Description historique
Le prieuré Saint-Sauveur constitue, avec la collégiale Notre-Dame, l'un des plus anciens édifices de Melun. La récente restauration de l'église par Jacques Moulin et les fouilles menées depuis 2001 par le Centre des études médiévales d'Auxerre ont rendu toute son importance à ce site. L'étude des mortiers et des techniques de construction permet en effet de faire remonter les premières fondations de l'église au 10e siècle. Au 11e siècle, l'édifice est reconstruit. Il en subsiste d'importants vestiges : la crypte située sous le chevet de l'église, une partie des grandes arcades à double rouleau de la nef et le mur de façade, récemment redécouvert dans la maison du 5, rue du Château. Saint-Sauveur forme alors un ensemble comparable, par sa construction comme par ses proportions, à la collégiale Notre-Dame. En 1170, Louis VII donne le prieuré à l'abbaye Saint-Séverin de Château-Landon. La transformation de l'église en prieuré, au 12e siècle, est à l'origine d'importantes modifications, car elle impose la création de bâtiments communautaires. Pour implanter le cloître, on ampute l'église de son collatéral sud. Après une phase de déclin aux 14e et 15e siècles, le prieuré Saint-Sauveur connaît un nouvel éclat au 16e siècle, avec la reprise des voûtes de l'église et des arcades du cloître, et la restauration des locaux prieuraux. Dès la fin du 15e siècle (avant 1501) , des cellules et un dortoir sont construits sous l'impulsion de Jean Féron, qui remet en honneur la vie conventuelle. Les dates "1535" (sur un chapiteau du cloître) , "1534" (en remploi dans le mur sud de la salle capitulaire) et "1549" (sur un linteau dessiné par Decourbe au 19e siècle) , témoignent des importants travaux menés au 16e siècle. Au 17e siècle, le prieuré connaît de grandes difficultés. Le clocher, abîmé par des tirs d'artillerie pendant la Ligue, doit être détruit en 1610. Un procès contre l'abbaye-mère de Château-Landon (1600-1620) , puis la mise en commende (1627) aggravent les difficultés du prieuré. En 1690, le roi prononce la suppression du prieuré Saint-Sauveur et le rattachement de ses biens au chapitre de la collégiale Notre-Dame de Melun. L'église, désaffectée, est convertie en grenier à sel. Seules les deux dernières travées du collatéral nord continuent à servir de chapelle, dénommée "chapelle des coches" : les offices, réglés sur l'horaire des coches d'eau, sont célébrés jusqu'à la démolition de la chapelle en 1869. Les autres parties du prieuré, devenu bien national à la Révolution, sont réparties entre plusieurs propriétaires. La nef de l'église est convertie en appartements et ateliers. Le cloître est démonté en plusieurs vagues successives au 19e siècle et dans les années 1960-1970. Un ensemble de six colonnettes est conservé sur place, tandis que des éléments architecturaux provenant de la galerie occidentale du cloître sont déposés au Musée de Melun. En 1974-1977, on démolit une partie des maisons qui masquaient les vestiges de l'église. D'importants travaux de restauration sont menés en 2002-2003 sous la direction de l'architecte en chef Jacques Moulin. Le site doit désormais faire l'objet d'une fouille complète, avant que la Ville ne décide de sa dévolution.