Description historique
Marie Méloé Marsaud, née Lafon exposa des portraits et des tableaux de genre au Salon de 1835 à 1841, sous son nom de jeune fille et sous son nom de dame. Le tableau a été déposé par le Musée du Louvre au château de Compiègne le 31 août 1841 (qui conserve une fiche de dépôt d'une 'Mort de Desdemone' au nom de Melle Lafon). Il en serait sorti le 21 juillet 1875 pour être intégré au 'Musée municipal' de Nantua alors en projet. 'Signé de l'artiste Marie-Méloé Lafon , et daté de 1837, ce petit tableau représentant la Mort de Desdémone figure d'abord dans les collections du Palais de Compiègne. Envoyé à Nantua en 1876, il fait partie des dépôts que le musée du Louvre concède à cette commune de l'Ain entre 1872 et 1900 pour un « musée municipal » alors en projet. La scène, issue d'Othello de Shakespeare, témoigne de divers aspects du goût romantique qui s'affirme dans les années 1830. Étudié et traduit par François Guizot, vénéré par Stendhal, William Shakespeare a été consacré comme « dieu du théâtre » par Victor Hugo dans la Préface de Cromwell (1827), et ses pièces constituent une source d'inspiration majeure pour les artistes romantiques. L'artiste représente le moment de forte tension dramatique précédent le dénouement : convaincu à tort par le félon Iago que sa femme Desdémone lui est infidèle, Othello se saisit de son arme et s'apprête à la tuer dans son sommeil, avant de se donner la mort lorsqu'il découvre l'imposture. Comme dans les versions d'Eugène Delacroix et d'Alexandre Colin sur le même sujet, la scène s'inscrit dans un espace délimité par de larges rideaux, dont la couleur rouge renvoie tant au théâtre qu'au funeste présage du sang versé. La composition basée sur la violence du contraste en accentue encore la théâtralité : la lumière lunaire, mêlée à la flamme que porte Othello, baigne la victime endormie d'un éclairage d'une intense blancheur, symbole d'innocence, créant une forte opposition avec l'autre moitié de la scène plongée dans l'ombre. Un soin particulier est apporté à la description de la parure d'Othello, le maure de Venise : le costume, le turban, le poignard à lame recourbée contribuent à dessiner la figure archétypale de l'oriental, telle qu'elle était diffusée à cette époque par les gravures et l'illustration de presse. Loin de la MacBeth tourmentée de Füssli, Marie Méloé Lafon conjugue ici les principales composantes du romantisme (inspiration littéraire, mise en scène dramatique, orientalisme), dans une uvre destinée à emporter la faveur de ses contemporains en quête de rêve et d'ailleurs.' (Cécile Ouhlen).