Description historique
L'origine de la fondation de l'église Saint-Michel de Lescure n'est pas connue. Elle serait toutefois liée aux relations que la ville a entretenues avec le pouvoir pontifical. Le castrum fut en effet donné par Robert le Pieux au pape Sylvestre II avant d'être offert par le pape Serge IV à Vedian de Lescure en 1011. Ce dernier acceptait en son nom et en celui de ses descendants à verser dix sous ramondins annuels au pontife afin de conserver ses droits sur la cité (Congrès archéologique, 1985, p. 354).£L'église fut édifiée par l'abbaye Saint-Michel de Gaillac, dans la première moitié du 12e siècle, certainement entre 1120 et 1150 . D'abord ferme, elle devint par la suite prieuré-cure de l'abbaye (Allègre, p. 55). Elle atteignit son apogée au 13e siècle avant de décliner lentement, suivant l'évolution de l'abbaye-mère (Haut-Languedoc Roman, p. 305), jusqu'à sa sécularisation en 1535. Saint-Michel fut dès lors employée en qualité de chapelle funéraire et le resta jusqu'à la Révolution de 1789 (Allègre, p. 55).£L'apparence de l'église était alors différente d'aujourd'hui. La voûte de l'abside fut certainement réhabilitée à la fin de l'époque romane, suite à un effondrement, ce qui expliquerait le fort relief des modillons qui ont été sculptés sur le mur extérieur ainsi que la présence des vestiges de nervures naissantes sur les colonnes intérieures (Congrès archéologique, p. 358). En outre, si les bras du transept ne furent pas développés, la présence de trompes dans sa croisée témoigne de l'installation d'une coupole à cet endroit (Congrès archéologique, p. 356), ou du moins la volonté de la réaliser. Dans tous les cas, cette coupole - si elle exista - devait être contenue dans un clocher. L'écroulement de cette partie de l'église, à savoir le clocher et la croisée, entraîna une reconstruction de la tour, ce qui explique aujourd'hui l'hétérogénéité de ses matériaux. Cette restauration lui apporta certainement son aspect défensif, procuré par ses jours rectangulaires. Son apparence familière avec la porte du village, construite au 16e siècle, a poussé V. Allègre à dater le clocher à cette époque (Allègre, p.60). Une autre réhabilitation eut lieu au 17e siècle (Allègre, p. 60).£Le décor peint dans le choeur a été exécuté après la destruction des nervures naissantes de la voûte. On peut le dater de l'époque moderne en raison des motifs qui ornent cette partie de l'église (rinceaux, motifs géométriques).£Des réparations des murs et de la couverture du choeur, de la nef, du clocher eurent lieu au 18e siècle à la demande de l'archevêque d'Albi (Congrès archéologique, p. 354 ; Allègre, p. 57). En outre, une cloche fut installée en 1756 (Allègre, p. 56).£A la Révolution française, l'église Saint-Michel fut mise en vente. Elle fut finalement conservée par la municipalité qui la jugait complémentaire aux deux églises déjà préservées. Un acte du 21 vendémiaire de l'an 10 (13/10/1801), relatif à sa subrogation en plusieurs citoyens de la ville de Lescure dont le maire et le prêtre, précise que "l'église appellée St Michel, scituée près le port dudit Lescure, sud la rivière du Tarn ; consistent en murailles, cloché, couvert, et bois en charpente" (A. D. Tarn, 144 EDT 2 M 1, acte de subrogation de l'église). Toutefois, elle ne fut ouverte qu'en 1812, toujours en tant que chapelle obituaire (Allègre, p. 58).£Les qualités architecturales de l'église Saint-Michel sont prises en considération dans le courant du 19e siècle, notamment avec l'ouvrage de Taylor et Nodier, Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France, qui lui consacre une étude (Congrès archéologique, p. 354). La représentation dressée par Charles-Marie Bouton du portail, en 1835, est légèrement tronquée (Allègre, p. 58). Ainsi, certains chapiteaux n'ont pas été rigoureusement dessinés. Cette vue ajoutée à celle de l'intérieur de l'église ont au moins le mérite d'apporter un état sanitaire de l'édifice dans le deuxième quart du 19e siècle : les doubleaux et les colonnes sont fragilisées par de nombreuses fissures (Taylor et Nodier, p. 79).£Dès 1843, des pétitions sont adressées au maire de Lescure afin de classer l'édifice au titre des monuments historiques (A. D. Tarn, monuments historiques). Cette prise de conscience aboutit le 11 août 1883. Les photographies prises à l'époque attestent de l'usure de l'église, les pierres étant pour certaines très érodées. Le portail est recouvert par un toit à un pan en tuile canal qui se prolonge sur la largeur de la nef. Le mur d'entrée de la nef est d'ailleurs plus bas qu'aujourd'hui, la croix n'ayant pas encore été dressée. Un oculus a été percé au sommet de cette couverture, dans le mur pignon de la nef. Il vient s'ajouter à l'oculus du tympan en bois installé dans le portail. L'entrée ne se fait que par celui-ci, la porte septentrionale ayant été obturée. Il en est de même pour les baies géminées du clocher, excepté les deux jours percés sur l'élévation nord-est. L'intérieur de l'édifice est éclairé grâce aux fenêtres percées dans le mur sud-ouest et dans le transept. Par ailleurs le parement inférieur de la première travée présente une maçonnerie en gros moellons sur ses trois élévations, contrastant avec les pierres qu'elles soutiennent. De même, les niveaux supérieurs de la troisième travée sur l'élévation sud-est ont une maçonnerie moins homogène qu'aujourd'hui. L'appentis surmontant ce bras est par ailleurs bien visible.£Une fois classée, plusieurs restaurations sont entreprises sur l'église. Les couvertures du clocher, de la nef et du transept sont refaites ainsi que le plancher du clocher en 1888 (A. D. Tarn, 2 O 144/2). Dix années plus tard, l'escalier menant au clocher est également remis en état (A. D. Tarn, 4 T 15). En cette fin du 19e siècle, on donne à l'église Saint-Michel l'aspect qu'on lui connaît aujourd'hui. Seules les baies cintrées et outrepassées du clocher demeurent aveugles.£En 1900, la toiture est réparée suite à un fort orage. Le clocher et le transept font à nouveau l'objet de réhabilitations au niveau de leur charpente, couverture et maçonnerie en 1924 tandis que la couverture de l'abside n'est réparée qu'en 1939 (A. D. Tarn, 4 T 15, monuments historiques).£Par recoupement des remarques formulées dans les études de Victor Allègre et de Marcel Durliat, on devine que les baies de clocher furent évidées entre la fin des années 1970 et le début des années 1980. Ces transformations furent les dernières. L'église est à présent désaffectée accueillant des expositions et des concerts lors de la période estivale.