de développer trois façades commerciales.Dans le courant de l'année 1920, en attendant la reconstruction du grand magasin dont il confie la conception architecturale à Sylvère Laville (1865-1955), Antoine Delherme installe provisoirement Les Nouvelles Galeries sur la place de l'Hôtel de ville, dans l'ancienne Brasserie de la Bourse. La demande d’autorisation d’Antoine Delherme est amorcée en 1922. L'argumentaire de sa demande souligne clairement son ambition : "J’ai cherché et imposé à mon architecte que mes façades offrent un caractère artistique […] L’édification de mon magasin sera une des plus importantes qui existent en France dans les villes de province et qu’il ne pourra que donner un essor spécial à la ville de Saint-Quentin.". L’architecte Sylvère Laville, déjà reconnu pour la réalisation de plusieurs immeubles commerciaux du même type, dresse les plans et les coupes du nouvel édifice à l’automne 1922. Antoine Delherme les remet officiellement aux services de la Ville de Saint-Quentin le 16 février 1923. Le projet est approuvé le 5 juin 1923. Le 13 décembre 1924, Antoine Delherme décède à son domicile parisien. Sa veuve, Lucy Delherme-Menier, et leur fils Pierre Delherme, alors âgé de vingt ans, assurent la succession et le suivi du chantier du grand magasin. Pierre Delherme s'installe en 1931 dans l'appartement situé au dernier étage de l'immeuble, rue Anatole-France.Après cinq ans de travaux qui semblent avoir été conduits par Julien Heulot, architecte de l'agence de Sylvère Laville, l’édifice est achevé en 1927. Il ouvre officiellement ses portes le 9 avril 1927. L'engouement ne dure que quelques années. Rapidement, Pierre Delherme est contraint d'ouvrir en novembre 1933 un magasin Prisunic au rez-de-chaussée de l'immeuble. C'est à cette époque que le grand escalier de l'atrium ovale est détruit et qu'un plancher obstrue les puits de lumière des deux grandes verrières entre le rez-de-chaussée et le premier étage. Dans un souci de diversification de l'offre, Pierre Delherme ouvre une salle de cinéma en novembre 1935, le Forum, au premier étage de l'aile donnant sur la rue Anatole-France. Cette évolution commerciale n'empêche cependant pas l'accroissement des difficultés et la liquidation des Nouvelles Galeries le 11 décembre 1936. La cessation d'activité est annoncée dans la foulée. Après la Seconde Guerre mondiale, l'immeuble réunit aussi bien des fonctions commerciales que de divertissement. En 1947, le rez-de-chaussée change à nouveau d'enseigne et devient Monoprix, marque connue pour avoir instauré le libre-service dans ses magasins à partir de 1933. En parallèle, en 1946, le cinéma est remplacé par un dancing qui reprend d'abord le nom de l'ancien cinéma, le Forum, avant de s'appeler ensuite le Lido Phare puis l'Élysée Dancing en 1954. Cet espace est enfin complété par l'Élysée Sport, dédié aux patins à roulettes sur piste. Après avoir accueilli également quelques galas de boxe dans les années 1960, l'immeuble tombe peu à peu dans l'oubli.Il faut attendre l'ouverture de l'édifice au public lors des Journées Européennes du Patrimoine de l'année 2012 pour que la qualité exceptionnelle de cet édifice Art déco soit redécouverte et que la Ville de Saint-Quentin y projette comme c'est le cas désormais depuis plusieurs années, une nouvelle affectation mixte.Évolution des effectifs de l'entreprise : en 1896, Le Grand Bazar emploie 15 salariés. Ils sont 39 en 1913.