Observation concernant la protection de l'édifice
Cette villa de style palladien, qui domine l´extrémité ouest de la grande plage de Dinard, fut construite vers 1900, par l´architecte parisien Alphonse Conin, ainsi que deux autres pavillons en symétrie de part et d´autre de l´entrée sur la rue de la Malouine. Le soubassement monumental de l´édifice, socle largement ouvert par un grand arc surbaissé, encadré de deux autres en plein cintre plus petits, les volées d´escalier qui convergent au centre vers un avant-corps formant belvédère, les gardes corps en fonte ornementale, réemplois ou réédition de modèles des années 1830, l´inscrivent dans une longue tradition de la villégiature patricienne, particulièrement représentée sur les lacs italiens.. Le parti architectural choisi, celui de la villa rustique à l´italienne, original dans le contexte éclectique et pittoresque de la station, s´explique sans doute, par le désir du commanditaire, l´énigmatique russe Vlassov. Celui-ci souhaitait recréer l´ambiance du château d´Arenenberg, sur les bords du lac de Constance, lieu d´exil d´Hortense de Beauharnais, afin d´abriter des meubles et objets ayant appartenu à cette princesse napoléonide, à laquelle il vouait, dit-on, une véritable dévotion.. Au rez-de-chaussée, face à la mer, l´avant-corps du salon à baies en plein cintre, est séparé de la partie principale de la pièce par trois arcades qui déterminent une sorte de véranda fermée dont le sol, traité en terrazzo bordé de mosaïque, permet un usage de jardin d´hiver. Un papier peint à treillages factices, qui se prolonge également sur les plafonds, rehausse les pilastres qui scandent les murs, dans l´esprit des fabriques de parcs du XVIIIe, et rattache ce salon aux décors en vogue sous le Second Empire dans la haute société, comme l´étonnante « salle-à manger-serre » conçue par la princesse Mathilde pour son hôtel parisien de la rue de Courcelles. Sur le mur opposé à la mer, quatre trumeaux étroits ornés de vases fleuris sur piédestaux, tous différents, ajoutent au raffinement de ce programme décoratif, certes moins coûteux que des peintures en manière directe, mais dont l´impression, « à la planche », nécessite autant de passages que de couleurs. Les glaces qui garnissent les panneaux face à la mer ainsi que les trois doubles portes du salon accentuent cette illusion d´un espace ouvert, traité à la manière d´un jardin intérieur . Des dessus de portes en plâtre moulé, de style Louis XVI, un parquet d´assemblage à la Versailles complètent cet ensemble, synthèse d´un certain art de vivre à la française, dans lequel se reconnaît le monde du Gotha, style international adopté par la société élégante de la Belle Epoque abonnée des différentes rivieras. Dans ce contexte, un poêle de céramique polychrome, orné de balustres et d´entrelacs, caractéristique du renouveau des formes traditionnelles de l´art russe, au tournant du 19e et du 20e siècle, rappelle ici en bonne place, les origines du commanditaire.