Description historique
L'origine du domaine de Courboyer n'est pas clairement établie. L'étymologie de sa dénomination ancienne - Courbehier dérivant du bas latin curtis, la cour, et d'un patronyme d'origine germanique - permet cependant de la rattacher à la période d'occupation franque. D'après une charte de l'évêque de Sées datée de 1233, le domaine dépend de l'abbaye de Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou à laquelle Guillaume de Nocé avait concédé la dîme de Corbehio. A la fin du 15e siècle, il devient le lieu de résidence des seigneurs de Nocé initialement implantés sur la motte castrale qui surplombe l'église paroissiale Saint-Martin dont relevait le fief de Courboyer chargé d'assurer la garde du château de Bellême, l'une des trois grandes châtellenies du Grand Perche. Jehan de Courboyer, fils de Guyot Le Raygnel et de Marie de Cintrey, serait le constructeur plausible du manoir de Courboyer près d'un demi-siècle après la Guerre de Cent Ans ; il est également le fondateur de la chapelle manoriale le 3 novembre 1500 "en l'honneur de Dieu et de sa benoiste sacrée mère" et connue ultérieurement, en 1731, sous le vocable de "Nostre Dame de Pitié". Une première analyse dendrochronologique de la charpente du logis renforce cette hypothèse. Elle montre que les arbres employés ont été abattus en 1495 ou 1496. Une deuxième analyse, menée en 2020 à partir d'un échantillonnage plus large, permet d'affiner la date d'abattage des arbres au tournant du 16e siècle, sur une période de plus de 15 ans : les bois les plus anciens ont été coupés autour de 1450 et les plus récents aux alentours de 1500. A partir de ces éléments de datation, il est possible de retracer l'évolution du chantier de couvrement des différentes parties du manoir qui s'étale sur près d'une décennie, entre 1488 et 1495. Les travaux ont semble-t-il débuté par la tour d'escalier orientale, qui se trouve sur la face antérieure, et par son échauguette puis, par les autres échauguettes nord-est, sud-ouest et sud-est. Le couvrement de la tour ronde, à l'ouest, et du corps principal serait intervenu en dernier lieu, au cours de la dernière décennie dans les années 1493-1497.Autour de 1600, le domaine échoit à Pierre de Fontenay, Marie de Courboyer s'étant éteinte sans descendance mâle en 1594. Ce changement ouvre un nouveau chapitre de l'histoire du domaine malheureusement plus chaotique. Cadet de la fratrie, il ne jouit pas à l'origine d'une grande fortune. Seigneur de la Reynière, il mène carrière à Bellême dont il devient capitaine du château en 1570 puis, dès 1589, successivement capitaine et gouverneur de la ville. Du fait de ses responsabilités, il réside peu au manoir de Courboyer que ses descendants finissent par totalement délaisser à partir de 1680. Entre-temps, le domaine, affermé, acquiert une vocation agricole. De fait, le logis seigneurial se dégrade jusqu'à son acquisition, le 29 juillet 1733, par Pierre de Barville, apparenté aux deux familles propriétaires du domaine avant lui, les seigneurs de Nocé et les Pilliers - ces derniers l'auraient détenu au début du 18e siècle comme le suggère le graffiti relevé dans l'une des échauguettes "Messire de Pilliers 1719". La fortune apportée par son mariage avec Marguerite des Faveris lui permet, outre l'acquisition, la restauration des différents bâtiments du domaine après 1735. Son décès survenu le 1er décembre 1761 marque un terme à cette embellie. L'inventaire après décès, dressé l'année suivante, témoigne par la qualité de l'ameublement du faste de la vie seigneuriale retrouvée. Affermé au nom de son petit-fils, Pierre François Antoine d'Escorches, le domaine passe, au décès de l'enfant en 1766, à sa tante, Marie Marguerite, épouse de François Louis de Mésange, seigneur de La Grossinière à Courgeoût. Devenue veuve en 1782, elle est confrontée à la Révolution à la confiscation de ses biens suite à l'émigration de