Monument
Monument commémoratif
Monument de la Clairon
Monument commémoratif de la tragédienne Hippolyte Clairon, dit monument de la Clairon
Hauts-de-France ; Nord (59) ; Condé-sur-l'Escaut ; place Saint-Amé
Communauté d'agglomération Valenciennes Métropole
Marly
Condé-sur-l'Escaut centre
Saint-Amé (place)
1994AR non cadastré, domaine public
En ville
1er quart 20e siècle
1901
Daté par source
Attribution par source ; attribution par source ; attribution par source ; attribution par travaux historiques
Leris de Latude Claire-Josèphe-Hippolyte (personnage célèbre)
Claire-Josèphe-Hippolyte Leris de Latude, dite Hippolyte Clairon, ou la Clairon (Condé, 1723 - Paris, 1803) est l'une des très grandes actrices du XVIIIe siècle. Elle naît le 25 janvier 1723 rue Saint-Christophe, dont une partie du tracé porte maintenant le nom de rue Clairon. Fille illégitime de Marie-Claire Scanapiecq, couturière-lingère, et de François-Joseph Leris, sergent au régiment de Mailly, elle quitte Condé dès sa prime jeunesse. La carrière de comédienne de la Clairon débute en 1738 ; de 1743 à 1766, elle est membre de la Comédie-Française et se révèle une tragédienne de tout premier plan, illustrant particulièrement les rôles écrits par Voltaire qui la considère comme sa meilleure interprète dans le registre tragique. Le regard critique qu'elle porte sur son métier l'amène par ailleurs à faire évoluer profondément l'art dramatique et les conventions du costume de scène. À la fin du XIXe siècle, il paraît opportun à sa ville natale de lui rendre hommage par l'érection d'un monument logiquement placé en face du théâtre. D'après un échange de correspondance conservé dans les archives communales de Condé, se sont proposés pour la réalisation de la statue les sculpteurs Joseph Carlier, condéen habitant à Paris, et Léonie (?) Duquesnoy, aussi de Paris. Par ailleurs, le nom du sculpteur Jules-Louis Mabille (Valenciennes, 1843 - Paris, 1897), mentionné comme "statuaire" de l'œuvre sur le bulletin de souscription, fait allusion à un projet antérieur, non réalisé à la suite du décès prématuré de l'artiste. En effet, selon la séance de délibération du conseil municipal en date du 13 novembre 1896, la ville avait été "sollicitée par M. Mabille, statuaire, et Henri Guillaume, architecte, appuyés par le député et sénateur de la circonscription en vue de l'érection d'un monument à Clairon, sur la petite place située en face du théâtre de Condé." À cette occasion était présentée une "aquarelle de la maquette du monument" et l'inauguration envisagée pour le printemps 1898. La commande est donc finalement confiée à l'architecte Henri Guillaume (Paris, 1868 - 1929) et au sculpteur Henri Gauquié (Flers-lès-Lille, 1858 - Montfort-l'Amaury, 1927), qui présente un "modèle du monument Clairon, pour Condé-sur-l'Escaut", au Salon de la Société des Artistes Français de 1898. Ce n'est pas là le seul exemple de l'association de Guillaume et Gauquié dont les réalisations communes les plus prestigieuses sont, à Paris le monument à Watteau (jardin du Luxembourg, 1896) et à Denain le monument au maréchal de Villars (1892 - inauguré en 1913, statue fondue à nouveau en 1922). Le coût de la réalisation (7 682 F, y compris les fêtes d'inauguration du 18 août 1901) est couvert par des subventions publiques : 1500 F accordés par le ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, 250 F par la ville de Condé complétés par 1800 F pour les festivités, 300 F par la ville de Valenciennes. S'y ajoute le résultat d'une souscription et d'une tombola qui rapporte 1 871,50 F. Cette dernière, dont le tirage a lieu le 11 août 1901, est dotée de nombreux "lots artistiques" parmi lesquels on relève des œuvres de Carolus-Duran, Jean-Baptiste Carpeaux, Léon Comerre, Henri Harpignies, Jules Léonard, Henry-Eugène Delacroix, Henri Gauquié, Albert Guillaume - frère de l'architecte -. Le président d'honneur du comité de souscription est Jules Clarétie (1840-1913), académicien, administrateur général de la Comédie-Française. Quant au comité de patronage, sous la présidence de Clarétie, il comprend, outre des personnalités politiques locales, Carolus-Duran, Henri Harpignies, Paul Marmottan, Mounet-Sully... Le jardinet et la clôture destinés à isoler et mettre en valeur le monument au centre de la place Saint-Amé, sont dessinés par Edmond Lemaire, architecte, qui produit un devis illustré d'un plan d'ensemble le 30 octobre (ou septembre ?) 1902 et les plans de détail de la grille de clôture le 31 octobre 1902 (autre version en date du 29 juin 1903). L'adjudication se fait le 16 avril 1903, au profit de Charles Preusse, entrepreneur à Vieux-Condé, et la réception de travaux le 31 janvier 1904. La réalisation de la grille, très marquée par l'Art Nouveau, diffère sensiblement du projet dessiné, beaucoup plus conventionnel. Le jardinet a connu plusieurs aménagements depuis 1901.
