Description historique
Charles Mercier (Charles Joseph, 1835-1894) fait construire l'immeuble vers 1887. Les Mercier sont une famille d'horlogers : c'est la profession de Charles et de ses fils Henri (1860-1907), Paul (1862-1947) et Léon (1873-1922), mais aussi de la plupart de ses gendres : Eugène Barbier (père de Charles Barbier), Stéphane Bouhelier (père de Maurice Bouhelier) et son frère Constant Flavien Emile (négociant en horlogerie à Paris), et Auguste Zahnd (père de Fernand Zahnd). Né à Damprichard, Charles Mercier (né Ligier) serait venu à Morteau en tant que directeur technique de la Grande Fabrique, d'Elie Belzon, ouverte en 1881. Ce sont certainement les incessants problèmes financiers et changements de dirigeants que connaît cette entreprise qui le conduisent en 1891 à s'installer à son compte rue de l'Helvétie (au n° 6, actuel n° 8). A cette époque, les annuaires conservent la trace de divers Mercier fabricants d'horlogerie à Morteau : Francis Mercier, Mercier et Joriot, Charles Ulysse Mercier (1858-?, fils de Charles Zéphirin et petit-cousin de Charles Joseph). Pour se démarquer de Charles, ce dernier met en avant son deuxième prénom (dans sa "Fabrique Bellevue", il se dit spécialisé dans les "montres remontoirs, mise à l'heure au pendant et au doigt", et les "montres soleil" à balancier visible, système pour lequel il déposera un brevet le 4 juillet 1903 en collaboration avec A. Boillon, de Villers-le-Lac).Au décès de Charles en 1894, sa veuve née Hortense Ponçot (1837-1904) prend sa suite, jusqu'à sa mort en 1904. Léon lui succède à la tête de l'entreprise tandis que Paul s'établit à son compte en 1904 ; tous deux font remonter la création de leur affaire à 1880 (date d'un premier établissement à son compte de Charles ?). Le bâtiment reste au nom de Paul puis passe vers 1920 à son fils Camille.Maire de Morteau de 1931 à 1947, Camille Mercier (1889-1948) sera aussi président du Syndicat des Fabricants d'Horlogerie de Morteau (de 1933 à 1948) et de la Fédération nationale de l'Industrie française de la Montre (de 1945 à 1948). Il est le gendre d'Alfred Leiser, sertisseur au 12 rue Fauche, et le beau-frère d'Henri Leiser, horloger au 5 de la même rue. Il a fondé en 1910 sa propre entreprise au 8 rue de l'Helvétie, et produit notamment des montres à complication et des chronographes. Exploitant la marque Mod, il fait aussi le négoce de montres pour automobiles, régulateurs, coucous, réveils (fabriqués pour lui par la société Jaccard Frères, de Villers-le-Lac), bijoux, etc. Il reprend en 1921 l'affaire de son oncle Léon, fait construire vers 1925 une usine au sud-est de l'immeuble et emploie 44 personnes en 1930 (27 hommes et 17 femmes) ; une autre statistique fait état de 49 salariés (dont cinq Suisses, deux Italiens, un Polonais, un Roumain et un Tchécoslovaque). Il achète vers 1933 la fabrique de boîtes de montre Gerber Frères (au 5 rue Victor Hugo) - qui deviendra ensuite Soborem - et fait peut-être à cette époque agrandir l'usine de la rue d'Helvétie. Il possède aussi à Lyon (54 rue Sébastien Gryphe) une fabrique d'appareils de mesure pour l'électricité (ampèremètres).Dite en 1949 "Fabrique de montres, baromètres et thermomètres", la Sarl des Ets Camille Mercier (au capital de 8,2 millions F en 1953) fait réaliser dans les années 1950 une extension contre la façade postérieure de l'immeuble (c'est peut-être à cette époque que sont reprises les façades visibles depuis la rue de l'Helvétie). Elle dispose de bureaux à Paris (84 rue de Turenne) et d'un dépôt à Alger (15 rue d'Isly). En 1953-1954, elle utilise un poinçon avec les