Historique de la collection
Inauguré en 1998 à l’hôtel de Saint-Aignan, le musée d’art et d’histoire du Judaïsme conserve une des plus importantes collections d’œuvres et d’objets liés au judaïsme à l’échelle internationale. La collection du musée a été constituée depuis 1989 en réunissant plusieurs ensembles exceptionnels. Le plus ancien est la collection du chef d’orchestre alsacien Isaac Strauss (1806-1888), offerte en 1890 par la baronne Charlotte de Rothschild au musée de Cluny, où elle n’était plus présentée au public depuis les années 1940. Composée de mobilier synagogal, d’objets rituels et de livres et manuscrits échelonnés entre le moyen âge et le XVIIIe siècle, d’origines principalement allemande et italienne, le musée de Cluny les dépose au mahJ ainsi que quelques Judaica remarquables, offerts par la famille Camondo, et un exceptionnel ensemble de stèles funéraires médiévales, mises au jour en 1849 rue Pierre Sarrazin, témoignant de la présence d’une importante communauté juive à Paris, avant les expulsions de 1306 et 1394. Dès l’origine, le musée reçoit également les collections du petit musée d’art juif de la rue des Saules, fondé en 1948 par des survivants de la Shoah, soucieux de sauvegarder la mémoire et les témoignages matériels des communautés disparues. Doté en 1951 par la Jewish Restitution Successor Organization d’une centaine d’objets spoliés par les nazis, il disposait de très peu de moyens mais entreprit la collecte d’objets religieux européens et maghrébins, ainsi que d’œuvres d’artistes juifs de toutes nationalités appartenant à l’École de Paris. À ce noyau initial se sont agrégés des dépôts de nombreuses institutions : musée national d’Art moderne, musée d’Orsay, musée du Louvre, musée de l’Homme, musée national des arts d’Afrique et d’Océanie, musée national de la Céramique de Sèvres, musée Carnavalet, musée Lorrain, musée d’Israël, consistoires israélites de Paris et de la Moselle, temple Buffault, séminaire israélite de France, fondation du Judaïsme français… Les premières acquisitions du mahJ ont été dictées par la nécessité d’illustrer la diversité des composantes du judaïsme français au XIXe siècle, peu représentées au départ. Un effort particulier a aussi porté sur le judaïsme maghrébin, en raison de son importance culturelle et démographique en France, à partir du décret Crémieux octroyant la nationalité française aux juifs d’Algérie en 1870, jusqu’à l’arrivée massive de juifs lors de la décolonisation. La collection s’est aussi enrichie d’œuvres d’artistes contemporains, dont certaines ont été réalisées spécialement pour le musée, comme « Les habitants de l’hôtel de Saint-Aignan en 1939 » de Christian Boltanski, qui évoque les occupants de cet hôtel aristocratique du XVIIe siècle, peuplé à partir de la fin du XIXe siècle de juifs originaires d’Europe centrale et orientale, actifs dans les métiers du vêtement : chapeliers, casquettiers, tailleurs, fourreurs. Le rapport au livre, au texte et à la langue est la trame sur laquelle s’inscrivent nombre des commandes et acquisitions, tels Les livres de sable de Michel Ullmann. Le mahJ conserve également des œuvres de photographes du XXe siècle (parmi lesquelles 400 épreuves originales de Nathan Lerner données par sa veuve) ou contemporains (Pierre Abensur, Alécio de Andrade, Didier Ben Loulou, Edward Hillel…). En 2015, il a acquis 435 tirages et plaques de verre sur la Palestine des années 1932 à 1948, dus à Helmar Lerski. Le musée conserve aujourd’hui plus de douze mille objets, dont plus de sept mille acquis depuis son ouverture.