Description historique
Le développement de la verrerie forestière du Garmouzet (1662-1785)La verrerie du Garmouzet est créée en 1662 par Nicolas Vaillant, écuyer et seigneur de Charles-Fontaine, suite à l'autorisation d'Henri II de Lorraine, prince de Condé et duc de Guise d'établir des verreries dans les forêts de son duché. Elle constitue l'une des grandes verreries forestières de Thiérache de la seconde moitié du 17e siècle. Elle est dotée de deux fours de cuisson : l'un destiné à la fabrication du verre blanc, l'autre pour la fabrication des miroirs. Dès le début, Nicolas Vaillant collabore avec Jean-Jaques Colnet, issu d'une grande famille de maîtres verriers qui avait fondé la verrerie de Quiquengrogne. Cette collaboration est attestée jusqu'en 1672. Le site est également doté d'une chapelle, représentée sur le plan d'arpentage de 1706, Mais, à l'époque, le site repris l'année précédente par Jean-Baptiste Lamirault, seigneur Delalande et d'Etréaupont, maître général des forêts du duché de Guise, apparaît dépouillé de tout autre bâtiment. En effet, pour une raison indéterminée (peut-être un incendie), la verrerie qui était encore en activité en 1680, est sans activité et en ruine en 1694. L'activité reprend néanmoins vers 1725. Jacques Vaillant exploite à nouveau les fours avec Charles de Colnet de la Cloperie et son gendre Pierre de Lamery avant de racheter le site verrier en 1743. Deux ans plus tard, le maître verrier décède, laissant la succession de l'établissement verrier à son fils Alexandre. En 1750, un violent incendie détruit la plupart des bâtiments et provoque un coup d'arrêt de la production verrière. Alexandre Vaillant est alors contraint de travailler à la verrerie voisine de Houÿ-Monplaisir avec Charles de Colnet. Au cours des années suivantes, Alexandre Vaillant revend progressivement ses biens pour honorer ses dettes. La verrerie du Garmouzet comprenant "cent quarante verges de pâture et la halle bâtie dessus" est vendue le 24 mars 1785 au maître verrier Jean-Michel Caton pour la somme de 1 200 livres. Alexandre Vaillant conserve néanmoins le droit exploiter les fours, ainsi que les titres et les privilèges de maître-verrrier. À la recherche d'un nouveau souffle (1785-1839) De 1785 à 1831, Jean-Michel Caton exploite la verrerie du Garmouzet avec son fils Louis. Toutefois les choix d'investissements qu'effectue le maître verrier, notamment dans la reprise de la verrerie noire interne du Nouvion, l'obligent progressivement à revendre ses deux établissements en 1829 et 1832. La verrerie du Garmouzet est ainsi vendue en 1832 à Jean-Jacques Pagnier, Eugène Collignon et Alexandre Bosquette (acte de vente du 9 avril 1832). À l'époque, le site se compose d'un "four avec sa halle, d'un grand bâtiment, remises, magasins et de deux autres bâtiments avec héritages en dépendance". L'âge d'or de la verrerie (1839-1879)À partir de 1839, Bosquette, très impliqué, dirige seul la verrerie. Il développe fortement l'activité durant la décennie qui suit et s'adjoint l'aide de son gendre Jules Bombart à partir de 1849. À son décès en 1859, l'usine est gérée par sa veuve, Clotilde Gordien, qui poursuit les investissements et permet à l'établissement d'être récompensé lors de l'Exposition universelle de 1867 à Paris, notamment pour la qualité de la production de gobeleterie blanche façon cristal. C'est vraisemblablement à cette époque que sont construits les logements ouvriers et l'école, dirigée par Jules Baudouin. Le Journal de Saint-Quentin du 28 juin 1876 atteste de l'existence d'un instituteur au Garmouzet qui aurait inventé et mis au point un typographe. Malgré ce développement important, quatre ans plus tard, en 1879, la verrerie est mise à l'arrêt, visiblement en raison de problèmes d'approvisionnement en charbon par voie ferrée.L'aventure de la Compagnie générale du verre et du cristal trempés (1879-1887)À la recherche d'un second souffle, René Bosquette, fils d'Alexandre, trouve l'opportunité d'une association avec Alfred de La Bastie qui vient d'inventer un procédé apportant au verre une résistance aux chocs et à la chaleur. Ensemble ils créent la Compagnie du Verre et du Cristal trempés. La société, qui regroupe ainsi les verreries de Pont-d'Ain (Ain), du Garmouzet et de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), devient l'une des plus importantes sociétés verrières. René Bosquette en est le directeur général. Pourtant, malgré la construction de la ligne de chemin de fer Busigny-Hirson qui permet enfin en 1885 à la verrerie d'être approvisionnée directement en charbon et sable et d'expédier sa production par voie ferrée, il semble que le projet industriel n'ait pas tenu ses promesses. La production de l'usine du Garmouzet est arrêtée en 1886 et le 12 février 1887, la société alors au capital de 4 millions de francs, est dissoute. Vers une production épisodiqueDès lors la production ne sera plus qu'épisodique au Garmouzet. L'usine est revendue une première fois en 1888 à la Société Générale du Crédit Industriel, créancier de la Compagnie du verre, puis en 1891 à Alfred Mairesse, négociant à Wignehies (Nord). La vue cavalière de l'usine réalisée à cette époque fournit une description précise des dispositions, avec les logements ouvriers disposés de part et d'autre de l'accès au chemin bordé d'arbres menant à l'usine, avec l'école et le logement de contremaître. Au-delà de la Vieille Sambre, le chemin débouche sur une vaste cour rectangulaire autour de laquelle se répartissent les bâtiments industriels. Au fond, un large bâtiment de dix-sept travées ordonnancées avec lanternon sur la travée axiale, ferme la cour principale. Il devait abriter les bureaux de l'entreprise. Les halles de fours, reconnaissables aux cheminées et aux évents de toiture, se répartissaient sur les deux côtés de la cour. Enfin, parallèlement au cours d'eau, à droite de l'entrée, un autre bâtiment contre lequel s'appuie une cheminée métallique sur haut soubassement de brique, devait vraisemblablement accueillir l'atelier des tours et de polissage. L'ensemble du site de production est revendu en 1894 à Augustin Lapostolle qui l'exploite jusqu'en 1904, date de liquidation judiciaire. C'est vraisemblablement au cours de cet intervalle que les bureaux sont démontés pour laisser place à l'immeuble actuel, appelé communément "Le Château". La verrerie est finalement reprise en 1907 par le Syndicat des verriers de France pour être désaffectée, sans que les bâtiments ne soient démolis. Ils sont rachetés en 1908 par les frères Hannecart, qui y installent une usine de boissellerie. Progressivement, les fours sont démontés pour laisser place à de nouveaux bâtiments Dans les années 1950, le Garmouzet est occupé par la beurrerie coopérative du Nouvion. L'activité cesse complètement dans les années 1970. Une partie des bâtiments accueille alors les ateliers de l'Institut Médico-Pédagogique de la Fondation Savart de Saint-Michel-en-Thiérache. Cette dernière rachète le site en 1984.Équipement industriel et machines En 1662, la verrerie comprend deux fours de cuisson alimentés au bois : l'un pour la production de verre blanc et l'autre pour celle des miroirs. En 1859, au moment du décès d'Alexandre Bosquette, l'usine est équipée de deux fours, dont l'un est alimenté à la houille. L'ensemble est de plus en plus mécanisé avec notamment l'atelier de taillerie qui comporte 80 tours mus par une machine à vapeur. Celle-ci alimente également les moulins des pileries, les tours à dépolir ainsi que des machines de l'atelier de mécanique. En 1870, Catrin (p. 74) signale l'existence d'un troisième four également chauffé à la houille. En 1894, la verrerie est équipée de quatre fours - dont deux semblent n'avoir jamais servi - ainsi que d'une machine à vapeur de soixante-dix chevaux, de quinze presses, soixante-dix creusets et mille moules.Approche sociale et évolution des effectifsEn 1825, la verrerie du Garmouzet emploie une cinquantaine de personnes sans compter le personnel affecté au débitage des bois et au transport. En 1839, au moment où Alexandre Bosquette prend seul la direction de l'entreprise, une centaine de personnes travaillent à la verrerie. En 1870, l'usine emploie environ 300 ouvriers, y compris femmes et enfants. En 1907, lors de l'arrêt définitif de la verrerie du Garmouzet, une partie des ouvriers est reclassée dans les verreries de Fourmies et de Trélon (Nord). En 1908, l'usine de boissellerie emploie une vingtaine d'ouvriers.