Description historique
Ferdinand Cormouls (1802-1871), l’un des plus puissants industriels mazamétains, fait construire en plein centre de la ville, un premier immeuble à côté de son usine dite des Casernes, située sur l’arrière, rue du Cours, vers 1850, après avoir acquis les maisons qui occupaient l'emplacement convoité (ADT, 104 J 197). Il fait appel aux services de l'architecte toulousain Jean-Jacques Esquié (1817-1884). L’immeuble, aujourd'hui détruit, ne comptait alors que deux travées sur le Cours et huit sur la rue Neuve (actuelle rue Gaston Cormouls-Houlès), selon des vues anciennes. C'est sur cette dernière façade que se déployait un grand balcon au premier étage, qui a donné son nom à l'immeuble. On reconnait-là une marque de fabrique des immeubles de rapport qu'Esquié a construit à Toulouse qui offrent tous un grand balcon filant au premier étage et d'autres individualisés par fenêtre aux autres étages et lucarnes de toit (34 place Mage, 8 rue Jules-de-Rességuier et 45 rue Alsace-Lorraine). Le testament de Ferdinand Cormouls-Houlès, établi en 1872, indique que s'y tenaient déjà le Cercle du Grand Balcon aux étages, cénacle des industriels les plus influents de la ville, et le café du même nom, au rez-de-chaussée (ADT, 104 J 197). En 1905, le Grand Balcon abrite le syndicat des négociants en laine et cuirs.£Gaston Cormouls-Houlès, le fils de Ferdinand, alors âgé de 65 ans, entreprend le dédoublement de l'immeuble, en 1905, grâce à l’achat puis la destruction des maisons voisines, situées sur le Cours (désormais dénommé cours René Reille) et à l'angle de la rue des Casernes (maisons Corbières et Enjalbert). Il se rend ainsi propriétaire de l'ensemble de l'îlot. Les travaux sont confiés à l'architecte toulousain Joseph Galinier qui dessine le bâtiment en pendant à celui qui préexiste. Les premiers contacts avec l'architecte semblent avoir été établis en 1904, alors qu'il termine le grand théâtre de Castres. Si les plans de l'immeuble de Mazamet semblent aujourd'hui être perdus, en revanche la correspondance de Gaston Cormouls-Houlès et de son architecte documente le chantier (ADT, fonds Cormouls-Houlès). Dans sa lettre datée du 1er décembre 1904, l'architecte parle de son projet en cours "Ce que j’ai fait est très réussi, jamais je n’avais eu une aussi bonne inspiration et cependant j’ai beaucoup construit". Le chantier démarre au début de l'année 1905 et le gros-oeuvre est achevé à la fin de l'année suivante, selon les désirs du commanditaire qui réitère à plusieurs reprises sa volonté de voir le chantier avancer rapidement. Ses échanges avec le maître d'oeuvre témoignent aussi du fait qu'il ne sait pas quelle sera l'organisation intérieure de sa future "maison" : "je n'ai rien décidé encore sur la destination que je lui donnerai, elle sera disposée de manière à pouvoir y faire des magasins au rez-de-chaussée et des appartements de maître aux différents étages, ou bien je la mettrai en café en rez-de-chaussée, cercle au premier étage et appartements aux 2e et 3e étages". Mais en 1906, Le Crédit Lyonnais s'installe finalement comme locataire dans la partie située à l’angle de la rue des Casernes, dès l’achèvement du gros-œuvre, et charge l’architecte mazamétain R. Aurignac de l’aménagement intérieur. L'entrepreneur des travaux est Basile Amalvy et son fils, aidés par des tailleurs de pierre venus en renfort pour la pierre de taille des façades. Les travaux de sculptures ont été réalisés par Fourès, sculpteur à Toulouse. Les cheminées de marbre ont, quant à elles, été commandées à la marbrerie toulousaine B. Doat, tandis que les garde-corps en ferronnerie des balcons pourraient provenir des Ateliers du Sud-Ouest (R. Verdier et compagnie) dans la même ville. Cet approvisionnement toulousain est à mettre en relation avec le maître d'oeuvre toulousain Galinier.£C'est probablement à la génération suivante que le bâtiment construit par Ferdinand Cormouls est à son tour détruit pour l'harmonisation de l'immeuble sur tout le cours Reille, tel que nous le connaissons aujourd'hui. En effet, dans son ouvrage Mazamet en 1930, Edouard Cormouls-Houlès (petit-fils de Gaston) écrit : "depuis cinq ans, grâce à une société fondée par des industriels, un hôtel qui égale par son confort ceux de la Compagnie des chemins de fer du Midi, l'hôtel du Grand Balcon, offre aux touristes tous les agréments et raffinements qu'il peut désirer, et les autres hôtels suivant son exemple se sont modernisés". L'ouvrage d'Edouard Cormouls-Houlès en trois volumes fait largement la publicité de ce nouvel établissement. Le fils de Gaston, Ferdinand étant décédé en 1915, c'est probablement plutôt son petit-fils, Charles, lui même grand bâtisseur, qui se chargera de l'achèvement de l'immeuble. Selon un autre témoignage, il semblerait qu'une partie ait été conservée pour les appartements privés de la petite-fille de Gaston, Alice Cormouls-Houlès (1886-1980), épouse Nègre (1907). Durant cette période, l’hôtel est confié à la charge de Fernand Galinier qui organise de nombreuses réceptions jusque dans les années 1960.£En 1983, un incendie ravage l’hôtel qui est fermé pour deux années de travaux. Quelques années plus tard, il est acheté par le Crédit Lyonnais. En 2002, l’arrière du bâtiment, côté rue des Casernes, est cédé à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Mazamet qui installe des bureaux transformés en centre de formation en 2017. Le café du Grand Balcon occupe actuellement la partie du bâtiment qui se trouve en retour, sur la rue des Casernes.