Description historique
La fondation de l'abbaye est généralement attribuée à Charlemagne qui y aurait déposé les reliques de saint Sicaire. Un acte de donation du 10e siècle évoquant le double vocable de Saint-Pierre et Saint-Innocent-Sicaire, atteste une restauration de l'abbaye suite aux destructions des Normands. Les bâtiments abbatiaux résulteraient de l'établissement de l'église abbatiale ; ainsi le cloître est venu se greffer à l'ouest de l'église, faute de place au sud, puis la grande aile monastique dite dortoir des moines érigée au 17e siècle. Nicolas de Ramefort, abbé de Brantôme de 1258 à 1275, est à l'origine de la reconstruction de l'abbaye après sa destruction en 1183. Suite à l'occupation des Anglais, Pierre de Piédieu programme la rénovation du cloître et de la façade de l'église à partir de 1465. Mise en commende en 1504, l'abbaye est reconstruite par son premier abbé commendataire, Amanieu d'Albret. Il est également à l'origine de la construction du château abbatial entre 1504 et 1519 et donne une église paroissiale à la ville. Son successeur, Pierre de Mareuil, achève la construction du logis abbatial et est l'initiateur d'un ensemble architectural et paysager : il aménage des jardins agrémentés de reposoirs reliés à l'abbaye par le pont coudé, donnant accès au nouveau corps de garde Renaissance. Cette entreprise lui permet ainsi d'augmenter ses espaces privés. En 1556, Pierre de Bourdeille dit Brantôme, neveu de Pierre de Mareuil, devient abbé de Brantôme. C'est sous son abbatiat que la prospérité du site atteint son apogée. Il écrit ses mémoires dans un cabinet du château et y meurt en 1614. L'abbaye adhère à la congrégation de Saint-Maur en 1636, mais fait surtout parler d'elle à partir de la fin du 17e siècle, où débute une grande campagne de restauration qui dura tout le siècle suivant. Les moines, désireux de développer leur domaine propre, acquièrent la propriété du jardin et du château abbatial en 1742. L'aile monastique, érigée au 17e siècle le long de la Dronne et remaniée en 1691 par l'abbé Le Prestre, se poursuivait alors vers l'ouest par l'aile nord du château abbatial. Suite à la destruction du château par la communauté monastique entre 1742 et 1744, l'abbé Bertin fait prolonger des bâtiments conventuels en alignement de l'aile existante, avec un pavillon occidental formant le pendant du premier. L'abbaye, qui aurait compté 37 religieux en 1564, en comprend moins de dix lors de la Révolution. L'ensemble du site abbatial est mis en vente en 1790-1791. Collège puis dépôt de mendicité du département en 1812 destiné à devenir un local de filature en 1849, l'abbaye devient la propriété de la commune en 1862 qui y aménage successivement la Justice de Paix, les écoles en 1880 et la mairie. C'est au milieu du 19e siècle que Paul Abadie entreprend des restaurations importantes qui dénaturent progressivement le site abbatial. Les murs d'enceinte sont détruits dans un souci d'ouvrir l'abbaye au bourg, le cloître est privé de trois de ses galeries vers 1858. D'anciens bâtiments conventuels sont supprimés en 1853 dans le but de dégager les abords de l'église abbatiale. Sont conservées une galerie du cloître voûtée d'ogives, une ancienne chapelle, la sacristie et la salle capitulaire. A partir de 1880, l'architecte Bourdeillette modifie les niveaux et les percements de l'aile du 17e siècle, et crée un fronton, un ressaut médian à bossages, ainsi que l'escalier sud. Les vieilles tuiles de l'aile des moines sont remplacées par de l'ardoise en 1893. Au siècle suivant, la façade est reprise pour en faire un bâtiment public tourné vers la ville. En 1960, le fronton et la fausse porte sont supprimés.