Description matérielle
Ce meuble est de type buffet à deux corps superposés. Il est exécuté en chêne sculpté. Son vocabulaire décoratif peut renvoyer à une production brabançonne du XVIIᵉ siècle (daté 1661). L’ensemble, de proportions puissantes, développe un répertoire ornemental particulièrement abondant, dans la veine des façades architecturées de la Renaissance flamande, proches des modèles diffusés par Vredeman de Vries.Le corps inférieur est fortement en saillie. Il est formé d'une traverse inférieure à rinceaux peuplés et aux ressauts ornés de mufles de lion. Elle est surmontée de deux vantaux à motifs géométriques, encadrés et séparés par des statuettes, puis d'un tiroir en surplomb, au profil mouluré en quart de rond, à ressauts central et latéraux ponctués de mufles de lions. Ce tiroir est richement décoré : s’y enchevêtrent divinités marines tenant viole, enroulements de rinceaux, amours et animaux fantastiques affrontés. Les vantaux à caissons à compartiments présentent des fleurs stylisées ou des personnages avec viole. L’ensemble est encadré par des cariatides figurant les cinq sens - elles tiennent chacune un attribut (un lapin, un miroir, une fleur, une grenade et un oiseau) - reposant sur une base ornée de faunes armés de massues et dont les queues se terminent en volutes.La partie haute, plus étroite et moins profonde (à l'exception de la corniche et du plafond qui reprennent les dimensions du corps inférieur) est constitué de quatre cariatides, représentant les quatre évangélistes, chacun identifiable à son attribut. Elles soutiennent un entablement en console, structuré par deux frises de rinceaux de fruits charnus, interrompues par un cartouche central d’où surgit une tête d’ange. Ces cariatides encadrent le corps supérieur proprement dit, à deux vantaux à caissons à compartiments comme dans la partie inférieure. Mais ces vantaux différent dans leur géométrie et ne présentent qu'un seul décor, une tête de grotesque, dans leur partie centrale. Les angles, ainsi que le montant médian masquant la serrure, sont occupés par des anges musiciens : le joueur de vielle, au centre, est encadré d'un joueur de flûte et de tambourin à gauche, d'un joueur de cornemuse à droite, les deux autres, à l'arrière, jouant du serpent (instrument à vent grave). La corniche est décorée de rinceaux et d'un cartouche en son centre d'où émerge la tête d'un ange. Par la densité de son programme iconographique — où se mêlent thèmes profanes et religieux —, la virtuosité de la sculpture et la qualité des incrustations, ce buffet à deux corps illustre l’esthétique exubérante de la production flamande du milieu du XVIIᵉ siècle.