Description historique
Les sources textuelles permettent d'affirmer qu'une occupation rurale de l'an mil, voire de la période carolingienne, a préexisté au mas de Roudergues. La première mention du site, alors qualifié de "manse" (mansum qui vocatur Rogengas), a été relevée dans le cartulaire de l'abbaye de Beaulieu (Deloche 1859, 261) : un acte daté 10e ou du 11e siècle, par lequel un certain Aerradus donne au monastère plusieurs manses au nord-ouest de Comiac, évoque à travers ce terme une unité d'exploitation agricole ou une tenure domaniale d'origine carolingienne, rattachée à la "villa" de Candis qui fut à l'origine d'un petit habitat groupé à proximité de Roudergues (actuel hameau de Candes).£Aux 13e et 14e siècles, le mas faisait vraisemblablement partie du domaine foncier des seigneurs de Grenier, établis dans le château voisin de Laborie. Il fut ruiné et déserté pendant la guerre de Cent Ans avant d'être à nouveau donné en fief en 1432 par le seigneur de Laborie. Le bail à fief qui résulte de cette opération est très précis quant à l'état du domaine à cette date : "[...] cum esset in magna ruina, tam propter guerras quam mortalitates quoe per magnum tempous viguerunt in praesenti patri caturcensi" (Gouzou 1937, 13). Les nouveaux tenanciers prirent dès lors le nom du mas : dès 1485, Pierre Roudergues fit une reconnaissance de rente au seigneur de Laborie ; en 1488, il déclarait tenir 56 sétérées dans le bois de Castel qui domine la ferme (Aquioupou 2012, 40). Tirant d'importants revenus de ce domaine rapidement étendu, cette famille prit part à l'émergence d'une petite bourgeoisie rurale qui semble effectivement au milieu du 17e siècle. Ainsi, Pierre de Roudergues, qualifié de "honorable (...) bourgeois du village de Rodergues", finança en 1649 la reconstruction de la chapelle Saint-Sevin de l'église paroissiale, en échange d'un droit de place et de sépulture, pour lui et sa descendante, dans ladite chapelle (Gouzou 1937, 64-65). C'est à cette famille de paysans enrichis devenus notables, vassaux des seigneurs de Laborie et de Comiac, qu'il faut sans doute attribuer la construction, au début de la période moderne, d'une demeure avec tour dont subsistent d'importants vestiges au niveau du logis actuel. La tour, anciennement percée de meurtrières plus symboliques que véritablement efficaces, signe la promotion d'un mas au rang de petite maison forte qu'il faut sans doute situer dans le courant du 16e siècle.£Au milieu du 17e siècle, le compoix de Comiac (1666) recense un vaste domaine de plus de 175 sétérées, composé d'une maison avec four, de granges, d'étables, de séchoirs, de jardins et patus, de terres labourables et de plusieurs parcelles boisées (dont des châtaigneraies et des noiseraies), auxquels s'ajoutait également un moulin. Un inventaire de 1693, partiellement retranscrit par Yvette Aquioupou, décrit avec précision la propriété encore agrandie : 1 maison, 1 four, 1 fourniol, 2 séchoirs, 1 maison pour faire la cire, le tout couvert d'ardoises ou de pierres, 2 granges couvertes de paille, le tout avec ses patus et curtils qui se confrontent de tous les côtés aux 3 jardins, 1 clos, 1 chenevrière, plus une terre appelée la "vigne vieille" de 4 setérée 1 quarte, prés, bois, terres, tout attenant d'une contenance de 200 setérées environ, confrontant du levant avec le village de Candes, du midi avec les tenanciers du village de Matau, du couchant avec les tenanciers du village de Mialet et du septentrion avec la Cère (Aquioupou 2012, 39). Transmis de père en fille à partir de la fin du 17e siècle, le domaine devint la propriété de la famille Asfaux dans la deuxième moitié du 18e siècle (Idem, 42). C'est à la suite de son mariage en 1772, avec Françoise Daumarès (héritière et habitante du mas avec son premier mari, décédé), que Marc Asfaux s'installa à Roudergues et qu'il entreprit probablement les travaux de remaniement du logis dont témoignent les millésimes "1775" et "1776" relevés sur les façades.£La ferme ainsi remaniée figure avec son emprise actuelle sur le plan cadastral de 1819. Le bâti actuel témoigne des différentes campagnes de construction qui se sont succédé jsuqu'au début du 19e siècle. De l'ancienne demeure bourgeoise, aux allures de maison forte, subsiste notamment la tour de plan carré dont les caractères architecturaux (plan, mise en oeuvre des maçonneries, fenêtres à coussièges, bouches à feu) accusent une datation du 16e siècle. L'édifice fit l'objet d'importantes transformations réalisées au 18e siècle et concernant principalement le corps de logis : la structure, les ouvertures de l'étage et du comble ainsi que les aménagements domestiques (cheminée, souillarde) sont issus de la campagne de travaux datée des années 1775-1776. Néanmoins, des fragments de murs pouvant appartenir à l'état antérieur sont conservés au niveau de la partie centrale du corps principal où une porte chanfreinée semble en place. Si les maçonneries de la tour ont été mieux préservées, des percements plus récents ont effacé toute trace extérieure des anciennes baies à coussièges et des bouches à feu qui existaient encore à la fin du 20e siècle.£Malgré les mentions d'un fournil, de séchoirs et de granges-étables dans les sources du 17e siècle, aucun vestige des dépendances antérieures au 18e siècle n'a pu être identifié. Le fournil et la grange-étable semblent avoir été entièrement reconstruits à la limite des 18e et 19e siècles, en remployant certains éléments de baies chanfreinés plus anciennes. Le bâtiment agricole se présente comme un ensemble homogène daté de 1805. Le fournil-séchoir paraît plus ancien : datable de la deuxième moitié du 18e siècle, il pourrait être à peu près contemporain de la reconstruction du corps de logis.