Historique de la collection
Au cours des années 1930, émerge l’idée de créer un musée. Le projet est relancé à la fin des années 1940 sous l’impulsion de René Batigne et de son épouse Claire Voight Batigne. Ce couple de collectionneurs mécènes, franco-américain, s’installe à Vallauris alors qu’un élan créatif sans précédent se dessine. Ils fondent l’atelier du Tapis Vert, lieu de création et participent activement au renouveau de la vie artistique et culturelle de Vallauris au cours des années 1950. Ils s’intéressent à la chapelle à l’abandon, la remettent en état et souhaitent y créer un musée. En 1949, une première exposition, "De Palissy à Picasso" est inaugurée et le 7 décembre 1951, les Voight Batigne fondent l’Association des Amis du Musée. En 1952, Picasso conçoit, pour le lieu, la Guerre et la Paix. L’œuvre n’y est définitivement installée qu’en 1954. La chapelle devient musée national en 1957, avant d’être officiellement inaugurée en 1959.
Le projet d’un musée municipal est relancé au cours des années 1960. La Ville de Vallauris achète le bâtiment actuel en 1972. Quatre ans plus tôt est inaugurée la Biennale Internationale de Céramique d’Art, concours de céramique. Dès la première édition, le principe est inscrit selon lequel les œuvres primées deviennent propriétés du futur musée, constituant ainsi le socle de la collection. Le 8 juillet 1977, le musée est inauguré et en 1996, il prend le nom de musée Magnelli, musée de la céramique. En 1996, le musée est rebaptisé musée Magnelli, musée de la Céramique.
Le musée expose la très importante donation Magnelli faite par la veuve du peintre en 1977 et les pièces céramiques primées depuis 1966 aux biennales internationales de Vallauris. Depuis quelques années, l'accent est porté sur les céramiques des années 1950 et plus spécialement sur les éditions céramiques de Picasso chez Madoura.
Atouts majeurs
Collection Magnelli.
Les Massier, et en particulier Clément, qui fait appel à des collaborateurs de renom. Dès 1860, il invite le sculpteur écossais Alexandre Munroe et Optat Millet, céramiste décorateur formé à Sèvres, à dessiner des modèles pour l’atelier. La collaboration la plus significative est celle du peintre symboliste Lévy-Dhurmer, qui sera directeur artistique de la fabrique de Clément, pendant huit ans, de 1887 à 1895. Ils ont été un modèle de référence pour beaucoup d’artisans. A cette époque, de nombreux céramistes ont été formés dans les ateliers Massier à Vallauris et ont perpétué les techniques du lustre métallique et de la barbotine. Certains ont créé leur propre atelier, comme l’atelier BACS par Jean Barol (1873-1966), Marius Alexandre (1880-1959), Jean Carle, et François Sicard (1850-1942). D’autres partent s’installer à Fréjus comme Dominique Zumbo ( ?–1939). Partout en France et en Europe, d’autres ateliers vont s’inscrire dans ce renouveau : la société Cytère dans les Vosges, l’école florentine, Vilmos Zsolnay (1828-1900) à Pecs en Hongrie, et William de Morgan (1839 ?-1917) en Grande Bretagne.
La poterie culinaire, production « historique », de Vallauris décline dans l’entre-deux-guerres. Cependant, dès la fin des années 1930, de jeunes artistes commencent à arriver à Vallauris, notamment Suzanne et Georges Ramié, qui fondent en 1938 l’atelier Madoura (ce nom est issu de la contraction du mot « maison » et de leurs deux noms de famille Ramié et Douly). La production de Suzanne Ramié sera quelque peu éclipsée par celle de Picasso qu’elle accueille à partir de 1948 ; pourtant, elle se distingue par des créations issues des formes traditionnelles provençales : des formes pures soulignées par des émaux très vifs et par une production plus personnelle. Ce mouvement se prolonge pendant et juste après la seconde guerre mondiale. Cette nouvelle génération participe au renouvellement de l’exposition traditionnelle, Poteries – Fleurs – Parfums, qui se tenait chaque année au Nérolium, coopérative agricole où est produit le néroli, essence de fleur de bigaradier, et qui avait été interrompue pendant la guerre. L’arrivée de Picasso impulse un tournant décisif et va créer une effervescence notable : les années 1950 apparaissent bien, dès lors, comme « l’âge d’or » de Vallauris et la ville devient « la cité des 100 potiers ». A la suite de Picasso, d’autres artistes célèbres comme Marc Chagall, Édouard Pignon, Anton Prinner, Victor Brauner, s’initient à la céramique, à Vallauris. Parallèlement à cela, les jeunes gens, la plupart issus d’écoles d’art, qui continuent à s’installer à Vallauris, vont créer chacun à travers leurs personnalités différentes, un foyer artistique extrêmement riche. On peut citer Jean Derval, Roger Collet, Roger Capron, Gilbert Portanier, Robert Picault, Marius Bessone, Marcel Giraud, Alexandre Kostanda, Albert Thiry, Gilbert Valentin… : les formes dérivées de l’utilitaire sont toujours très présentes mais cette nouvelle génération se tourne également, peu à peu, vers des formes plus sculpturales et également vers l’architecture. Cette jeunesse n’est pas la seule à développer une production remarquable. D’autres se distinguent, comme celle de Jean Gerbino qui a travaillé au début du XXe siècle chez les Massier et qui est installé comme artisan à partir de 1930. Il a mis au point une technique de terres mélangées qui trouve son plein épanouissement lors de cette décennie. L’entreprise s’est poursuivie avec ses deux gendres, Joseph Capra et Edouard Alziary, puis avec le gendre de ce dernier, Yvan Koenig. De même, les fabriques traditionnelles (Giuge, Grandjean-Jourdan, Saltamacchia, Foucard-Jourdan…) participent à ce mouvement en renouvelant une production de qualité.
Céramiques des biennales internationales depuis 1966 à aujourd'hui. Design céramique.
Le musée possède une collection de deux cents photographies d’André Villers, prises entre 1953 et 1961. Né à Beaucourt (Territoire de Belfort), c’est à Vallauris qu’André Villers apprend la photographie alors qu’il est en convalescence au centre Hélio-Marin. Il rencontre Picasso en 1953, qui lui offre son premier rolleiflex. « C’est moi qui t’ai mis au monde » dira plus tard Picasso. Villers exécute le portrait de nombreux artistes (Prévert, Magnelli, Dali, Chagall …) et réalise des milliers de clichés de Picasso, témoignant de l’intégration de Picasso à la vie de la cité vallaurienne. Ensemble, ils créent une œuvre à quatre mains Diurnes dont 30 clichés seront publiés dans un album accompagnés d’un texte de Jacques Prévert. André Villers a immortalisé également les rues de Vallauris. Dans ses clichés, s’observent les magasins et les maisons de l’époque, les poteries et leurs fumées, mais aussi les gens, les enfants, leurs jeux, la mode vestimentaire… Ce patrimoine photographique, en noir et blanc, donne à voir la vie des Vallauriens dans leur quotidien, à ressentir parfois leurs émotions.