Commentaire descriptif de l'édifice
La "Ville", sur la rive droite de la Marne, est celle qui conserve les plus importants vestiges de fortifications. Le rempart du Bas-Empire est toujours présent en élévation au nord des jardins du palais épiscopal. Ailleurs son empreinte est perceptible malgré sa destruction : il constitue une limite parcellaire et surtout il a généré un exhaussement du sol, lié au processus d'accumulation des sédiments, qui est plus important à l'intérieur qu'à l'extérieur du rempart. Les rues Bossuet et Tronchon correspondent ainsi à la partie intérieure du castrum, tandis que les rues Longpérier et des Ursulines sont situées à l'emplacement du fossé supposé bordant la fortification. On peut en outre connaître le tracé de cette première enceinte de la ville grâce aux nombreux vestiges encore visibles dans plusieurs caves, par exemple au n° 20 et 10 rue Tronchon, ou aux n° 3, 5 et 7 rue Bossuet. La hauteur de la fortification est estimée à environ une dizaine de mètres pour une largeur minimum de 3,50 m. La mise en uvre des fondations se caractérise par un mortier de tuileau ennoyant les blocs, dont la couleur rose est très caractéristique. Parmi les blocs sculptés retrouvés en remploi dans la fondation de ce castrum, certains proviennent de la destruction d'autels païens. Ce castrum a été agrandi vers l'est et vers l'ouest, sans doute à la fin du Moyen Âge. Les fossés entourant cette enceinte élargie ont été convertis en boulevards aux 18e et 19e siècles : le cours Raoult, le boulevard Jean-Rose et le cours Pinteville marquent donc la limite de la « ville close » de la fin du Moyen Âge. Plusieurs tours de cette enceinte subsistent. La seule à présenter une élévation complète, avec un toit en croupe circulaire, est la tour des Arbalétriers ou tour Chuquet, sur le boulevard Jean-Rose ; elle fut « augmentée et couverte de mérien (bois) et de tuile l'an 1487 » ; l'une de ses salles fut accordée en 1563 à la compagnie du jeu d'arc et d'arbalète qui s'entraînait sur la terrasse adjacente. Les autres tours encore présentes dans le paysage urbain sont découvertes et partiellement arasées : la tour du Bourreau dans l'angle sud-est de l'enceinte, la tour Bourgeoise (ou tour de la Halle) dans le jardin du 2 place Saint-Maur, la tour de la Platrière dans le remblai de la voie ferrée, cours Pinteville et la tour du Bastion dans la cour du lycée Henri Moissan. Les fouilles menées à l'angle du cours Raoult et du quai ont en outre mis au jour le bastion ajouté vers 1577 au sud-est de cette enceinte. L'étude archéologique a montré la qualité de sa mise en uvre, avec un socle maçonné plein, d'une épaisseur maximum estimée à 4 m, et un parement très bien appareillé. Sur l'autre rive de la Marne, il a aussi existé un important ensemble fortifié mais il en reste peu de vestiges. On conserve un pan (remanié) de la courtine méridionale, le long du canal de Cornillon, ainsi que la base de deux tours : la tour de Coutances à l'angle sud-est de l'enceinte, au bord de la Marne, et celle de la tour des Apprentis dans le jardin du 16, rue de la Grande Île.