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POP | Plateforme ouverte du patrimoinebourg monastique de Caunes
bourg monastique de Caunes

Référence de la notice
IA11007250
Nom de la base
Patrimoine architectural (Mérimée)
Producteur
Inventaire
Date de création de la notice
3 février 2019
Date de dernière modification de la notice
22 décembre 2025
Rédacteur de la notice
Foltran Julien
Mentions légales
(c) Inventaire général Région Occitanie
Désignation de l'édifice
Titre courant
bourg monastique de Caunes
Producteur
Inventaire
Dénomination de l'édifice
bourg
Localisation au moment de la protection ou de l'étude
Localisation
Occitanie ; Aude (11) ; Caunes-Minervois
Aire d'étude pour le domaine de l'Inventaire
Aude
Milieu d'implantation pour le domaine de l'Inventaire
en ville
Historique de l'édifice
Siècle de campagne principale de construction
Description historique
Caunes se trouve à 2 km au nord de l’ancien chemin de l’Estrade d’axe est-ouest qui suit le pied de la Montagne Noire et reliait dès l’Antiquité les mines du Cabardès et Narbonne et desservait de nombreuses villae et autres sites d’occupation. Au niveau de Caunes, il reste matérialisé par la limite avec la commune de Laure-Minervois et il était encore représenté sur le cadastre de 1827. Le territoire de Caunes a révélé plusieurs sites d’occupation antique. Le site du Cros, 2 km au nord-est, apparaît comme un habitat perché avec enceinte, occupé pendant le Bronze final et le 1er âge du Fer et abandonné au début du 6e siècle avant notre ère. Le site de Villerembert, à 2,5 km à l’ouest du bourg, a livré du matériel des dernières décennies du 2e siècle avant notre ère. Entre 1 et 2 km en amont du bourg, il existait aussi de nombreuses grottes de la vallée de l’Argent-Double (OURNAC, p. 246-247). Parmi elles, la grotte de Buffens a livré du mobilier de l’âge du Bronze final et du début de l’âge du Fer, mais aussi des 5e et 6e siècles. Il pourrait s’agir d’une occupation « liée à des activités pastorales à la rencontre de deux secteurs anciennement complémentaires, la plaine et le causse », mais des études complémentaires seraient nécessaires alors que la fonction du site ne peut pas encore être clairement déterminée (BAUDREU, RANCOULE, 2010, p. 13-23).£Un acte de 791 émanant de Magnarius, comte de Narbonne cite des témoins indiquant que les limites de la villa de Caunes, appelée villa Buffentis, étaient les mêmes que « du temps des Goths » (Histoire Générale de Languedoc, t. II, pr. 57-58), dont le royaume fut supprimé en 711. Une église dédiée à saint Geniès, martyr d’Arles au milieu du 3e siècle, est mentionnée dans cet acte. C’est la plus ancienne évocation d’un lieu de culte en pays d’Aude et si le territoire de la villa était rattaché à cette église, elle pourrait donc dater de l’époque gothique (GRIFFE Élie, Histoire religieuse des anciens pays de l’Aude : des origines chrétiennes à la fin de l’époque carolingienne, Picard, Paris, 1933, p. 223-224). Durant le Moyen Âge et jusqu’au début de l’époque contemporaine, l’église paroissiale de Caunes, située extra muros à 125 m au nord du bourg, était dédiée à saint Geniès. L’hypothèse avancée par quelques érudits locaux selon laquelle le terme villa renvoie à l’existence d’un village à la fin du 8e siècle, localisé juste au nord du bourg actuel, sur les lieux-dits Terralbo et Casserot, où pourtant aucun vestige n’a été retrouvé à l’exception de l’église Saint-Geniès désormais disparue, est hasardeuse. Peut-être y avait-il un habitat dispersé dans les limites de la villa car, malgré tout, il y avait quelques hommes en 791 pour témoigner et en 802, un certain Pinaud travaillait les terres de la villa Rissellum qui appartenait aux religieux et se trouvait 4 km au sud de l’abbaye (Histoire Générale de Languedoc, t. II, pr. 64). La charte de fondation de l’abbaye de Caunes accordée par Charlemagne à Anian, premier abbé et compagnon de Benoît d’Aniane, est datée de 794 (Histoire Générale de Languedoc, t. II, pr. 58-59).£La ville de Caunes et ses habitants n’apparaissent dans les sources que dans le deuxième tiers du 12e siècle. La première fois en 1136, Roger Ier Trencavel s’engageait à respecter l’immunité du monastère et à n’exercer aucune violence dans les fortifications de la ville (Gallia Christiana, t. VI, instr. p. 36). L’acte est passé dans le monastère, en présence de plusieurs témoins, parmi lesquels des religieux et des habitants de la ville. Dans un texte de 1149, les hommes et les femmes de la villa de Caunis rachetaient à l’abbaye un droit qu’elle percevait injustement pour 1200 sous melgoriens, en présence de Guillaume de Saint-Félix, viguier de Carcassonne, et de Roger Ier Trencavel (DOAT, ms 58, f° 279-281 v). Les plus anciennes maisons conservées seraient contemporaines de cette époque : cinq maisons pourraient avoir été construites dès le début du 12e siècle.