Description historique
La source de la Resclauze draine la partie orientale du causse dévonien de Laurens, sous lequel s’est formée une importante nappe aquifère karstique. Ses eaux ont, de manière très précoce et exceptionnellement durable, fixé les populations qui s’installent à proximité immédiate de la résurgence dès le Néolithique ancien, aux alentours de 5 400 avant notre ère. L’exutoire de Gabian est canalisé par les Romains vers la fin du Ier siècle de notre ère pour alimenter, avec deux autres sources situées sur les communes de Laurens et Magalas, la cité de Béziers. L’aqueduc antique cesse de fonctionner au milieu du IIIe siècle de notre ère. Plusieurs siècles plus tard, au Moyen Âge, une galerie souterraine est connectée à ce qui paraît être la galerie de vidange du captage romain. Les eaux sont acheminées vers le bassin de la Resclause, réservoir de stockage destiné à alimenter une série de moulins en cascade.Le lieu-dit des Moulins de la Resclauze, situé sur le flanc de la colline du même nom au nord-ouest du village, présente quant à lui des traces d’occupation datées des alentours du XIe siècle. En revanche, le dépouillement des sources régionales disponibles antérieures au début du XIIIe siècle et susceptibles de concerner Gabian n'a livré que très peu d'actes, à peine une douzaine, qui ont trait spécifiquement à ce village. Parmi cette maigre documentation, deux actes seulement mentionnent des moulins à Gabian et, sur les trois moulins cités, seul le moulin dit d’Ermengaud - sans plus de précisions - pourrait appartenir à l’ensemble de la Resclauze. Au vu de l’aridité de la documentation médiévale, la datation de la fondation des moulins de la Resclauze ne peut être que le fruit de conjectures. L’hypothèse qui semble encore à ce jour la plus probable est celle d’une construction autour du XIIe siècle à l’instigation des évêques de Béziers, seigneurs du lieu et selon toute vraisemblance propriétaires des eaux de la Resclauze à l’époque féodale. L’observation des éléments architecturaux conservés, malgré les nombreux remaniements des époques moderne et contemporaine, va également dans le sens d’une datation du milieu et de la fin du Moyen Âge : la mise en œuvre soignée de certaines constructions, constituées d’un appareil en pierres de taille régulièrement assisé, relève en effet de phases anciennes.Si les évêques de Béziers, seigneurs directs de Gabian, ont donc sans nul doute été à l’initiative de la création de ce complexe, aucune des sept usines n’est prétendue noble ou n’apparaît sous la rubrique du seigneur-évêque d’après les compoix des XVIIe et XVIIIe siècles, pas plus d’ailleurs que le bassin de la Resclauze. Quatre des moulins sont néanmoins mentionnés en 1643 sur le livre des reconnaissances (Querintin) faites à Clément de Bonzy, évêque et seigneur de Béziers et de Gabian, par les habitants du lieu, leur redevance s’élevant à trois setiers de froment. Les tenanciers inscrits aux compoix sont bourgeois, notables ou marchands, seule la famille de Madières est issue de la noblesse. Ils jouissent librement de leur bien, à condition de s’acquitter des censives dues à l’évêque, et détiennent souvent plusieurs moulins en même temps. Quelques-uns sont désignés comme exerçant la profession de meunier dans les compoix et actes notariés, fait suffisamment rare pour être souligné dans la mesure où les exploitants sont rarement propriétaires de leur usine sous l’Ancien Régime - il n’a cependant pas été possible de déterminer s’il s’agissait bien d’exploitants, ou alors d’entrepreneurs spécialisés dans le secteur de la meunerie. La communauté de Gabian se trouve également à plusieurs reprises provisoirement tenancière d’un ou de plusieurs moulins, à la suite de l’abandon du propriétaire précédent. Elle récupère alors ces biens laissés vacant pour les mettre en vente par adjudication (vente aux enchères publiques).Les moulins de la Resclauze ne semblent plus être, au moins à partir de la seconde moitié du XVIIe siècle, que des micro unités de production présentant un investissement peu rentable. Ils connaissent toutefois un sursaut sous l’impulsion de la famille Sirgues, au milieu du XVIIIe siècle, qui rachète quatre de ces moulins en plus du moulin sur la Thongue et investit pour en moderniser les installations. Leur prospérité sera cependant de courte durée, ces derniers se dessaisissant progressivement de leurs moulins dans la première moitié du XIXe siècle. Les moulins de Gabian cessent peu à peu leur activité, dans un contexte local peu favorable à l’activité meunière. Le moulin n° 6 est transformé en bâtiment rural autour de 1720, puis les moulins n° 2 et n° 4 sont convertis en greniers à blé dès la fin du XVIIIe siècle. En 1872, le moulin n°3 cesse à son tour son activité. Les moulins n° 1, 5 et 8 sont les derniers à fonctionner. Ils diversifient leur activité grâce à la trituration du soufre, qui ne parvient toutefois pas à conjurer leur fermeture définitive suite aux travaux d’adduction d’eau de la commune en 1895, sonnant le glas de plusieurs siècles d’activité meunière à Gabian.