Commentaire descriptif de l'édifice
Face au nombre de sépultures exigées par le programme (près de 44 000), il n'est pas possible à Auzelle d'envisager un cimetière paysager classique. En outre, les servitudes EDF (lignes à haute tension) lui interdisent les arbres de haute tige dans certaines zones. Il dessine alors différents types espaces d'inhumation, entourés de verdure et de plantations les isolant les uns des autres, sur la base d'une trame orthogonale générale de 7 x 7 m. Les surfaces de 49m² peuvent recevoir dix, cinq ou deux tombes disposées de manières variées. Les bandes de 7m servant à séparer les aires d'inhumation peuvent être soit des levées de terre pour des talus plantés, soit des murs de béton le long desquels s'adossent des tombes, soit des enfeus en rangées, soit des portiques à enfeus (le programme autorisant trois hauteurs maximum de cercueils). Les circulations sont hiérarchisées selon trois niveaux : primaire pour la circulation automobile à deux sens (qui ne dessert pas directement les aires d'inhumation), secondaire qui dessert les aires d'inhumation (ainsi le portage à bras des cercueils n'excède pas 30 à 40 m), tertiaire pour les visiteurs. Un ossuaire collectif complète les aires d'inhumation. A l'entrée un parking dispose de 550 places de stationnement. Les bâtiments de service sont localisés en position centrale et constituent l'élément majeur de la composition. Il s'agit : - d'une « aire de cérémonie » (A, voir document 11), bâtiment légèrement surélevé pour permettre la réalisation d'un funérarium en semi sous-sol et desservi par des rampes d'accès. Il est formé d'une vaste salle (divisible en deux salles indépendantes) à éclairage zénithal. - d'un portique (B) séparant l'aire de cérémonie. - du bâtiment de la conservation (C) (complété de deux studios). - d'un bâtiment (D) pour cinq commerces en RDC et logements à l'étage. - d'un bâtiment (E), locaux du fossoyeur, des jardiniers, hangar et ateliers. - d'un parterre gazonné (F) pour la dispersion des cendres (dans lequel Auzelle réservait un emplacement pour un éventuel futur four crématoire F'). - d'une longue bande de 7m de large mise en eau, destinée à un l'ensemble sculpté, évoquant les âges de la vie, demandé à Pierre Szekely (G). Lors des travaux d'aménagement et de construction certaines modifications sont apportées au projet initial, pour des raisons économiques, telles celles de la sculpture monumentale de Szekely. Auzelle, par volonté de rationaliser l'espace au bénéfice de zones paysagères, avait prévu beaucoup de places d'enfeus, mode d'inhumation peu prisé par les familles françaises. Le nombre d'enfeus est restreint et leur disposition, en portique, n'est reprise qu'en un seul lieu pour abriter des ossuaires individuels (finalement utilisés comme columbariums) entourant les fosses collectives (A, voir document 17). Les enfeus en bande ou sous portique, disséminées dans toute la composition du projet initial, sont regroupés sur un espace dallé (B). Auzelle apporte un soin particulier au dessin des bâtiments de service construits simplement en béton mais couronnés et reliés entre eux par de monumentales toitures d'ardoises. L'aire de cérémonie, à gauche du portique d'entrée, est couverte d'une spectaculaire charpente en lamellé collé, laissée apparente, comme la sous-face parquetée du toit. L'extérieur, comme l'espace intérieur, divisible en deux grâce à un ingénieux système de cloisons amovibles, évoquent l'architecture religieuse. Chacune de ces deux salles ainsi formée est refermée par un paravent sculpté, uvre de Pierre Sabatier. Dans les premiers mois de l'ouverture du cimetière, les pouvoirs publics tentent d'imposer un règlement dans lequel le dessin des sépultures serait réglementé, Auzelle ayant fourni un recueil de modèles et fait réaliser quelques exemples de tombes. Faute de consensus sur cet objectif de cohérence et d'esthétique ainsi que d'assise légale, la restriction est abandonnée. Aujourd'hui le cimetière qui s'étend sur 32 hectares, dispose d'un crématorium (créé en 1986 dans le funérarium), d'espaces traditionnels d'inhumation (dont un israélite et un musulman), d'espaces paysagers d'inhumation, d'un ossuaire, d'un colombarium (transformation des ossuaires individualisés), d'enfeus, d'un site cinéraire (avec une rocaille de dispersion, cavumes ou cavotins) et d'un jardin des innocents. Le système de circulation a été modifié afin de faciliter l'accès des cercueils aux zones traditionnelles d'inhumation. Depuis quelques années, la meilleure gestion de l'espace dans les cimetières municipaux (reprise de concessions abandonnées et fin des concessions à perpétuité) permet davantage d'inhumations ; le recours au cimetière intercommunal est en conséquence moins fréquent et celui-ci (environ 400 inhumations pas an) dispose encore d'une multitude de places et de vastes espaces libres.