lettres CM et les marques Mod et Orex-Watch pour les montres, Cami et Merci pour les pendulettes réveils (d'avril 1953 à mars 1954, elle réalise 4 000 ébauches de pendulettes réveils à l'aide de pièces importées). Elle privilégie la qualité et utilise "les procédés les plus récents de contrôle et de réglage, basés sur l'électronique et la technique moderne" selon une publicité de 1958. Sans compter les fournitures pour ébauches de montres Roskopf (toutes importées), elle achète 26 500 ébauches françaises en 1950 (23 300 à échappement à ancre et 3 200 à cylindre), 20 010 en 1951 (15 110 ancre et 4 900 cylindre), 16 650 en 1952 (16 450 ancre - soit 11 950 des Ets Cupillard et 4 400 des Ets Parrenin, de Villers-le-Lac, et 100 des Ets Jeambrun, de Maîche - et 200 cylindre des Ets Cupillard), 23 800 (ancre) en 1953 (17 500 Cupillard, 5 600 Parrenin et 700 de la Fabrique d’Ebauches de Montres du Genevois ou Femga, d'Annemasse), 38 540 (dont 300 cylindre) en 1954 (des Ets Cupillard et Parrenin, de la Femga et de la Sefea - Société d'Exploitation de la Fabrique d'Ebauches d'Annemasse ou Société européenne de Fabrication d'Ebauches d'Annemasse), 61 100 en 1956 (30 700 Cupillard et 29 700 Parrenin, 500 Sefea et 200 de l'Horlogerie de Savoie, aussi à Annemasse), 42 000 en 1958 (25 500 Cupillard, 14 800 Parrenin et 1700 Horlogerie de Savoie). En 1960, elle exporte 15 295 montres, à destination de : Grèce, Portugal, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Suisse, Norvège, Danemark, Chili, Salvador, Liban, Libye et Nigeria...L'entreprise est dirigée dans les années 1960 par les fils de Camille : André (1916-1969), Robert (1920-1998) - à la tête de la Soborem - et Camille (né en 1930). Elle compte alors près de 300 salariés (elle est répertoriée dans la catégorie de 100 à 199 salariés en 1965, vraisemblablement sans retenir les travailleurs à domicile) et s'associe avec les sociétés Montres Thalès et Michel-Amadry à Morteau, Léon-Georges Petit et Cie et Abel et Ernest Monnin à Charquemont, pour créer la Cofram (Compagnie française de Montres). De simple centrale d'achat à l'origine, celle-ci offrira rapidement des services communs de fabrication (réglage automatisé, empierrage, etc.) et deviendra aussi centrale de vente. Un temps établie dans les locaux des Montres Thalès (au 12 rue de la Gare) avant d'en louer rue Fauche (au 3 bis), la Cofram créera une unité de production à Guyans-Vennes. La société Mercier achète le 28 février 1972 à la commune du Russey l'ancienne fabrique de meubles Tournier pour y installer une unité de fabrication de baromètres sous la direction de Pierre Mélior. Le département Baromètres de l'entreprise y est transféré en 1973 mais le secteur Thermomètres est rapidement rapatrié à Morteau du fait de la crise de 1974 due au premier choc pétrolier. Un papier à en-tête de décembre 1976 mentionne les départements Thermomètres, au 7 avenue de l'Escouvrier à Sarcelles (Val-d'Oise), et Amper, au 54 rue Sébastien Gryphe à Lyon.La SA des Ets Camille Mercier (au capital de 820 000 F) est mise en liquidation judiciaire le 6 juin 1977. Le 2 janvier 1979, elle cède sa fabrique lyonnaise en location-gérance à la Compagnie électrique, mécanique et électronique (Eme, SA au capital de 400 000 F), en cours de constitution (5 avenue de Général Leclerc, à Sainte-Savine, Aube). Les locaux du Russey passent à la Scopam, coopérative ouvrière de production créée par les salariés de cette unité. A Morteau, les bâtiments restent désaffectés jusqu'à leur achat en mai 2005 par un promoteur immobilier. Ils sont convertis en logements en 2006-2007.