Raffinerie de pétrole
Raffinerie de pétrole Sandard Franco Américaine de Raffinage puis Esso puis EssoExxon-Mobil
Raffineries de pétrole Standard Franco Américaine de Raffinage et Vacuum Oil Company, puis Esso Standard et Mobil Oil puis raffinerie ExxonMobil Corporation
Normandie ; Seine-Maritime (76) ; Notre-Dame-de-Gravenchon
Vallée de la Basse-Seine
Port-Jérôme
2008 EB, EC, EF
En écart
La Seine
Atelier de fabrication ; chaufferie ; cheminée d'usine ; four industriel ; gazomètre ; réservoir industriel ; quai ; voie navigable ; poste de chargement
2e quart 20e siècle ; 3e quart 20e siècle ; 4e quart 20e siècle
1933 ; 1945 ; 1955 ; 1959 ; 1967
Daté par source ; daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques ; daté par source ; daté par source ; daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques ; daté par travaux historiques
En 1928, les sociétés Vacuum Oïl Company et Sandard Franco Américaine de Raffinage se mettent en quête d’un site dans la vallée de la Basse-Seine, où implanter leurs raffineries. Faute de place dans la région rouennaise, la Chambre de Commerce de Rouen prospecte en aval du port et obtient en 1929 le droit de créer à Port-Jérôme, une annexe du Port de Rouen. Le 30 janvier 1930, le Ministre des Travaux Publics autorise l’acquisition par les deux raffineurs des terrains frappés d’expropriation à Notre-Dame de Gravenchon.Lors de la séance du 26 avril 1930, le conseil municipal donne un avis favorable au projet de construction des deux raffineries. Mais si la réponse est positive, la lecture du compte-rendu de la délibération du conseil municipal montre un enthousiasme relatif. L’approbation municipale est subordonnée à plusieurs conditions : la protection de la rivière des Varouillères utilisée par les agriculteurs, la prise en charge par les sociétés de la construction et de l’entretien des réseaux électrique et routier nécessaires à l’implantation de leurs usines.Les deux sociétés lancent leurs travaux simultanément en juillet 1930, alors que les arrêtés autorisant officiellement les raffineurs à installer sur cette commune des usines dédiées à la distillation et la transformation des hydrocarbures ne sont votés que les 21 et 25 avril 1931.L'état marécageux du terrain nécessite de lourdes opérations de terrassement et de fondation. Le sol est surélevé au moyen de remblais prélevés dans le fleuve, drainé à l'aide de canalisations souterraines et stabilisé par des pieux. Parallèlement, pour permettre l’acheminement des matériaux et des équipements, autrement que par la voie fluviale, des routes sont aménagées et la ligne de chemin de fer Bréauté-Lillebonne est prolongée jusqu’à Gravenchon. La Standard occupe un terrain de 184 ha dans la partie Sud des marais sur la section dite des Herbages. Sur ce vaste espace rectangulaire de 2,5 km de long à partir de la Seine et de 750 m de large environ le long du fleuve, 4 avenues longitudinales et 8 rues transversales sont créées, soit une douzaine de km de voies qui délimitent des blocs de 200 à 300 m de côté affectés chacun à une destination particulière. Par décret du 1er avril 1931 (fixant à chaque compagnie de raffinage implantée sur le sol français son contingent pour les importations de pétrole brut), la Standard obtient l’autorisation d’écouler sur le marché français, en dehors des huiles combustibles et autres dérivés du pétrole dont l’importation n’est pas contingentée, 356 000 t d’essence, 38 000 t d’huile raffinée, 139 000 t d’huile lubrifiante et 45 000 t de gasoil soit au total plus de 578 000 t de produits. La Vacuum Oil Cie occupe pour sa part une longue bande de 109 ha à l’est de la Standard. Elle organise l’espace de son usine par rapport à un axe majeur perpendiculaire à la Seine et crée d’abord une route qui partant de la Seine, à un km de la cale du bac, traverse en longueur toute la future usine sur une distance de 2,7 km. La construction des raffineries rend nécessaire le prolongement jusqu’à Gravenchon de la ligne de chemin de fer Bréauté-Lillebonne ouverte en 1882. Le nouveau tronçon est autorisé par le ministre des travaux public le 14 février 