Description historique
La vaquelotte ou canot de Barfleur est un canot de pêche non ponté, à voile au tiers dite à bourcet. Le Jacques (CH 273 749), aujourd'hui rebaptisé Saint-Jacques, a été construit en 1937 au chantier Pierre Bellot-Lécrivain, sur la cale de la chapelle à Saint-Vaast-la-Hougue, pour le compte de Julien Jeanne, pêcheur à Cosqueville. Son plan était celui d'une vaquelotte de 19 pieds, peut-être d'après un plan établi en 1926 par M. Boudard de Grandcamp. Il convient de dire plus exactement pour M. Boudard, d'ailleurs armateur à Cherbourg, selon ce contrat de construction. En tout cas, plusieurs vaquelottes de 19 pieds furent construites à partir de 1926 sur ce plan particulièrement réussi. Achevé en août 1937, le Jacques fut armé le 1er septembre à la pêche aux casiers à étrilles et à la senne aux lançons. Il pouvait aussi, comme les autres canots de pêche traditionnels de Cosqueville, emporter des casiers à tourteaux ou homards, des cordes à colins ou à vieilles, ou des lignes à maquereaux. La famille Jeanne, celle des premiers propriétaires, représentait la cinquième ou la sixième génération d'une longue lignée de pêcheurs de Cosqueville remontant à Jacques Jeanne à la fin du 18e siècle, et à son fils Louis, devenu patron pêcheur en 1816. Des documents illustrent les états de service à la petite pêche de Louis Jeanne, de 1816 à 1828 et le rôle d'armement au poisson frais du canot Jacques Nicolas, en 1842, est significatif : il est armé par Jacques Jeanne, 28 ans, patron, les matelots Louis Jeanne, 56 ans et Louis Antoine Jeanne, 19 ans ainsi que le mousse Bien-Aimé Jeanne, âgé de 13 ans.
Le Jacques a navigué exclusivement à la voile et aux avirons jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, puis a été motorisé à partir de 1945. Les puissants avirons qui ont été conservés et qui constituaient l'un des moyens traditionnels de propulsion des vaquelottes, étaient difficiles à armer et à manier dans les ports. D'une manière générale, tous les canots de pêche armaient d'ailleurs, d'une façon ou d'une autre, des avirons. Cosqueville ne disposant pas de port, les 17 canots recensés en 1937 restaient au mouillage sans s'échouer pratiquement jamais, contrairement à l'universalité des ports de pêche. Les débarquements et embarquements nécessitaient une annexe, baptisée cajot dans le Cotentin. Cela expliquerait des formes de coque plus fluides que celles de la plupart des bateaux de travail, soulignées par le rapport de l'expert, M. Daniel Charles, ainsi que la présence de béquilles qui ont été conservées. Le bateau est resté dans la famille de Jeanne jusqu'en 1982, toujours armé à la pêche, à Cosqueville puis à Cherbourg. Le Jacques a été racheté par Jean Hubert, pêcheur à Cherbourg, qui l'utilisa peu. La vaquelotte, rebaptisée Dadie, était amarrée au quai des pilotes de Cherbourg, quand son avenir a été assuré le 21 novembre 1991 par le foyer socio-éducatif du lycée Victor Grignard de Cherbourg, qui en fit l'acquisition dans le cadre d'un projet d'action éducative consacré à sa restauration dans sa configuration d'origine. Cette restauration a permis au Jacques de participer en 1992 à des challenges à Cherbourg et aux rencontres de vieux gréements à Brest et à Douarnenez, encouragé par un 5e prix de la décoration au concours Bateaux des côtes de France. Le Jacques a été racheté en 1995, puis en 2005.
Devant la difficulté d'établir la traçabilité des vaquelottes originales, le Jacques fait figure d'exception. L'une des plus grandes vaquelottes à flot dans une configuration proche de son état d'origine, il semble être le dernier exemplaire subsistant des prestigieux plans Boudard et la dernière vaquelotte pure à avoir conservé ses houordes (petits sabords permettant de placer les avirons) pour la navigation aux avirons. Sur tous les autres exemplaires, on a changé les hauts et on ne trouve plus cette caractéristique, qui est fondamentale, puisque ces petits bateaux étaient destinés à naviguer à la voile et aux avirons. Gréer ses avirons était une opération assez compliquée, puisqu'il fallait les introduire par l'extérieur, ce qui rendait la manœuvre assez dangereuse dans les ports où l'espace est mesuré. Ce système n'était pas très commode, mais il est caractéristique et ne se retrouve nulle part ailleurs. A noter qu'un grand aviron et une godille sont conservés mais ne sont probablement pas d'origine.