Description historique
Construite en 1858 par messieurs Courlet et Renaud, la filature est implantée sur une langue de terre, entre le Doubs et le canal du Rhône au Rhin. Elle succède à un bâtiment appartenant en 1843 à Simon, propriétaire d'un moulin établi en face, sur la rive gauche du Doubs. La filature est reprise en 1862 par les frères Oswald, jusqu'à sa fermeture en 1872. La même année, l'imprimeur bisontin Joseph Outhenin-Chalandre, propriétaire de papeteries dans le Doubs et en Haute-Saône, la rachète pour la transformer en usine à papier. Elle ouvre ses portes en 1873 sous la dénomination Outhenin-Chalandre et Fils, équipée d'une machine à papier. En 1879, de nombreuses constructions sont enregistrées sur la matrice cadastrale : ateliers de lessivage, de blanchissage au chlore, de tri des chiffons, de fabrication de gélatine et de façonnage (raffinage, satinage et séchage), magasins, gazomètre avec sa cheminée et diverses habitations pour le personnel. Un logement ouvrier collectif, comprenant 30 appartements de 2 et 3 pièces, est construit en face de l'usine. Chaque appartement est pourvu d'un potager, d'une cave et d'un bûcher, avec four et buanderie dans les parties communes. En 1880, une seconde "cité ouvrière", de 24 appartements de 2 pièces, est construite rue des Ecoles. En 1883, l'effectif de la papeterie est de 50 hommes, 80 femmes, 40 filles mineures et 30 enfants. L'usine est agrandie dans la décennie 1880 : divers ateliers, une chaufferie, une conciergerie, un magasin d'usine et des bureaux sont achevés en 1889. Au début du 20e siècle, la capacité de production journalière avoisine les 30 t. La papeterie produit du papier vélin anglais filigrané, du papier couché et bicolore, et du papier alfa surglacé. L'atelier de façonnage réalise également les opérations de collage des cartes et le papier à réglures. Une partie du papier produit est destinée à l'imprimerie Outhenin-Chalandre de Besançon, jusqu'à sa fermeture en 1900, et l'autre partie est vendue par le biais du dépôt de Paris, fondé en 1837. En 1910, un incendie détruit le bâtiment de la machine à papier. Il est reconstruit, amputé d'un étage. Une grue de déchargement est installée en 1921. En 1922, l'entreprise, dirigée par Léon Regad, prend pour nom Société Anonyme Outhenin-Chalandre et Fils. En 1930, elle est absorbée par la société grenobloise des Papeteries de France. L'usine ferme ses portes en 1977, et la quasi-totalité des machines est vendue. Dans les années 1980, la cheminée du gazomètre et le récupérateur de matières solides de la pâte à papier ont été rasés. La cheminée a été écrêtée, les bureaux et la conciergerie détruits par un incendie. La société Enitherm (fabricant de fours céramique) est propriétaire du magasin de fournitures. L'atelier de préparation de la pâte a été racheté par la municipalité qui l'utilise comme entrepôt. Exploitée par la société Hydelec, la centrale hydroélectrique produit environ 3 mW par an. Les ateliers de fabrication du papier sont désaffectés. Deux turbines, de type Fontaine, sont attestées en 1873. En 1876, l'usine possède une puissance maximale de 496 ch. Quatre turbines sont attestées en 1907. Trois machines à papier ont fonctionné simultanément, l'une jusqu'en 1938 et les deux autres jusqu'à la fermeture de l'usine. Les piles raffineuses étaient de type Brecker (?) et les calandres de type Ritter-Jouffroy (?). La centrale hydroélectrique exploite quatre turbines. Une machine à produire de la gélatine est conservée dans le bâtiment de préparation de la pâte. Le Syndicat ouvrier des Papeteries de Deluz est créé à la fin du 19e siècle. Une école ménagère et une garderie, dite la Gado, ainsi qu'une société coopérative ouvrière La Fraternelle sont attestées en 1914. L'usine emploie 92 hommes, 135 femmes, 45 filles mineures et 60 enfants, et environ 400 personnes au début du 20e siècle. L'effectif n'est plus que de 145 ouvriers en 1932 et de 90 à la fermeture.