Description historique
Ménageant un effet de surprise au promeneur depuis le chemin des Rives, la chapelle Notre-Dame de La Salette est un édifice d'inspiration byzantine construit entre 1869 et 1872 à Wailly (Wailly, devenu Wailly-Beaucamp en 1901 (Pas-de-Calais)), à quelques kilomètres au sud de Montreuil-sur-Mer. Sa situation à l'orée du bois du Quesnoy a été choisie pour placer à la fois le village de Wailly et son écart du Moufflet sous la protection de la Vierge.Un commanditaire et un architecteC'est madame Charles-Adolphe de Cossette née Amélie van Cappel de Prémont (Villers-Guislain (Nord), 1813 - Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), 1901), châtelaine du Moufflet, qui passe commande de cette chapelle à Clovis Normand (1830-1909), architecte hesdinois estimé d'un nombre important d'églises dans le département du Pas-de-Calais et bien introduit dans les familles de la noblesse du Pas-de-Calais. La chapelle de Wailly est un unicum de style néo-byzantin dans son corpus qui puise essentiellement dans le répertoire néo-gothique. L'épreuve des deuils et l'espéranceEn 1844, madame de Cossette avait épousé, la trentaine passée, un ancien chef d'escadron de cavalerie de vingt-quatre ans son aîné, Charles-Adolphe de Cossette (Wailly, 1789 - Wailly, 1848), issu d'une famille de lieutenants du roi au gouvernement de Montreuil-sur-Mer. Devenue veuve après moins de quatre ans de mariage, la vicomtesse de Cossette avait été ensuite durement éprouvée par la mort prématurée de leurs deux enfants, Adrienne en 1850, alors âgée de cinq ans, puis Alix en 1851, alors âgée de quatre ans. Elle avait trouvé un réconfort dans la religion : "Pourtant, je te bénis, aimable Providence. En brisant ici-bas tous mes espoirs, tu me dis qu'au Ciel mon époux et mes chers enfants me tendent les bras" (dernières lignes du journal de madame de Cossette). Lors d'un pèlerinage à La Salette, en Isère, où deux enfants bergers ont dit avoir rencontré la Vierge Marie le 19 septembre 1846 - apparition reconnue par l'évêque de Grenoble en 1851 -, elle avait placé ses petites filles sous la protection de la Vierge et projeté d'encourager la pratique déjà populaire de la Neuvaine à Wailly-Beaucamp en faisant édifier une nouvelle chapelle quasiment en lieu et place de celle d'alors, devenue de toute façon trop petite pour accueillir tous les fidèles. Ferdinand Barbe, curé de Wailly, écrit déjà à son évêque en 1868 : "Les processions ici sont brillantes, très suivies et d'une tenue excellente. La dernière, surtout, celle de Notre-Dame de La Salette, a été bien belle." Cette chapelle primitive sera achetée par le curé de La Caloterie, Léon Hocque (1839-1914), qui la fera démonter et remonter entre La Madelaine-sous-Montreuil et La Caloterie quand aura été livrée la nouvelle.Le curé de Wailly insiste beaucoup auprès de son évêque sur la dévotion populaire à Notre-Dame-de-la-Salette dans sa paroisse et sans doute a-t-il joué un rôle dans le décision prochaine de madame de Cossette de faire construire une nouvelle chapelle :"La dévotion à Notre-Dame de La Salette sera peut-être l'instrument de la miséricorde divine dans la paroisse de Wailly. Elle devient de plus en plus populaire. Il ne se passe guère de jour sans que notre petite chapelle de La Salette ne reçoive des visites, surtout l'après-midi des dimanches. La préparation à la fête de l'anniversaire de l'apparition de la Sainte Vierge, qui a consisté en la sainte messe dite en la petite chapelle et une petite lecture avec quelques réflexions, depuis le lundi 14 de ce mois jusqu'au samedi 19 [septembre 1868] inclusivement, a été fort suivi : 34 personnes le lundi ; augmentation progressive chaque jour jusqu'au vendredi où il y eut 61 personnes ; et le samedi, malgré la pluie, plus de 40 personnes sous des parapluies, au-dehors, vu la petitesse de la chapelle. Chaque jour il y a eu des communions, plus de 40 en tout. Le dimanche 20, encore 9 communions ; après vêpres, procession solennelle à la petite chapelle avec un excellent sermon de M. Dié. Il n'y avait peut-être pas toute la régularité, tout l'ordre matériel des processions des villes. Mais je n'ai guère vu plus de bonne tenue, de recueillement, d'esprit de foi que dans cette foule qui comptait plus de 2 000 personnes. Je ne sais quel sentiment chrétien dominait toute l'assistance. Oh