Pierre ; fer
Pelouse
¶Le monument proprement dit, un piédestal composé servant de support au buste de la Clairon, en ronde-bosse, est réalisé en pierre blanche. Un cartouche orne chacune des trois faces. Celui de la face principale, portant l'identification du buste, est accompagné de putti traités en ronde-bosse. Sur une autre face sont gravés les noms des principaux rôles illustrés par la tragédienne : Zaïre, Tancrède, Sémiramis (tragédies de Voltaire), Didon (œuvre de Lefranc de Pompignan). Le socle sert de support à des inscriptions gravées, devenues illisibles (signatures ?).La composition du monument, le vocabulaire décoratif, évoquent le milieu du XVIIIe siècle. La grille de clôture en fer forgé est constituée d'une alternance de montants et de panneaux. Une porte à un battant, portant le C initial de Clairon, permet de pénétrer dans le jardinet. Les motifs en "coups de fouet" appartiennent au répertoire de l'Art Nouveau. Le jardinet est divisé à parts égales par une allée rectiligne pavée, qui file vers le monument. De part et d'autre de l'allée est plantée de la pelouse ; des arbustes bas (millepertuis) encadrent à demi le monument.
Sculpture ; ferronnerie
Buste ; putto ailé ; masque de théâtre ; guirlande ; coquille ; symbole des arts
La Clairon, en buste, est présentée cheveux relevés piqués d'une aigrette. Un drapé mouvementé couvre ses épaules.¶¶Les cartouches cernés par des éléments rocailles sont ceints de guirlandes fleuries. Deux putti ailés s'accrochent au cartouche principal : l'un joue avec la guirlande, l'autre tend une couronne de laurier vers la tragédienne. Plus bas sur le dé, le masque de la Tragédie.
Dimensions : monument : ha = 524 ; la = 155 ; pr = 135 ; grille de clôture : hauteur maximale, avec fleurons = 155 ; largeur d'un panneau = 230
2007/02/05 : inscrit MH
Le monument en totalité, avec sa grille Art Nouveau (cad. non cadastré, domaine public) : inscription par arrêté du 5 février 2007.
À signaler
La représentation de celle qui fut l'interprête tragique favorite de Voltaire, placée devant le théâtre qui lui sert de fond, est ici servie par la très grande qualité de la réalisation. Le sculpteur et l'architecte du monument ont donné une oeuvre originale, inspirée par les canons de l'esthétique de l'époque, le 18e siècle, à laquelle le sujet fait renvoi. Cependant, la grille de style Art Nouveau inscrit l'ensemble dans la modernité des premières années du 20e siècle.
Propriété de la commune
2005
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
2005 ; 2024
Oger-Leurent Anita
Dossier individuel
Conseil régional Hauts-de-France – service de l’Inventaire du patrimoine culturel 151 Bd Hoover 59555 Lille Cedex