Commentaire descriptif de l'édifice
Le château de Polminhac est habituellement désigné, à tort, sous l'appellation de château de Laroque-des-Arcs, du nom du village voisin, distant d'1,5 km. Or, il se trouve en fait sur le territoire de Cahors. établi à flanc de coteau en bordure de la vallée du Lot.£Le château s'inscrit dans une remarquable enceinte ovale, flanquée de tourelles approximativement circulaires. Le tracé général évoque l'empreinte d'une ancienne motte que l'on aurait chemisée à la manière des "shell-keeps" d'outre-manche ; il s'agirait dans ce cas d'une fausse motte puisqu'implantée sur un soubassement rocheux.£L'ensemble du château est assis sur une terrasse soutenue par des murs d'époque diverses dont certains pourraient appartenir à l'époque médiévale. Une poterne y est aménagée.£Très remaniés au 20e siècle lors d'une réhabilitation générale, des bâtiments des 17e et 18e siècles, adossés à l'enceinte, se déploient en fer à cheval autour d'une cour exiguë. Ils enserrent un ancien logis médiéval et un donjon circulaire, initialement séparés l'un de l'autre. Le logis médiéval montre lui-même la trace de deux campagnes de construction distinctes, marquées par l'apparition de maçonneries de briques au-dessus d'un premier niveau parementé en assises régulières de moellons grossièrement dressés. Un ouvrage extérieur quadrangulaire, assumant le rôle d'une barbacane, précédait la porte d'accès attenante au logis principal. Les vestiges d'une première porte attenante à la tourelle la plus proche pourraient avoir participé de l'économie de ce premier sas.£La porte d'entrée de l'enceinte, en pierre, dessine un arc brisé chanfreiné, dont les congés sont très érodés. Elle était surmontée d'un mâchicoulis reconstruit en briques mais porté par d'épaisses consoles de pierre en triple quart de rond, attribuables à la première campagne. L'entrée ouvre aujourd'hui sur la cour par l'intermédiaire d'un couloir compris entre deux corps de logis. La "turris", de plan circulaire, est construite en pierre. Elle est assise directement sur le roc, en retrait de l'enceinte dont elle était dissociée. Elle comportait initialement trois niveaux, couverts par des coupoles de pierre pour deux d'entre eux, un plancher intermédiaire reposant sur une retraite de parement. Le talutage de la base, à moins qu'il ait constitué une simple figure de style, peut-être en référence à la tour du Louvre, conduit à supposer qu'un mâchicoulis ou plus probablement un hourd couronnait les superstructures. Cette hypothèse est confortée par la présence d'une double ligne de trous d'encastrement au sommet de la tour. Les parements extérieurs, en maçonneries appareillées de calcaire local, sont caractérisés par la présence de pierres de réglage en délit, relayées parfois par des briques à partir du second niveau. L'édifice était doté d'un double accès. La chambre basse, légèrement décaissée dans le roc (1,30 m environ), disposait d'une porte d'entrée percée dans le talutage de la tour. En arc brisé émoussé et soulignée par un mince chanfrein, elle était semblable sur ce point au portail de l'enceinte. Trois soupiraux ouvrant à l'extérieur par des baies en plein cintre aéraient la pièce. Un quatrième, semblable aux premiers, ouvrait directement dans les reins de la coupole. Il laisse supposer que l'entresol actuel, posé sur le cordon d'imposte en quart de rond, ait pu reconduire une disposition ancienne que pouvait justifier la hauteur de la voûte (8,30 m à la clef). Ouvrant sur la cour, une seconde porte en arc brisé, percée à 5,75 m de hauteur, donnait accès indirectement au second niveau par l'intermédiaire d'un escalier annulaire compris dans l'épaisseur de la paroi. Réalisé en briques, le couvrement en berceau de cet escalier matérialise la première apparition de ce matériau dans la construction jusqu'à présent exclusivement