Description historique
Au Moyen Age et à l’époque moderne, l’étendue située à l’ouest de la cathédrale est hors de l’enceinte de la ville. Les jardins et prés de ce vaste espace presque dépourvu de construction relevaient de l’évêque, du chapitre ou encore de la Communauté de la Cité. Le faubourg est alors une zone de parras : des terroirs communs avec des droits d’usage collectif. L’hôpital de Sainte-Marthe apparaît dans les sources en 1215 et la construction de son église est autorisée en 1220. Dès 1281, l’hôpital se voit adjoindre un cimetière. La rue contre laquelle est établi l'hôpital (alors au nord) poursuit celle qui dessert le Bourg depuis le sud-ouest, la rue du Bal, importante dès le 11e siècle pour l’essor économique du Bourg, dont la fonction commerciale devient prééminente après l’installation du comte de Rodez près de Saint-Amans. Les cordeliers s’installent à Rodez à l’extrémité de la rue du Bal, à l’extérieur de l’enceinte du Bourg, en 1232. À la fin du Moyen Age, la gache de Santa Matra relève de la Cité et semble s’être toujours maintenue alors que d’autre gaches périphériques de la ville disparaissent dans la seconde moitié du 14e siècle. La ville est alors en effet abritée par une enceinte neuve qui laisse à l’extérieur certains des faubourgs. La construction d’un puits proche de l’église de l’hôpital, mentionnée en 1359, semble au contraire indiquer le développement du quartier et au milieu du 15e siècle, la gache de Sainte-Marthe compte seize maisons (Suau, p. 168). Le plan conservé à la Société des lettres de l’Aveyron et dressé en 1514 en vue de l’établissement des chartreux donne une image assez précise de ce pan ouest de la ville. Le réseau viaire du faubourg Sainte-Marthe est déjà établi et a peu changé depuis. La voie principale de ce versant ouest de Rodez (actuelle avenue Victor-Hugo), extrémité de la route de Cahors, aboutit à la fin du Moyen Age à la porta nova contre la cathédrale. C’est un axe court qui prend alors naissance à hauteur de la croix del foyral. Cette via nova, était surmontée de la porte de Sainte-Marthe. La rue qui longe l’hôpital Sainte-Marthe, actuelle rue Combarel, partait du même carrefour de la croix et aboutissait face à la porte des Cordeliers, dans le prolongement de la rue du Bal. En parallèle, une seconde voie desservait la porte Penavayre. L’hôpital du « bary » Sainte-Marthe est au nord de la rue et quelques maisons bordent la rive sud à la fin du Moyen Age.£La fondation qui marque le passage à l’époque moderne pour l’ouest de Rodez est celle des Chartreux, dont l'implantation à l'ouest du promontoire est autorisée par le roi en 1512. Le deuxième ordre religieux à s’établir dans le faubourg Sainte-Marthe est celui des capucins. Plusieurs legs d’habitants de la ville, dons de jardins, maisons et champs permettent de poser la première pierre du couvent, au sud de l'actuelle rue Combarel, en 1618. En 1676, l'hôpital Sainte-Marthe absorbe tous les autres hôpitaux de Rodez pour devenir l'hôpital général. La construction du « Quadrilatère » suit la fondation de quelques années. Le bâtiment prend place au sud de la rue, à l’est des Capucins. Le front sud de la rue est dorénavant constitué par ces deux établissements fermés. Les façades nord de l’hôpital ne sont cependant pas encore rectilignes et un plan de 1792 montre qu’au nord des maisons, louées à des particuliers, sont construites contre la façade et encadrent deux ailes en saillie.£La rue Combarel évolue lentement au cours du 19e siècle. La Révolution a entraîné la désaffectation de la chartreuse et des Capucins, devenus Bien nationaux. Les bâtiments offrent une combinaison intéressante de grands bâtiments propices à la vie communautaire et de vastes espaces libres, à proximité de la ville et le long de voies de circulation. La chartreuse est donc acquise par le Conseil général et en 1809, le dépôt d’étalons de Rodez, à l’étroit rue Combarel, y est transféré et les bâtiments peu à peu transformés pour répondre à leur nouvel usage de haras. Le couvent des capucins est quant à lui rapidement transformé en prison. Au nord de la rue, le carmel est fondé en 1825. En 1890, il est reconstruit et la chapelle neuve est consacrée en 1893.£Au nord de l'îlot, la rue qui permet de rejoindre la place d'Armes s'appelle au début du 19e siècle la rue de l'Hospice. En 1883, la mairie trouve un accord avec deux particuliers (Biney et Marty) pour l'alignement de la rue de l'Hospice au détriment de leurs jardins en saillie sur la rue. La rue deviendra la rue Teulier, puis, en 1947, la rue de l'Abbé-Bessou. La rue Sainte-Marthe devient la rue Denis-Combarel le 19 novembre 1897. Le percement d’une rue entre la rue Combarel (Sainte-Marthe à l'époque) et l’avenue Amans-Rodat, est décidé en conseil municipal le 9 mai 1883. En 1886, le projet de construction d'une caserne de gendarmerie par le conseil général nécessite un accord avec la Ville pour réserver les terrains nécessaires à la future voie. En 1888 cependant, la question n'est toujours pas réglée et en 1892, il est dit que "ce chemin qui ne servira qu’aux piétons n’a aucun caractère d’urgence". La rue est finalement percée et baptisée rue François-Mazenc en 1897.£Dans les années 1880, la rive sud de la rue Combarel est alignée grâce à la reconstruction des façades de l'Hôpital. Une clôture est également établie devant le bâtiment. A la fin du 19e siècle, la rue Combarel est devenue la "rue de l'enfermement" évoquée par Pierre Soulages qui y grandit dans l'entre-deux-guerres : du palais de justice, construit sur l’emplacement des Cordeliers en 1833, jusqu’aux haras, se trouvent l'hôpital, la prison, la gendarmerie, puis, plus loin, l’asile d’aliénés de Paraire. Le quartier, à l'extérieur de la ville, paraît négligé par la municipalité. Ainsi, en janvier 1881, une pétition est adressée à la mairie demandant le rétablissement d'une borne-fontaine supprimée parce que l'hôpital venait d'être pourvu d'une concession d'accès à l'eau courante. La Ville refuse arguant que seules six maisons pouvaient avoir besoin de cette borne et qu'il en existait d'autres suffisamment proches. En 1886 il est demandé de placer un bec de gaz dans la rue de l’Hospice qui est très mal éclairée "sinon pas du tout" ; ce sera prévu en 1888 dans le nouveau plan général d'éclairage de la ville. En 1897, la rue Sainte-Marthe, prend le nom du bienfaiteur de l’hôpital et devient la rue Combarel. Le carrefour de la rue Combarel et de la rue Teulier est animé par la construction d'un monument à la gloire de Denis Combarel, inauguré en 1901 et qui se trouve être en même temps une fontaine publique où s'approvisionnent en eau les habitants du quartier.£Au cours du 20e siècle, la rue est ainsi divisée en deux : face à l'alignement des institutions austères, sont alignés des commerces et des maisons d'artisans. Les années 2000 voient la fermeture de l'hôpital, en 2006, et de la prison puis du Carmel en 2013, ce qui entraîne une refonte complète du quartier. La communauté d'agglomération ruthénoise porte un projet de zone d'aménagement concertée à l'emplacement de l'ancien hôpital dès 2011. Les bâtiments de l’hôpital sont rasés à l'exception du Quadrilatère, et de l'ancien couvent des Capucins, seule la chapelle est conservée.