Description historique
D'après les mémoires de Louis Brossard, le domaine viticole de Chevigny-en-Valière comporte à l'origine un bâtiment d'exploitation et une habitation datant de la première moitié du 17e siècle, avec deux logements en rez-de-chaussée. Lorsqu'elle se marie en 1766 avec Melchior Cérice François de Vogüé (1732-1812), militaire et futur député de la noblesse aux Etats généraux, Catherine Bouhier de Versalieu lui apporte cette propriété, achetée en 1743 par son père, Philippe Bénigne, à Philippe de la Mare. Catherine est issue d'une riche famille de parlementaires dijonnais : elle a notamment pour arrière-grand-père Jean Bouhier de Versalieu, président à mortier au parlement de Bourgogne, marié avec Françoise de la Mare. L'habitation est restaurée et agrandie en 1766-1767.Le domaine passe à la famille Terrand puis en 1818 à Noël Mathurin Brossard (1789-1849), avocat à Dijon puis juge au tribunal de Chalon-sur-Saône, à l'occasion de son mariage avec Anne Flavie Terrand. Brossard transfère sur le site une galerie du château de Laborde (commune de Meursanges), en cours de démolition, afin de fermer la cour au nord. Le domaine est repris par Louis Brossard (1819-1907), marié à Marie Rose Caroline Durand du Paisseau, et à sa soeur, Louise, épouse Verneau. La dot de sa femme permet au premier, qui se dit "possédé par le démon de la construction", de le transformer sur plus d'une trentaine d'années, de 1870 à 1905 environ, en "château des Tourelles". Demeurant à Paris, Brossard écrit : "je ne venais à Chevigny que quatre mois par an, du début de septembre à la fin de décembre. Chaque année, j'arrivais avec l'espoir d'en finir avec les réparations mais je n'y parvins jamais car à chaque séjour, j'avais de nouvelles idées d'améliorations ou de constructions et je me plaisais à faire recommencer ou à faire durer indéfiniment des travaux qui n'étaient nullement indispensables."Louis Brossard fait construire dans les années 1870 (vers 1877 ?) un pavillon d'entrée sur deux niveaux, coiffé d'un dôme carré et fermé par une porte cochère provenant d'un hôtel particulier de la rue d'Enfer à Paris. Il va d'ailleurs acquérir dans la capitale une grande partie du mobilier et nombre d'éléments d'architecture réutilisés dans les bâtiments. Il fait surélever vers 1882 les dépendances et entreprend d'aménager à l'étage du corps nord, de 1885 à 1893, un théâtre (desservi par un escalier sensé rappeler celui de l'Opéra de Paris), dans le corps central une écurie (dotée de mangeoires en marbre) et dans le corps sud une "grosse tour dite le Donjon" (avec remise et sellerie au rez-de-chaussée, salle des fêtes et fumoir au 1er étage, chambres à coucher au 2e). Il fait aussi bâtir une chapelle, de 1899 à 1901, et, dans l'angle nord-est de la propriété, en 1904, le "Château neuf", formé de trois corps de bâtiment attenants précédés d'un jardin à la française. Le premier corps (la "Tour du Four") est constitué d'un fournil, seul élément subsistant d'une ferme incendiée en 1887 et attestée sur le plan cadastral de 1826 (D 331), doté d'un étage abritant une chambre, avec fenêtre ornée et créneaux décoratifs ; le deuxième est dédié à un "appartement des bains" ; le troisième (le "Château neuf" proprement dit) est à usage d'entrepôt et grenier. En 1904, il achète le château de Palleau, commune limitrophe de Chevigny, dont il fait transférer la grille et les piliers afin de servir d'entrée monumentale (puis il revend le château). Vers la fin de la même année, il acquiert une ferme située de l'autre côté de la route (cadastrée 1826 D 743) et tombant en ruine, qu'il fait raser et remplacer par une nouvelle dotée d'un grand fenil, de cinq tours et de terrasses crénelées : les "Tours de Babel".Il aménage aussi à partir de 1880 le parc du château : il transforme la route qui passait contre les bâtiments en "lac" ("si l'on peut appeler ainsi une espèce de petite grenouillère de très mince étendue"), avec une "île" ornée de rochers mis en oeuvre par "un rocailleur venu de la Creuse", deux ponts et "un petit château d'eau en forme de kiosque", fait planter un bois de sapin, creuser un deuxième plan d'eau, également doté d'une île, et construire à partir de 1892 "par des spécialistes venus de Paris" une grotte en rocaille.Vendu par les descendants de Louis Brossard, le domaine passe vers 1910 aux mains de l'architecte Joseph Lhuilier-Boufart (Joseph Lhuilier, remarié avec Mme Boufart et demeurant au 50 rue Pierre Corneille à Dijon puis au 5 rue Fénelon à Lyon), trois ans plus tard à la veuve de Jean Tresserre (née Fort, domiciliée au 8 place Bellecour à Lyon), par la suite à un avocat lyonnais (nommé Portalet ou Portelet ?) puis à la fin des années 1960 ou au début des années 1970 à un Suédois, M Jordanson. Les bâtiments sont alors en mauvais état, le Château Neuf ayant apparemment été incendié entre 1940 et 1953. M Jordanson les fait réparer à partir de 1976, notamment la toiture de la partie centrale des dépendances. L'ensemble est acquis le 8 octobre 2020 par Stéphane Sésé, qui entreprend de redonner au site son ancienne splendeur.