1932. Les travaux dureront 6 mois, effectués par les entreprises Billard et Jardin. Une fois ces travaux achevés, les opérations de montage sont rondement menées. La Vacuum Oil Cie confie ses travaux d’édification de l’usine pour partie à l’entreprise Porster-Wheeler et pour le reste à différentes entreprises dont la société de travaux public Morineau de Grand Quevilly.Pour la société Franco-Américaine de Raffinage, 220 000 T de matériel sont livrées par voie fluviale, 60 000 t de matériaux par voie ferrée et 15 000 T par la route. Comme il a été convenu avec le gouvernement français, plus de 90 % des commandes sont honorées par l’industrie française qui fournit à la Standard : 15 000 T de ciment, 80 000 T de brique, 4 500 T de tuyaux de fonte et robinetterie, 250 km de câbles électriques, 500 km de conduite de toute nature et plus de 30 000 T de petite et grosse chaudronnerie. Le reste des équipements matériel, notamment les instruments de mesure et les pompes, est américain.Chacune des deux sociétés fait construire un appontement en bord de Seine. Celui de la Standard qui mesure près de 210 mètres est en demi-cercle accessible que par chemin de fer ce qui explique sa forme. Il est achevé en 1931. L’appontement de la Vacuum est plus court et rectiligne.Pendant la phase de construction des usines, près de 5 000 ouvriers travaillent sur les chantiers. Parmi eux, beaucoup viennent des communes environnantes mais aussi de toute la région, voire de régions lointaines. On trouve également beaucoup d’étrangers d’origine européenne.Pour loger leur personnel, les deux raffineurs lancent en commun, dès 1932, la construction de la cité de la Petite Campagne distante de 2 km des usines.Après deux ans de travaux, les deux raffineries sont mises en service le 1er mai 1933. L’usine de la Standard est alors l’une des plus vastes et modernes d’Europe. Avec sa capacité de production d’1 MT par an, selon le contingent attribué par la loi, la Standard est en mesure d’alimenter le quart du marché français. Ses installations des plus performantes à l’époque se composent de deux unités de distillation du brut capable de traiter chacune plus de 1 275 T de brut par jour et de trois batteries de cracking de 2 000 m3 par jour. Elle compte également une centrale thermique équipée de 5 chaudières produisant chacune 17 à 20 tonnes de vapeur par heure ainsi qu’une centrale électrique d’une puissance totale de 7 000 kW. La raffinerie de la Vacuum, avec une capacité annuelle de raffinage de 250 000 T, est plus modeste mais se spécialise d’emblée dans la fabrication des lubrifiants. Pour alimenter les deux raffineries en bruts légers ou lourds provenant des États-Unis, d'URSS, du Venezuela, de Colombie ou encore d'Irak, un pipeline de 35 km reliant les réservoirs de la CIM au Havre à Port-Jérôme est mis en place entre juillet 1932 et avril 1933. L’inauguration officielle de la Vacuum a lieu le 15 mai 1934, celle de la Standard le 5 juin de la même année alors que les usines sont en pleine activité. En octobre 1935, la Standard est autorisée à créer une unité de conditionnement de butane : une fabrique de bidon, la société Van Leer, s’implante au nord-est de la raffinerie.La raffinerie de la Sandard Franco Américaine de Raffinage, devenue Standard Française de Pétroles en 1936 suite à sa fusion avec la Bedford Petroleum Company, voit sa capacité de production doubler avant-guerre. Elle emploie alors 283 personnes, contre 137 pour la Vacuum.La seconde guerre mondiale interrompt brutalement l’activité des deux établissements. Leurs stocks de produits pétroliers sont entièrement détruits sur ordre de l’armée française le 9 juin 1940. Le 12 juin les troupes allemandes prennent possession des deux usines. En 1943, les allemands entreprennent le démontage des unités de production afin de les expédier en Ukraine où la construction d’une raffinerie est envisagée. Les installations n’arriveront jamais à destination. En février 1944, les unités encore en place sont détruites par l’armée allemande.A l’issue de la guerre, il ne reste quasiment rien des deux usines de Port-Jérôme. Une fois actée la