oui, je l'espère Monseigneur, digitus Dei est hic." (Rapport de Ferdinand Barbe, curé de Wailly, à l'évêque d'Arras, 1868.)"Depuis un an je songe à une association sous le nom de La Salette qui s'adresserait à tout le monde de Wailly et du voisinage. Si par hasard cela arrivait, n'importe l'âge ou le sexe, et dont les conditions d'admission seraient l'observance exacte des recommandations de la Sainte Vierge, avec extrêmement peu de pratiques ou de prières imposées, de sorte que ce serait simplement un lien de plus au décalogue. La pensée dominante, l'esprit propre de cette association serait le retour aux grands devoirs envers Dieu, le réveil de la vie de la foi. J'expose une simple pensée et j'attendrai de Monseigneur la lumière qui me guide dans cette œuvre s'il y a lieu. C'est peut-être encore un peu tôt ; nous comptons ici quelques moqueurs, beaux esprits que nous ne sommes peut-être pas encore assez forts pour dominer et je tiens à n'entreprendre qu'avec certaine chance de succès car un échec est toujours un mal quelquefois difficile à réparer à cause du découragement et de la déconsidération qui en sont les suites faciles." (Rapport de Ferdinand Barbe, curé de Wailly, à l'évêque d'Arras, 1868)Une chapelle de dévotion et une chapelle funérairePar son projet, madame de Cossette désire encourager la ferveur mariale des habitants de Wailly et des environs. Lors de la Neuvaine à Notre-Dame de La Salette que madame de Cossette institue dans la chapelle nouvellement bâtie, un baraquement en bois adossé à la chapelle sert à l'instruction du soir. De nos jours encore, la semaine du 19 septembre (fête de Notre-Dame de La Salette) est l'occasion d'un temps de recueillement à l'intérieur de cette chapelle, désormais fermée au public le reste de l'année. Il s'agit aussi pour madame de Cossette d'honorer la mémoire familiale. En effet, cette chapelle de dévotion est également pensée comme chapelle funéraire pour la famille châtelaine du Moufflet. Elle a commandé une crypte sous celle-ci pour transférer les restes des siens reposant alors au cimetière du village. Elle y reposera elle-même ensuite ainsi que ses successeurs au château du Moufflet. À l'origine posées de chaque côté de l'entrée, les anciennes pierres tombales forment aujourd'hui comme un dallage à l'entrée du porche que le visiteur foule forcément et achève d'user. Leurs inscriptions ont été copiées et reportées sur une table de marbre blanc placée dans la chapelle, sous la fenêtre de gauche, contre le mur (voir Annexe 1). Madame de Cossette suit l'inclinaison de son siècle et des femmes de la noblesse à une religion plus "émotive" qui s'exprime à l'occasion des miracles de La Salette (1846) et de Lourdes (1856). Probablement sensible à l'Œuvre des Campagnes, initiée en 1857 par Félicie de La Rochejaquelein et l'abbé Vandel, elle estime que sa famille doit apporter son concours dans l'édification religieuse des masses. Ce patronage nobiliaire s'exprimera plus tard encore dans sa contribution, déterminante, à la reconstruction de la nef de l'église du village, chantier également confié à Clovis Normand dans les années 1880.L'entrepreneur et les ateliers identifiésLa construction de l'édifice a été confiée à Adolphe Cordier, entrepreneur de Capelle-lès-Hesdin, qui a également travaillé sur les chantiers des églises voisines Saint-Martin à Campagne-lès-Hesdin et Saint-Nicolas à Maintenay. Les éléments sculptés (fronton cintré à décor de feuillages de l'entrée, armoiries Cossette-van Cappelle de Prémont sous la tribune...) sont l’œuvre des frères Émile (1842-1922) et Jules Sturne (1848-1907), le premier étant fréquemment associé aux chantiers de Clovis Normand. La maison Lorin, de Chartres, a livré les vitraux, remplacés depuis. C'est le marbrier Boucher, d'Arras, qui a réalisé la mosaïque du sol du naos représentant les litanies de la Vierge sous la forme de quinze emblèmes dessinant un cercle répondant à la coupole. Hélas, cette mosaïque est aujourd'hui très endommagée, les Allemands ayant fait de la chapelle un dépôt de munitions au cours de la Seconde Guerre mondiale. La chapelle Notre-Dame de La Salette est bénie en juin 1872 par l'évêque d'Arras, de Boulogne et de Saint-Omer, Jean-Baptiste Joseph Lequette (1866-1882). Le prélat rencontre à cette occasion dit-on un nombre considérable de fidèles.