£Après l’exécution à Caunes d’un évêque cathare vers 1226, le dominicain Ferrier installa le tribunal de l’inquisition dans la ville de 1237 à la fin des années 1250. Le choix de Caunes pour implanter ce qui devint sans doute le principal tribunal de l’Inquisition de la région pouvait être lié à plusieurs facteurs : sa position géographique, au cœur du Minervois, région encore mal soumise ; la présence de la puissante abbaye ; la sécurité offerte par la ville de Caunes, déjà fortifiée (ROCHE, p. 107-108). Vers 1248, l’abbé de Caunes écrivait, avec les autres abbés de la région, une demande de grâce au roi de France qui avait ordonné de raser les murailles de la ville pour contrer les derniers soubresauts du catharisme (MAHUL, t. IV, p. 140). Vingt-six maisons auraient pu être construites entre 1200 et 1250. Elles sont assez bien réparties dans l’espace urbain qui englobe une superficie de 5,6 ha. Un texte de 1240 fait état des habitants des faubourgs pouvant être construits (DOAT, ms 58, f° 321 v-322). Peut-être s’agissait-il d’un projet d’extension, réalisé quelques années plus tard, lorsqu’un texte de 1277 mentionnait la ville et ses faubourgs, mais cette extension n’a pas pu être identifiée sur le terrain (BAUDREU, POUSTHOMIS, 2010, p. 138). En effet, les 31 maisons ayant pu être construites dans la deuxième moitié du 13e siècle s’intercalent entre les maisons plus anciennes dans l’espace urbain. Qu’un tel projet fut véritablement concrétisé ou qu’il s’agisse seulement d’une clause de style, la mention de faubourgs pouvant être construits révèle que le bourg de Caunes était alors dans une phase de croissance bien ressentie par l’abbé et les habitants.£Par le texte de 1240, l’abbé renonçait au droit de succéder aux biens de ceux qui décédaient sans héritier légitime, en échange de la somme de 10 000 sous melgoriens. Cent hommes du bourg avaient alors été mandatés par les habitants pour mener les négociations, « pour [eux-mêmes] et pour toute l’université des hommes de Caunes », face à l’abbé et ses religieux, dont 18 sont cités à la fin de l’acte. Le nombre important d’hommes mandatés n’est pas surprenant pour des négociations de ce type et révèle que la ville était alors relativement bien peuplée. Si les 100 hommes étaient tous des chefs de famille, ce qui était assurément le cas, un nombre identique de maisons devait exister dans l’agglomération, nombre à majorer de celui des habitants non mandatés. Il y avait donc au moins 100 maisons à Caunes en 1240, à comparer aux 27 maisons éventuellement construites avant le milieu du 13e siècle qui nous sont parvenues et aux 420 maisons qui occupent actuellement l’espace intra muros.£La création du consulat, dont aucun sceau médiéval n’a été conservé, reste obscure : une seule mention dans la Gallia Christiana laisse penser qu’il fut officialisé le 9 avril 1337, date à laquelle la communauté est autorisée par les religieux à avoir six consuls et 18 conseillers chaque année (Gallia Christiana, t. VI, Ecclesia Narbonnensis, p. 173). Avant cette date, jamais des consuls n’ont été évoqués : les représentants ponctuellement désignés par les habitants ne portaient pas ce titre, sauf en 1269, mais le terme revêtait dans ce cas précis un sens générique ne présageant pas d’une institution permanente (FOLTRAN, vol. 1, p. 122). Dans la liste des villes adhérentes au procès de Boniface, le 25 juillet 1303, les communautés sont classées selon l’appellation de leurs représentants : d’abord celles qui ont député leurs consuls, appelées « cité », « bourg » ou « villare » ; ensuite celles qui n’ont député que des procureurs ou des syndics, appelées « lieux », « castrum » ou « villare », parmi lesquelles Caunes (PICOT Georges, Documents relatifs aux états généraux et assemblées réunies sous Philippe le Bel, Ministère de l’Instruction publique, collection des Documents inédits sur l’Histoire de France, Paris, 1901, p. 208). Le viguier, représentant de l’abbé dans la ville et qui négociait avec les habitants et leurs représentants, était généralement un noble, comme le damoiseau Gaillard Donat en 1308 (PICOT, 1901, p. 172) ou maître Louis de la Court en 1561 (MAHUL, t. IV, p. 158). Au 14e siècle, Caunes était une petite ville des pays d’Aude et, située entre la plaine de l’Aude agricole et la Montagne Noire pastorale, elle était un point de passage fréquenté, structurant le peuplement et les circulations de cet espace de transition. Parmi 310 communautés dont les feux fiscaux (unité d’imposition qui détermine la capacité fiscale d’une communauté d’habitants) furent révisés à la fin du 13e siècle dans l’Aude, Caunes se plaçait en 23e position avec 55 feux.£La ville a eu un regain de prospérité à partir du 17e siècle grâce à l’exploitation des carrières de marbre. D’abord le fait de négociants italiens ayant exploré les sites potentiels sur l’initiative de l’abbaye, l’activité devint particulièrement importante dès le deuxième tiers du 17e siècle et se constitua dans la ville une catégorie de marbriers dont la richesse se traduit encore aujourd’hui par le nombre d’hôtels particuliers qu’ils firent construire et qui nous sont parvenus.