trois de ses quatre fils. Elle réussit, aux côtés de son fils aîné (Pierre-Louis-Jacques-François de Mésenge) resté au Perche, à récupérer de haute lutte sa quote-part du patrimoine dont elle rentre en jouissance en juin 1796. Au début du siècle suivant, Courboyer est converti en ferme d'élevage établie sur près de 60 hectares et dont la gestion est relatée dans le chartrier de La Grossinière. Quelques années avant sa mort, survenue en 1843, le fils aîné procède au partage de ses biens entre ses deux fils. Son cadet hérite du lot contenant Courboyer qui échoit ensuite, via sa fille Mathilde, à son petit-fils, Fernand de Romanet de Beaune, cousin d'Olivier de Romanet, archiviste-paléographe fondateur en 1900 de la Société percheronne d'histoire et d'archéologie. Au cours de la seconde moitié du 19e siècle, les exploitants agricoles deviennent progressivement propriétaires des terres de Courboyer : Jean Bothereau, au cours d'une vente partielle en 1873, et les époux Guimond, lors d'un échange avec la ferme de La Huberdière à Feings en 1877. En dépit de ce changement, le manoir de Courboyer continue de susciter l'intérêt des "antiquaires" grâce à l'action conjointe d'Olivier Romanet de Beaune et de son condisciple à l’École des chartes, Henri Tournoüer, propriétaire du château voisin de Saint-Hilaire-des-Noyers et président de la Société historique et archéologique de l'Orne (SHAO). C'est dans ce contexte d'émulation savante, initiée à la suite d'Arcisse de Caumont sur le patrimoine normand et de grands chantiers de restauration dans l'Orne, que l'architecte Charles Wable (1846-1908) exécute en 1892-1893 une série de relevés et de restitutions idéales présentée à l'Exposition universelle de 1900. Donnée au Musée percheron l'année suivante, elle appartient désormais aux collections des archives de l'Orne.Dans la seconde moitié du 20e siècle, le manoir a bénéficié de restaurations menées successivement par Madame Gourraut puis, à compter de 1982, par Monsieur de Grolée-Virville : consolidation des planchers par le remplacement de poutres, réfection des menuiseries et de la toiture, restitution des croisés, création d'un nouveau tympan sculpté au-dessus de l'entrée aux armes des Grolée-Virville. Le comité syndical du Parc naturel régional du Perche se porte acquéreur du site de Courboyer l'année qui suivit sa fondation, le 11 septembre 1999. Au terme des travaux, l'équipe du Parc s'installe dans les bâtiments de la ferme manoriale le 12 septembre 2003. Cette installation s'est accompagnée d'une réhabilitation du domaine de 65 hectares visant à restaurer sa vocation agricole. Haies, vergers, pâtures, mare et étang restituent aujourd'hui les éléments emblématiques du "paysage manorial" et du bocage percheron tout en préservant la biodiversité locale. Grâce aux différentes actions du Parc, l'ancien domaine seigneurial de Courboyer constitue aujourd'hui le terrain privilégié de la découverte et de la valorisation des patrimoines culturels et naturels du Perche.Avec le manoir de Boiscordes à Rémalard, Courboyer est l'un des exemples les plus anciens des "demeures seigneuriales des champs", nombreuses dans le Perche où elles présentent une grande diversité typologique. A l'instar des fiefs de La Motte à Ceton et de Lonné à Igé, il connaît une évolution de son implantation, passant d'une motte castrale à un vaste domaine agricole à une époque d'expansion des cultures et des activités proto-industrielles. Son plan parcellaire reflète au travers des nombreux micro-toponymes la variété de ses sources d'approvisionnement et de revenus issus de l'exploitation des étangs et de l'Huisne qui actionnent le moulin seigneurial (Franvilliers à Maisons-Maugis, Yversay à Saint-Maurice), de garennes à "connils" (lapins) encloses de haies, de vignes et de bois de haute futaie (bois d’œuvre et de chauffage) qui s'ajoutent aux productions des potagers et vergers, du colombier.