Description historique
Dans son projet d’arsenal de mai 1681, Vauban prévoit d’implanter un magasin à poudre à l'usage des vaisseaux de guerre dans le bastion occidental de la nouvelle darse, à proximité immédiate du port, implantation de nature à faciliter le service, mais présentant de graves inconvénients en cas d’attaque ou d’explosion. La variante du projet, datée de mai 1682, exclut le magasin à poudre de l’emprise de l’arsenal et de la ville. En novembre 1684, l’intendant de Vauvré demande à l’ingénieur général des fortifications Antoine Niquet d’établir le devis de plusieurs magasins à poudres extra-muros à l’usage du nouvel arsenal dont la construction commence. Le premier magasin à construire occupe la presqu’île de Lagoubran (acquise en 1686), à une assez grande distance à l'ouest de l'enceinte de la nouvelle darse, le second étant sur l’île de Milhaud (acquise en 1692), à quelques centaines de mètres à l’est de Lagoubran, donc un peu moins éloigné du port. Le terrain est un îlot détaché de la côte par une étroite passe, dominé à peu de distance au nord par une butte dite de Milhaud, elle-même commandée par la hauteur de Malbousquet. Les travaux de construction du magasin confiés à l’entrepreneur César Aguillon, sont conduits de juin 1692 à mai 1695. Un quai de déchargement est construit en 1696 à proximité du magasin, pour faciliter les mouvements de poudres entre le magasin et les vaisseaux, ainsi qu'un mur d'enceinte, non défensif (à la différence de celui de Lagoubran).Au milieu du XVIIIe siècle, la zone de basses terres émergées séparant l'île de la côte est devenue émergente, transformant l’île en presqu’île.La capacité du magasin est donnée pour 400 milliers de poudre dans un rapport de 1747 rédigé par Milet de Monville, directeur des fortifications. La construction de la grande extension ouest de l’enceinte du corps de place de Toulon, en 1860-1868, allant jusqu’au fort Malbousquet, et enserrant une aire aux deux tiers à l’usage de la Marine (darse Missiessy), place le magasin à poudres de Mihaud à proximité immédiate de l’angle sud-ouest de cette enceinte, au débouché de la « porte de Lagoubran », à la fois routière et ferroviaire. La presqu’île de Milhaud a changé d’aspect, fortement agrandie au sud-ouest par gain sur la mer, elle est détachée de la côte à l’est par un chenal, et bordée à l’ouest par un canal de livraison à l’usage de deux vastes bassins dits fosses à bois, clos de digues, aménagés de 1851 à 1857 entre les deux presqu’îles de Milhaud et Lagoubran. Le magasin conserve sa fonction, et il est intégré fonctionnellement dans le parc de la pyrotechnie aménagé par la marine en 1865-1870 principalement dans une aire littorale extra muros autour du magasin de Lagoubran, à l’ouest des fosses à bois, et sur une large digue alors créée en avancée dans la mer. Des hangars à munitions et à explosifs, sont alors implantés dans la presqu’île de Milhaud, répartis dans un périmètre clos, et formant un ensemble alors dénommé« Poudrière Milhaud ». Le magasin à poudres est épargné par les destructions de guerre dues aux frappes aériennes des alliés en 1943 et 1944 (à la différence de Lagoubran), mais ses abords sont touchés. Après la guerre, la « poudrière de Milhaud », désaffectée, a perdu son enceinte ancienne et ses bâtiments annexes, tandis que la surface de la presqu’île s’est encore augmentée en gagnant sur la mer au sud et au sud-est, aux dépens du chenal est, comblé. Dans les années 1990, l’ancien magasin à poudre, utilisé provisoirement comme dépôt d’archives, est menacé de destruction ; ce risque est cependant écarté, malgré la difficulté de lui trouver une affectation pérenne, et l' intérêt patrimonial de l'édifice, remis à la Marine nationale au début des années 2000, est reconnu.