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de la Culture
POP | Plateforme ouverte du patrimoinechâteau-fort, puis fort de Brégançon
château-fort, puis fort de Brégançon


Référence de la notice
IA83003174
Nom de la base
Patrimoine architectural (Mérimée)
Producteur
Inventaire
Date de création de la notice
29 juin 2022
Date de dernière modification de la notice
29 juin 2022
Rédacteur de la notice
Corvisier Christian
Mentions légales
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Désignation de l'édifice
Titre courant
château-fort, puis fort de Brégançon
Appellation d'usage
fort de Brégançon
Producteur
Inventaire
Dénomination de l'édifice
château fort ; fort
Localisation au moment de la protection ou de l'étude
Localisation
Provence-Alpes-Côte d'Azur ; Var (83) ; Bormes-les-Mimosas ; Brégançon
Aire d'étude pour le domaine de l'Inventaire
Var
Lieu-dit
Brégançon
Milieu d'implantation pour le domaine de l'Inventaire
isolé
Nom de l'édifice
ensemble fortifié des îles d'Hyères
Historique de l'édifice
Description historique
Le fort de Brégançon n'est pas une création ex-nihilo des temps classiques, mais un site occupé sans discontinuité depuis l'antiquité. Son histoire médiévale est celle d'une résidence fortifiée bien défendue par sa position sur un îlot rocheux, chef-lieu d'une seigneurie d'abord inféodée à un lignage seigneurial important, les seigneurs de Fos, sous la suzeraineté des comtes de Provence. Le domaine foncier lié au château explique l'intérêt que lui porta la commune de Marseille, qui le posséda de 1218 à 1257. La valeur de défense passive des châteaux d'Hyères et de Brégançon, l'un associé à une ville florissante sur un itinéraire majeur, l'autre ouvrant sur la mer et commandant un mouillage, leur valut d'être réunis au domaine propre du comte de Provence capétien Charles d'Anjou, frère du roi Louis IX, qui avait prit possession du comté par son mariage avec l'héritière. Charles d'Anjou fit entreprendre d'importants travaux de reconstruction dans ses châteaux d'Hyères et de Brégançon autour de l'année 1264. La nature de ces travaux n'est pas documentée mais la typologie comparée avec les ouvrages royaux contemporains en Languedoc (Carcassonne, Aigues-Mortes) permet d'attribuer à cette campagne le front nord du château et son châtelet d'entrée, conservés au fil des siècles jusque dans l'état actuel. Le château comportait au point haut de l'enceinte, face à la mer une tour-beffroi circulaire mentionnée en 1323, qui pouvait servir de tour à signaux (farot). Entre 1393 et 1406, le chef de guerre Balthasar de Spinola obtint la garde du château et le port de Brégançon et les utilisa comme base d'expéditions de piraterie dans une politique de pression qui lui fit obtenir d' importantes rançons des villes de Marseille et Toulon, et des privilèges du roi de Sicile Louis II d'Anjou, lequel fut contraint de racheter le château. La réunion du comté de Provence au royaume de France en 1480 fit de Brégançon une forteresse royale d'intérêt public, d'abord jugée mineure et peu sûre, mais entretenue, armée et pourvue d'une garnison. A partir du règne de François Ier, après des coups de mains sur les places côtières du comté par la flotte d'Andrea Doria, la défense des îles d'Hyères, soutenue par une nouvelle fortification royale (tour Sainte-Agathe de Porquerolles) et par la forteresse de Brégançon fut confiée en 1531 à Bertrand d'Ornezan, baron de Saint-Blancard, nommé capitaine de ces places avec attribution d'un domaine érigé en un éphémère "Marquisat des Iles d'Or". En 1574, c'est Antoine Escalin des Aymars, baron de La Garde, capitaine général des galères, ci-devant lieutenant du roi en Provence, qui obtint la jouissance de terre et seigneurie de Brégançon, avec titre de marquisat, avec la charge de capitaine de la forteresse. Après 1582, le capitaine Melchior Guasqui obtint à son tour le titre et les bénéfices de seigneur engagiste du marquisat de Brégançon, et fit entreprendre à ses frais, sous l'autorité de l'administration royale, d'importants travaux de restauration et de modernisation de la forteresse. On peut attribuer à cette campagne l'amélioration de la défense pour l'artillerie et l'infanterie, selon les normes de la fortification "à la moderne" et en particulier la construction d'un bastion défendant la porte de l'enceinte extérieure de la forteresse. Sous Henri IV et sous Louis XIII, Brégançon prit le statut de fort, et le domaine seigneurial inféodé en fut dissocié, ses bénéficiaires n'ayant plus le titre de capitaine après le fils et successeur de Melchior Guasqui. A partir de 1640, la défense du fort et le commandement de sa garnison permanente furent exclusivement confiés sur avis du roi par le parlement de Provence à des gouverneurs