réalisée en pierre. L'étage ouvrait sur la cour par une large fenêtre géminée. Une cheminée y a été rapportée récemment. Etablie dans une embrasure dotée tardivement de coussièges, la fenêtre, initialement à appui plein, est réalisée en pierre à l'exception du couvrement en arc segmentaire de son embrasure, réalisé en briques. La base de la colonnette est trop érodée pour être décrite. Le chapiteau à tailloir indépendant en double cavet, très évasé, assemble des feuilles simples d'allure romane et des crochets d'allure nettement gothique. Il s'inscrit dans la tradition des chapiteaux à feuilles engainantes qui caractérisent la nef de la cathédrale de Cahors et les salles capitulaires de Catus et de Beaulieu-sur-Dordogne et dont on retrouve des versions plus récentes à Saint-Urcisse de Cahors. Le chapiteau de Polminhac se distingue de tous ces modèles par la présence d'un abaque épais. Les arcs de la fenêtre, caractérisés par leurs claveaux étroits et chanfreinés, sont en arc faiblement brisé. Ces arcs reposent sur des cordons d'imposte de même profil que les tailloirs.£Le troisième niveau de la tour, porté par un plancher reposant sur une forte retraite, était doté d'une fenêtre ouvrant au sud, semblable à celle du niveau inférieur, mais, semble-t-il, implantée initialement au sol. Sa colonnette est décorée d'un chapiteau roman très érodé, dont le style est proche de celui de la fenêtre de l'étage inférieur. La coupole, établie sur un cordon d'imposte en quart de rond, est réalisée en pierre.£Un étage supérieur était éclairé par une longue fente de jour, visible sur la face Est, au-dessus des toits des logis. Aucun aménagement permettant d'accéder à la terrasse sommitale n'a été repéré. Celle-ci a été remplacée par une couverture de tuiles Le logis médiéval, adossé à l'enceinte, est partiellement construit en pierre et présente dans ses parties basses des maçonneries semblables à celles du donjon. Irrégulières, les dernières assises de pierre sont relayées vers le milieu du premier étage par une maçonnerie de briques dont les pans droits sont venus rectifier, lors d'une seconde campagne de construction, la courbure du soubassement. L'irrégularité de la reprise conduit à supposer que celle-ci s'est opérée sur un édifice endommagé, ou dont la première campagne s'était interrompue brutalement. Ainsi les fenêtres du premier étage, dont les piédroits s'inscrivent dans les parements de pierre, ne furent-elles dotées de leurs cintres de briques qu'à l'occasion de la seconde campagne de construction. L'arase supérieure, établie à un peu plus de 9 m au-dessus du niveau de la cour, conserve semble-t-il un élément de solive en place que l'on peut hésiter à attribuer soit la couverture d'origine, soit à un niveau de pan de bois disparu Les traces de trois, voire quatre fenêtres à colonnettes, aujourd'hui condamnées, sont identifiables dans l'élévation externe où elles sont réparties sur deux étages. Elles étaient encadrées par des séries de trous de boulins apparemment destinés aux pigeons. Une cinquième fenêtre, dont ne subsistent que les piédroits, ouvrait sur la cour. Seul indice stylistique notable, le cordon d'imposte des fenêtres y est souligné par un tore, incitant à situer l'ensemble des ouvrages de briques au milieu ou dans la seconde moitié du 13e siècle. Il semble donc que la seconde campagne de construction ait suivi de peu la réalisation du donjon et des ouvrages de pierre. La distribution intérieure n'est plus lisible aujourd'hui, tant les remaniements des 17e et 18e siècles qui ont modifié les niveaux, ont été importants. Tout au plus peut-on mentionner une cheminée, replacée, dont le manteau à décor flamboyant proviendrait de Sologne, mais dont les colonnes de piédroits, portées par des bases à double tore proviennent d'un édifice datable au plus tard des premières décennies du 13e siècle.