Description historique
Ce bâtiment actuellement à usage de maison d'habitation peut être daté par analyse stylistique de la 1ère moitié du XVIIe siècle ; sa parenté formelle le rapproche de l'édifice mitoyen (IA59002046) avec lequel il n'est pas exclu qu'il ait eu un lien historique. En 1857, l'édifice est identifié sous l'appellation de "maison dite des dames de Chantal" ; par ailleurs l'existence d'un "couvent des dames de saint François de Salles" [sic] est mentionnée en 1792 (AD Nord, 1Q 649) : ces indications pourraient laisser penser qu'il était question d'un couvent de Visitandines. Cependant les archives de l'ordre de la Visitation (Annecy) ne mentionnent pas de présence d'une fondation à Condé. Il s'agit en fait d'une maison dont la confrérie des Dames de la Charité de Condé eut l'usage à la fin du XVIIIe siècle. En effet le 4 novembre 1774 par contrat devant notaire, M. Despinoy, chanoine de la collégiale Notre-Dame de Condé et curé de la paroisse, acquérait cette maison pour le compte des "Dames de la Charité" (AD Nord, C 10890), dont l'établissement à Condé fut confirmé par des lettres patentes du roi datées de mars 1778 puis enregistrées devant le parlement de Flandre le 6 août. Les Dames, au nombre de deux puis de quatre (en 1787) se dévouaient gratuitement au service "corporel" et spirituel des malades de la ville, qu'elles visitaient tous les jours à domicile. La maison était destinée "tant à y tenir leurs assemblées que pour y préparer les bouillons, médicaments et autres secours dont [elles feront] la distribution". Un "Coutumier des Dames de la Charité de Condé, fait en 1788", est cité en 1926 comme étant conservé dans l'église paroissiale. Après la Révolution, la maison fut affectée au bureau de bienfaisance communal. En 1857, elle fit l'objet d'un échange de propriété et d'usage entre le bureau et la commission des hospices de la ville : l'hospice des Vieilles veuves (dit aussi hospice des Grandes veuves), installé rue de l'Escaut et dévolu lors de sa fondation en 1662 par Catherine Dutilloeul veuve d'Etienne Duquesne à l'accueil de 12 "veilles veuves ou filles", propriété de l'administration des hospices, s'avérait être dans un tel état de "vétusté" que sa destruction s'imposait. À cette occasion, l'architecte Louis Dutouquet, de Valenciennes, fut chargé de l'expertise de la maison de la rue Dervaux, qualifiée de "saine, bien aérée, spacieuse (elle pourrait loger plus de 20 pensionnaires)" comme l'indiquent les archives (AD Nord, série X). La création de l'hospice de Condé rue du Maréchal-de-Croÿ rendit inutiles les fondations préexistantes : la maison de la rue Dervaux fut vendue en 1885 au sieur Charles. Des transformations ont altéré le bâtiment dans les années 1980-90 : reprise des baies, enduction au ciment lissant la modénature (fers d'ancrage et cordon, sur la façade sur cour) ; l'enduit de ciment imitant un appareil de pierre, faisant suite à celui du presbytère voisin, est datable des années 1930.