particuliers de métier. A cette époque, l'état du fort est documenté graphiquement par les relevés du cartographe Jacques de Maretz (1633) et par ceux de l'ingénieur et futur architecte du roi François Blondel (1647). Ces dessins montent une forteresse d'aspect encore médiéval modernisée de manière limitée, armée de canons en batterie et dotée de bâtiments militaires, magasin à poudre et casernement. La partie haute forme un réduit défensif dit "donjon" retranché au sein de l'enceinte du château par un mur crénelé à tourelles incluant la tour beffroi et des bâtiments. Un rapport de 1637 dû à Henri d’Escoubleau de Sourdis, archevêque de Bordeaux et lieutenant général de la Marine royale de Louis XIII, considère Brégançon comme l'une des cinq places les plus importantes des côtes provençales, gardée par 50 hommes en temps de paix, défendue par 100 en temps de guerre, mais estime qu'elle ne vaut rien si l'on n'investit pas 2000 à 4000 écus pour la remettre en état. Le dessin de François Blondel montre que les travaux souhaités n'avaient pas été exécutés dix ans après ce rapport. En 1693, Antoine Niquet, directeur des fortifications de Provence et du Languedoc estimait que le fort s'écroulait de partout et ne méritait pas qu'on y emploie les grosses sommes que nécessiteraient ses réparations.Au XVIIIe siècle, le fort fut cependant maintenu en état et réparé, sans transformations importantes. En 1719, il n'était armé que de sept canons de 8 livres, servi par une garnison de 10 soldats. Au milieu du siècle, cette garnison avait été augmentée et logée en partie dans l'ancien logis du gouverneur, avec construction d'un nouveau logement pour ce dernier, aux dépens d'une partie de l'ancien casernement; le magasin à poudres était ruiné, provisoirement réinstallé dans la tour du donjon. L'état du fort en 1775 avait peu changé, on note la construction d'un nouveau magasin à poudres dans l'enceinte principale, tandis que la partie "donjon" était abandonnée ; le reste de l'ancien casernement était affecté à l'artillerie. A cette date, la principale batterie du fort était armée de pièces de 24 défendant le mouillage au pied du fort, et pouvant croiser leurs tirs sur des vaisseaux ennemis menaçants.Sous l'Empire, l'augmentation de l'armement de Brégançon restait une préoccupation, objet d'un décret du 14 aout 1810 associant ce projet à celui de la construction d'une batterie de côte en co-visibilité sur la pointe de Léoubes pour protéger le mouillage de Brégançon, ce qui sera réalisé en 1812. Les efforts d'amélioration dans les années 1820 se concentrèrent sur la construction de la digue permettant la communication à pied sec de la côte à l'îlot du fort. A cette époque, l'ancienne tour maitresse circulaire du "donjon" avait disparu, et le périmètre de cet ex donjon, dévolu à la batterie haute du fort, n'était plus matérialisé que par des murs semi-ruinés.Cette batterie haute fit l'objet de travaux de restructuration en 1848-1850, qui l'ont décloisonnée de l'enceinte principale par la suppression de l'ancien mur de retranchement du "donjon". A cette époque, les bâtiments militaires furent quelque peu renouvelés. Le pavillon de l'artillerie contenant les logements du garde et de l'officier de l'artillerie fut agrandi d'un tiers pour intégrer un magasin de l'artillerie.La commission de défense des côtes du 27 Avril 1877 jugea que les batteries du fort de Brégançon devaient être entièrement réorganisées selon les normes en vigueur, pour recevoir quatre canons de 24 cm, deux mortiers de 22 et deux pièces de campagne de 7. Cette réforme de l'artillerie entraîna une grande campagne de travaux d'adaptation aux nouvelles normes des batteries de côte qui modifia profondément la topographie intérieure du fort, en faisant disparaitre les anciens fossés internes de séparation sous des apports de remblais. Le magasin à poudre (P) récemment réformé, fut enseveli par le comblement du fossé et remplacé par un nouveau magasin quatre fois plus vaste. Un souterrain en caverne fut creusé sous batterie haute, moyennant une dépense de 14000 francs en 1891-1892.Déclassé militairement en 1919, le fort fut baillé à ferme par l'administration de la guerre. Divers aménagements de confort et de jardin paysager furent réalisés à l'initiative de Robert Bellanger, sénateur et secrétaire d'Etat à la Marine, affectataire de 1925 à 1963, qui restaura les bâtiments délabrés pour y aménager sa résidence secondaire. Récupéré par l'Etat à la suite, le fort de Brégançon fut promu résidence présidentielle par un décret du Journal Officiel du 13 Janvier 1968. Le président de la république Charles De Gaulle chargea Pierre-Jean Guth, architecte de la Marine Nationale, du projet de réaménagement de la résidence, réalisé de 1965 à 1968.