reconstruction des raffineries sur place, les travaux sont engagés dès décembre 1944. Ils s’accompagnent de la remise en état du pipe-line qui les relie au Havre.L’activité des deux usines redémarre en février 1946 avec du matériel remis en état c’est à dire peu de moyen. Parallèlement, des ingénieurs sont missionnés pour récupérer les unités saisies par l’armée allemande. Quelques-unes sont retrouvées en Bavière et en Autriche et réexpédiées vers la Basse-Seine où elles sont remises en service. En 1948, la raffinerie de la Standard Française des Pétroles retrouve enfin sa capacité de production d’avant-guerre.Profitant de la reconstruction pour se moderniser, la Vacuum ne redémarre qu’en 1951 mais avec une capacité de production d’1 Mt par an. C’est alors la première usine en France à produire des lubrifiants à haut indice de viscosité. De 1951 à 1954, afin de développer la capacité de production de sa raffinerie, la direction de la Standard Française des Pétroles lance la construction d’un cracking catalytique auquel est adjointe une nouvelle installation de distillation. Une unité de prédistillation et une unité de fabrication d’additifs anti-oxydants pour les huiles de moteurs sont également mises en route durant cette période. Au printemps 1954, la construction d’une nouvelle unité de distillation atmosphérique de 3 420 T par jour porte la capacité production du site à 4 MT par an. Entre temps, le 15 février 1952 la Standard Française des Pétroles change de dénomination sociale et devient Esso Standard SAF.A partir de 1959, Esso poursuit ses investissements en vue du développement de la pétrochimie et s’équipe d’un vapocraqueur (le second construit en France), remplacé en 1967 par une unité de craquage 5,5 fois plus puissante. Les nouvelles installations, qui représentent une dépense de cent millions de francs, sont édifiées sur des terrains appartenant à la Mobil Oil et situés à l’est du périmètre en exploitation. La mise en route de cette unité coïncide avec la création d’Esso Chimie qui se voit confier les activités pétrochimiques assumées jusqu’alors par Esso Standard. La capacité de production de l’usine passe de 1 100 000 T en 1963 à 3 600 000 en juillet 1965. Mobil, de son coté, investit massivement pour porter dès 1965 sa capacité de production à 3,6 Mt par an. L’expansion des deux sites se poursuit régulièrement jusqu’aux chocs pétroliers des années 1970. La production d’Esso atteint avant la crise 8 Mt par an et utilise essentiellement du brut en provenance du golfe persique. La modernisation des équipements réalisée durant les décennies suivantes répond davantage à des objectifs d’automatisation de la production de développement des unités de conversion, d’économie d’énergie, de préventions des risques et de protection de l’environnement, qu’à l’augmentation de la capacité de distillation. La fusion entre Exxon (Esso) et Mobil, le 1er décembre 1999, consacre, après 66 années de cohabitation, l'union des deux raffineries de Port Jérôme. Le groupe ExxonMobil Corporation dispose ainsi sur la Basse-Seine d'une immense plate-forme de 700 ha intégrant toutes les activités relevant de l'industrie du pétrole : raffinage (12 Mt /an), production d'huiles de base (1 Mt /an), de lubrifiants (500 000 t /an) que complètent quatre unités pétrochimiques.
L'organisation spatiale des deux raffineries s'appuie sur un plan en damier composé d'avenues longitudinales et de rues transversales qui délimitent de larges îlots rectangulaires affectés chacun à une étape spécifique du processus de raffinage. Elles disposent également d'une large façade sur la Seine avec un appontement de forme courbe, conçu pour être desservi par train.Les produits raffinés sont entreposés dans des cuves installées à proximité du fleuve qui assure l'essentiel des expéditions. Une darse aménagée en aval et reliée par pipe-line aux parcs de stockage de produits finis complète les installations fluviales.
Propriété d'une société privée
2006
(c) Région Normandie - Inventaire général
2008
Real Emmanuelle
Sous-dossier avec sous-dossier
Région Normandie – Service Inventaire du patrimoine