Description historique
Dans l'inventaire des biens dépendant de la fabrique paroissiale de Nantua réalisé le 6 février 1906, il est mentionné dans la rubrique I. Objets mobiliers garnissant l'église paroissiale, dans le choeur : n? 62/ de chaque côté de l'autel : deux anges adorateurs, en marbre blanc, de 1 mètre de hauteur environ, sur l'un : Clément Jayet 1781, sur l'autre : rien. (AD de l'Ain. Série V : 8V47). La paire est posée sur l'ancien maître-autel (1OM1697). Les Chartreux firent réaliser au 18e siècle de superbes ?uvres en marbre dont quelques-unes échappèrent aux destructions révolutionnaires. L'autel de la chartreuse de Montmerle trône maintenant dans le choeur de l'église de Pont-de-Vaux, celui de Meyriat dans l'ancienne abbatiale de Nantua. Ces deux ensembles offrent un contraste saisissant entre la riche polychromie des autels et de leurs tabernacles, et la blancheur immaculée des anges adorateurs en marbre de Carrare. Ces riches autels et leur environnement, typiques de la Contre-Réforme catholique, affirmaient la présence réelle du Christ dans l?Eucharistie niée par les Protestants. Les deux beaux autels de Pont-de-Vaux et Nantua pourraient provenir de l?atelier des Doret de Lyon. Quant aux anges, celui qui est exposé ici, provenant de l?abbatiale de Nantua et donc de la chartreuse de Meyriat, porte au bas l?inscription : ? Clemens Jayet invenit et fecit, 1781 ?. A Pont-de-Vaux, l?un d?eux est seulement signé ? CIF ? qui peut s?interpréter : ? Clemens Jayet fecit ?. Clément Jayet, sculpteur lyonnais, est né à Langres le 27 février 1731 et mort à Lyon le 17 février 1804. Il fut l?élève à Paris de Jean-Baptiste Dupont ; il s?établit à Lyon vers 1755, après la mort de son maître. ? De 1771 à 1772, il est occupé aux travaux de restauration de l'église du chapitre de Salles-en-Beaujolais. En 1774, le 22 septembre, il passe un prix-fait avec Delaforest, custode de l'église Sainte-Croix de Lyon, pour la chaire à prêcher en bois de noyer et tilleul et toute son ornementation sculpturale, conformément au modèle qu'il en a faict en cire et spécialement. Cet ouvrage coûta 5400 livres. En 1780, il est nommé professeur à l?Ecole de Dessin, fonction qu'il conserve jusqu'en 1793 ?. On cite aussi parmi ses ?uvres un Cheval marin en marbre de l'atelier de J. B. Dupont, une Uranie, statue surmontant autrefois la Colonne du Méridien sur la place des Cordeliers à Lyon, une statue de Sainte Barbe anciennement à l'église Saint-Bonaventure et les bustes de L'abbé Antoine-Barthélemy de La Croix, obédiencier de Saint-Just (Salon de Lyon, 1786), de Donat Nonnotte, peintre de la Ville, d?Antoine Berjon, peintre de fleurs, 1788 (Musée de Lyon) et de M. de Monverd, chevalier de Saint-Louis, ibid. Cet artiste était habile à sculpter les visages. A Nantua comme à Pont-de-Vaux, les deux anges présentent deux attitudes différentes : l?un a les mains jointes sur le côté (Nantua) ou les bras un peu écartés (Pont-de-Vaux), tandis que l?autre a les mains croisées sur la poitrine. L?artiste a voulu ainsi exprimer l?extase ou la surprise et l?adoration. Ces deux attitudes très expressives jointes aux plis désordonnés des vêtements se situent, en cette fin du 18e siècle, dans la tradition baroque du siècle précédent. A Nantua, comme à Pont-de-Vaux, les anges sont agenouillés sur des nuages : cette scène d?adoration se situe donc dans le ciel, soulignant que les retables baroques, avec leurs tabernacles et la profusion d?anges et de statues qui les accompagnaient, voulaient donner aux fidèles une image du Ciel qui les attendait. (source Paul Cattin)