Description historique
Situé à l’ouest de la ville, le quartier de la Bucaille désigne un vaste territoire qui s’étend des anciennes fortifications du quartier intramuros jusqu’à l’actuelle rue des Maçons. Son nom est lié à celui d’une rivière qui alimente alors, depuis l’Ancien Régime, les fontaines de Cherbourg. Le peuplement des lieux, longtemps placés sous l’autorité juridique de l’abbé du Vœu, connaît une première impulsion au XVIIIe siècle lorsque plusieurs rues, qui faisaient autrefois office de chemin, font leur apparition. C’est le cas des rues de la Paix, Grande Vallée, Christine et des Carrières. La création du port militaire, dont le chantier établi à proximité depuis 1779 attire une importante immigration de travailleurs spécialisés (charpentiers, menuisiers, tailleurs), est directement à l’origine de ce premier essor.Au XIXe siècle, l’urbanisation, commencée au siècle précédent, se poursuit à un rythme accéléré. Elle se heurte néanmoins aux règles dites de servitudes militaires, générées au sud par les forts des hauteurs (redoute d’Octeville, fort des Fourches) construits en 1812 par Napoléon 1er, au nord, par l’enceinte bastionnée de l’arsenal, édifiée autour de 1850. Créées par la loi sur les places fortes du 10 juillet 1791, ces servitudes découpent en effet le territoire en trois zones : une première, située à 250 mètres des fortifications, marquée par une interdiction absolue de construire ; une seconde, à 487 mètres, où l’on ne peut construire qu’en terre ou en bois ; une troisième, à 974 mètres, où les contraintes sont moins fortes mais où tout projet de nature immobilière demeure soumis néanmoins à autorisation.A partir de 1875, le déclin du rôle stratégique joué par les fortifications entraîne la levée progressive de la plupart de ces prescriptions. Celle-ci permet alors aux aménageurs, membres des professions libérales, artisans ou militaires de carrière, attirés par la proximité du port militaire, de lotir les nombreuses parcelles autrefois frappées d’interdiction.Cette reconquête progressive de l’espace par les citadins se confirme au XXe siècle où les derniers territoires frappés de servitude, situés en bordure de la rue de l’Abbaye et de la rue de la Polle, se couvrent de lotissements. Réalisés à l’initiative des Société d’Habitations à Bon Marché créées au début du siècle, ces ensembles contribuent à fixer une nouvelle population principalement ouvrière.