Description historique
Fontbruno était un domaine agricole des chartreux de Saïx sous l'Ancien Régime ou une obédience (terme qui désigne un bien rural de l'ordre des chartreux, sans personnel monastique et géré par un procureur, un moine-prêtre). Il a probablement été établi à la suite de la prise de possession la seigneurie d'Escoussens par les chartreux au tout début du 16e siècle. En effet, l'aménagement hydraulique incluant la création du vivier de Roudille pourrait dater du 16e siècle (G. Bes, 1978, p. 14). Il ne reste pourtant pas de vestiges visibles de cette période dans l'ensemble des bâtiments mais P. de Trigon notait en 1976 (P. de Trigon, 1976, p. 297), "à l'est , une croisée géminée terminait les constructions ; elle a été conservée et conserve (sic) bien le XVIe siècle". La plus ancienne date relevée serait celle de 1666, relevée par les propriétaires, gravée dans les caves voûtées du manoir. Mais les éléments stylistiques attachés sont ténus : porte en grès à l'encadrement chanfreiné. En revanche, l'ensemble des bâtiments regroupant la demeure et les " granges cartusiennes " ont été construits au 18e siècle. Le manoir, établi au début du 19e siècle à partir d'une demeure plus ancienne, conserve les fenêtres au tracé en arc segmentaire à appui saillant mouluré permettant de préciser une date de la première moitié du 18e siècle. Cet ensemble est associé à des oculi en grès et fenêtre en demi-lune et forme un ensemble cohérent. Les bâtiments agricoles nommés granges conservent des ouvertures du 18e siècle telles que la porte en arc plein cintre à sommiers avec clef taillée en pointe de diamant et les arcs diaphragmes maçonnés supportant la charpente. De plus, les sources permettent de préciser l'ampleur des bâtiments à la fin du 18e siècle. Un bail daté de 1788 est passé au "château de Fontbruno" (G. Bes, 1975, p. 18-19). Lorsque P. J. Ladès, inspecteur des Subsistances Militaires à Carcassonne, rachète les biens des chartreux en 1792, dont Fontbruno, et décide de s'y établir pour sa résidence principale (J. Escande, 1988, p. 95), il entreprend une campagne de travaux importante qui peut être décelée par l'emploi du granite pour les encadrements. Il agrandit la grange (parcelle 384) pour abriter bergerie et écuries par l'ajout de vaissaux latéraux et unifie la façade en introduisant des baies en granite : fenêtres jumelées, oeil-de-boeuf dans la partie supérieure et il fait sculpter les têtes d'animaux qui les ornent : tête de cheval, vache, mouton (?). Il fait éléver un manoir sur un plan en U avec des tours de plan carré qui encadrent l'escalier monumental en fer à cheval. La deuxième grange (parcelle 383) est entièrement reconstruite après 1837 en amont de la première. La partie actuelle en élévation est du 19e siècle. La construction de la chapelle est datée de 1876, lorsque la famille Auban de Marseille acquiert le domaine, qu'elle détiendra jusqu'en 1942 (P. de Trigon, 1976, p. 298), période pendant laquelle elle dotera l'intérieur de la demeure d'aménagements du début du 20e siècle : porte à vitraux... Le domaine est acheté en 1965 par le département du Lot qui y installe une colonie de vacances, aménageant les communs contigus à la chapelle pour créer des bâtiments en béton. L'ensemble est devenu depuis une propriété privée.